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Janvier 1915.
U
andis qu’un gouvernement militaire allemand fonctionne à Bruxel-les avec, à sa tête, le
général von Bissing, subsistent à Bruxelles les services administratifs de l’Etat
(qui comprennent presque tout le personnel d’avant guerre), le pouvoir judiciaire et les
pouvoirs locaux.
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Michel Levie |
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Aussi le gouvernement du Havre a-t-il fondé dans la capitale ce que l’on
pourrait appeler un "gouvernement clandestin" et placé à sa tête Michel
Levie, ancien ministre catholique.
Celui-ci a pour mission de
présider les réunions des secrétaires généraux - les plus hauts commis de
l’Etat - et de garder con- tact avec les parlementaires restés au pays.
Il peut prendre, avec eux, les décisions urgentes qui s’imposent, après
consultation des ministres exilés.
Sous la direction de Levie fonctionnent
plusieurs services dont l’un est chargé de payer les traitements des fonctionnaires et
des autres agents des ministères supprimés par les Allemands.
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Février 1915.
A
l’instigation du chancelier Bethmann-Hollweg, les Allemands vien-nent d’entamer leur
Flamenpolitik en séparant, dans les camps de prisonniers de guerre, les soldats flamands
des francophones.
Par ailleurs, il a été créé, au sein de la section politique
auprès du gouvernement général à Bruxelles, une sous-section chargée des affaires
flamandes. Objectifs de celle-ci : l’interprétation de la loi belge sur le régime
linguistique dans l’enseignement primaire, la flamandi-sation de l’université de Gand,
la division en régimes linguistiques du ministère des Sciences et des Arts, la séparation
administrative du pays en deux zones, le traçage d’une frontière linguistique, etc.
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3 mars 1915.
S
oucieux de persuader les nations neutres qu’en territoire occupé la vie se poursuit
normalement et que les les arts sont toujours à l’honneur, les autorités allemandes ont
fait venir à La Monnaie de Bruxelles les choeurs et l’orchestre de Cologne pour un
concert annon-cé par de nombreuses affiches.
Comptant attirer de nombreux Bruxellois,
ils ont réduit le prix des fauteuils de 8 à 3 francs.
La soirée restera dans les
annales du théâtre : en dehors des per-sonnalités allemandes, il n’y avait que 2 Belges
dans la salle, un professeur d’université et un homme de lettres.
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22 avril 1915.
U
n pas de plus a été franchi dans l’emploi d’armes terrifiantes au cours de cette guerre.
Les troupes allemandes ont entrepris une attaque des positions alliées après avoir
utilisé du gaz toxique.
Cette infamie s’est déroulée sur le front de l’Yser,
là où se trouvent concentrées des troupes britanniques, françaises et belges. Les
victimes sont innombrables en ce coin de front où la pression allemande s’accroît.
Profitant d’un vent favorable, les soldats allemands ont laissé se disperser
un nuage de chlore sur les tranchées alliées. Les postes de garde ont été totalement
surpris et de nombreux soldats sont morts par asphyxie.
D’autres conserveront
vraisemblablement des séquelles permanentes aux voies respiratoires.
Désormais,
dans les deux camps, on devra se munir de masques à gaz pour faire face à de telles
"armes".
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27 juin 1915.
A
Anvers, le premier numéro du quotidien Het Vlaamsche Nieuws vient de paraître.
Cette feuille se déclare en faveur d’une division fédérale de la Belgique et se présente
en quelque sorte comme une réponse de l’aile modérée des nationalistes flamands face aux
prises de position radicales défendues dans le Vlaamsche Post.
Ce dernier
est diffusé par le groupe Jong Vlaanderen, animé par Domela Nieuwenhuis Nyegaard. Le
rédacteur en chef en est Léo Picard.
L’association bruxelloise Vrij Vlaanderen
est proche de ce dernier mouvement. Tous deux sont partisans d’un Etat flamand indépendant,
mais veulent conserver des liens étroits avec l’Allemagne et tentent de bénéficier du
soutien de l’occupant.
Les partisans de ces associations germanophiles ne semblent
cependant pas nombreux.
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Juin 1915.
F
ace au danger extérieur, le gouvernement s’était efforcé, depuis le début des hostilités,
de mettre en veilleuse les différends qui divisent les Belges.
Pour cimenter
l’unité nationale, on nomma ministres d’Etat trois membres éminents de l’opposition.
Ce titre honorifique ne leur confere aucune autorité, aussi ces trois ministres ont-ils
souhaité endosser les mêmes responsabilités que leurs collègues catholiques.
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Le cabinet de Broqueville à Sainte-Adresse |
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Pour ne pas paraître inféodé au parti de l’Eglise, le roi a ajouté ses instances aux
leurs.
Mais les dirigeants catholiques ne veulent pas partager un pouvoir que de
libres élections leur ont donné. Ils craignent qu'une fois l’"adversaire dans la place",
s’en soit fait de la longue hégémonie catholique sur la vie publique et la porte ouverte
aux conflits sociaux.
Pour marquer son opposition, de Broqueville a présenté la
démission de son cabinet au roi, qui l’a refusée.
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15 août 1915.
L'
autorité occupante prescrit de lourdes peines pour les chômeurs belges réfractaires au
travail obligatoire : ils sont passibles d’une peine de prison allant de 14 jours à
6 mois.
Depuis quelque temps, on a introduit, en Belgique, sous l’égide du Comité
national de secours et d’alimentation, un système spécial d’aide aux chômeurs. Plus d’un
demi-million de travailleurs se trouvent en effet sans revenus à cause des circonstances
de guerre.
Sans cette aide spéciale, la misère de la classe ouvrière serait
particulièrement dramatique.
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12 octobre 1915.
Edith Cavell
U
ne infirmière de nationalité anglaise nom- mée Edith Caveli a été fusillée
aujourd’hui au Tir national de Bruxelles par un peloton d’exécution allemand.
Cette courageuse quin- quagénaire dirigeait un hôpital de la Croix Rouge
dans la capitale.
Les Allemands l'ont accusée d’avoir permis à un
grand nombre de soldats français et an- glais, qui avaient échappé à l’internement,
de passer la frontière hollandaise.
Ayant avoué cet acte de
patriotisme devant le conseil de guerre, elle avait été con- damnée à mort et
a "payé".
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4 décembre 1915.
L
e baron Charles de Broqueville, chef du cabinet en exil, vient de proposer la nomination
effective comme ministres à part entière des libéraux Hymans et Goblet, et du socialiste
Vandervelde.
La prolongation indéfinie de la guerre, la détermination du roi et
la force supposée de l’opinion publique en Belgique occupée ont été déterminants dans
la décision prise d’introduire des loups dans la bergerie catholique que constituait son
gouvernement.
Avant de prendre cette décision, de Broqueville avait consulté le
cardinal Mercier, en proie aux mêmes contradictions que lui, mais, ayant pris la tête de
la résistance morale à l’enhahisseur. Il sait que la résistance implique l’union de tous
les Belges.
Il a finalement choisi la subordination des intérêts du parti
catholique à l’intérêt général.
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31 décembre 1915.
L
a guerre provoque au sein du public un besoin accru d’information.
Dans le
mouchoir de poche national encore libre d’occupation paraît une presse libre, que
d’aucuns tentent de faire passer à travers les lignes du front.
C’est ainsi que
l’on imprime à La Panne des journaux comme Ons Vaderland (ex-De Kleine
Vaderlander) ou De Belgische Standaard.
La résistance à l’occupant
se manifeste aussi par une série de journaux clandestins. Relevons à Bruxelles, outre
La Libre Belgique (qui vient de montrer un montage photographique de von Bissing
en train de la lire), La Revue hebdomadaire de presse française et L'âme belge
.
Mais ce type de presse à parution incertaine, se pratique aussi en province.
Les Anversois peuvent se procurer le Vlaamsche Wachter. A Verviers, on lit Le
Belge, à Malines on se passe sous le manteau Onze Courant, et à Braine-l’Alleud,
les gens trouvent dans leur boîte aux lettres Que Toubak ou Le Tamis.
Paraissent aussi quelques nouveaux titres "embochés" et censurés.
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Décembre 1915.
L
es Belges qui s’occupent d’espionnage ou de recrutement pour l’ar-mée de l’Yser risquent
gros. Les tribunaux militaires ne sont guère enclins à la clémence et, à la suite de
condamnations à mort, plusieurs patriotes ont déjà été fusillées au Tir national de
Schaerbeek.
Le condamné est lié sur une chaise et le peloton d’exécution abrité
sous un auvent à sept mètres de la victime, si bien que le bout des canons n’est qu’à
environ six mètres du condamné.
Ce peloton est composé de douze hommes dont
six recoivent des fusils chargés à blanc. Souvent, l’adjudant doit achever la victime.
Quand les condamnés sont nombreux, ils attendent leur exécution, ligotés
derrière un mur.
Un "cimetière des fusillés" a été établi au fond du grand jardin.
On croit savoir que, parmi les enterrés, figure un soldat allemand qui a refusé
de faire partie du peloton d’exécution d’Edith Cavell.
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1915.
L
es revendications flamandes ne restent pas lettre morte auprès des Allemands et les
revendications deviennent chaque jour plus radica-les.
Le 11 juillet, le
Vlaamsche Stem, un journal qui paraît aux Pays-Bas, a publié un télégramme à
l’adresse du roi Albert. Ses auteurs expri-maient leur confiance en la personne du roi
pour garantir les intérêts "d’une Flandre autonome dans un Etat belge indépendant".
La Cour a réagi avec indignation; René de Clercq et Antoon Jacob co-auteurs du
télégramme ont été destitués de leurs fonctions.
Tant en Flandre qu’aux Pays-Bas
- pays qui n’a pas été envahi par les troupe allemandes et qui est resté neutre - les
radicaux ou activistes exigent un pouvoir politique propre pour la Flandre.
Quant à la flamandisation de l’université de Gand, elle reste une priorité.
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1915.
C'
est le 5 septembre 1914, quinze jours à peine après l’entrée des Allemands à Bruxelles,
que, sur initiative d’Ernest Solvay, un Comité central a été constitué dans le but de
secourir et alimenter la population nécessiteuse de la capitale.
Solvay avait
fait un premier versement d’un million à cette œuvre locale, qui se transforma bientôt
en un Comité national de secours et d'alimentation, dont Emile Francqui, directeur à
la Société Générale de Belgique a pris la direction. Bien qu'étant d’opinion libérale,
Francqui n’est pas un homme politique. Il a fait ses preuves au Congo, puis en Chine,
à la tête d’entreprises industrielles.
Les séances du jeudi du Comité nàtional
sont menées par lui avec une poigne de fer et les discours doctrinaires de certains
sont vite interrompus.
Dans le même temps s’est constitué à Londres, sous le
patronage des ambassadeurs des Etats-Unis et d’Espagne The commission for Relief in
Belgium, ayant les mêmes buts.
Chef du Comité national, Francqui a été
autorisé par von Bissing à se rendre en Hollande.
On dit qu’il en profite pour
rencontrer des ministres belges et rendre visite au roi.
Au retour de ces voyages,
il confierait aux chefs socialistes restés en Belgique des messages de Vandervelde,
actuellement au Havre.
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- 7 janvier : Arrestation du cardinal Mercier, suite à sa lettre pastorale
intitulée Patriotisme et endurance.
- Février : Léon Trotzky écrit un roman qui se passe dans la Belgique en
guerre.
- Février : Le dirigeable allemand L8, touché par les canons belges de
Nieuport, s’écrase près de Tirlemont.
- 20 avril : A Ingelmunster, près de Courtrai, un avion français en panne de
moteur est contraint d’atterrir. L’avion comportait le prototype d’une mitrailleuse
tirant à travers l'hélice.
- 15 juin : Dans une publication intitulée Le Cri, parue à Londres
paraît un article revendiquant le caractère latin de la Belgique. Il est fort mal
perçu par les Flamnands.
- 10 août : Les professeurs des universités de Louvain, Gand et Liège
décident d’oublier momentanément le différend linguistique qui les oppose.
- 25 novembre : L’épiscopat belge accuse les occupants allemands de crimes
de guerre.
- 4 décembre : Charles de Broqueville propose de faire entrer un socialiste
et deux libéraux dans le gouvernement.
- 31 décembre : Le gouverneur-général allemand se déclare officiellement
pour la flamandisation de l’université de Gand.
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