1

RETOUR PAGE PRECEDENTE

FAITS MARQUANTS ANNEE 1915

Janvier - Un gouvernement clandestin à Bruxelles.
Février - "Flamenpolitik" et séparatisme.
3 mars - Un théâtral fiasco.
22 avril - Du gaz toxique sur le front de l'Yser.
27 juin - Du séparatisme à la collaboration.
Juin - Le roi refuse la démission du cabinet.
15 août - Le sort des réfractaires.
12 octobre - Une infirmière anglaise a été fusillée.
4 décembre - Les loups dans la bergerie...
31 décembre - La presse en Belgique occupée.
Décembre - Les exécutions du Tir national.
1915 - Les revendications flamandes.
1915 - Action énergique contre la faim.
Autres dates importantes.



Un gouvernement clandestin à Bruxelles.

Janvier 1915.

 U andis qu’un gouvernement militaire allemand fonctionne à Bruxel-les avec, à sa tête, le général von Bissing, subsistent à Bruxelles les services administratifs de l’Etat (qui comprennent presque tout le personnel d’avant guerre), le pouvoir judiciaire et les pouvoirs locaux.

Michel Levie

 Aussi le gouvernement du Havre a-t-il  fondé dans la capitale ce que l’on pourrait  appeler un "gouvernement clandestin" et  placé à sa tête Michel Levie, ancien  ministre catholique.

 Celui-ci a pour mission de présider les  réunions des secrétaires généraux - les plus  hauts commis de l’Etat - et de garder con-  tact avec les parlementaires restés au  pays.

 Il peut prendre, avec eux, les décisions  urgentes qui s’imposent, après consultation  des ministres exilés.

Sous la direction de Levie fonctionnent plusieurs services dont l’un est chargé de payer les traitements des fonctionnaires et des autres agents des ministères supprimés par les Allemands.


RETOUR HAUT DE PAGE


"Flamenpolitik" et séparatisme.

Février 1915.

A l’instigation du chancelier Bethmann-Hollweg, les Allemands vien-nent d’entamer leur Flamenpolitik en séparant, dans les camps de prisonniers de guerre, les soldats flamands des francophones.

Par ailleurs, il a été créé, au sein de la section politique auprès du gouvernement général à Bruxelles, une sous-section chargée des affaires flamandes. Objectifs de celle-ci : l’interprétation de la loi belge sur le régime linguistique dans l’enseignement primaire, la flamandi-sation de l’université de Gand, la division en régimes linguistiques du ministère des Sciences et des Arts, la séparation administrative du pays en deux zones, le traçage d’une frontière linguistique, etc.


RETOUR HAUT DE PAGE


Un théâtral fiasco.

3 mars 1915.

S oucieux de persuader les nations neutres qu’en territoire occupé la vie se poursuit normalement et que les les arts sont toujours à l’honneur, les autorités allemandes ont fait venir à La Monnaie de Bruxelles les choeurs et l’orchestre de Cologne pour un concert annon-cé par de nombreuses affiches.

Comptant attirer de nombreux Bruxellois, ils ont réduit le prix des fauteuils de 8 à 3 francs.

La soirée restera dans les annales du théâtre : en dehors des per-sonnalités allemandes, il n’y avait que 2 Belges dans la salle, un professeur d’université et un homme de lettres.


RETOUR HAUT DE PAGE


Du gaz toxique sur le front de l'Yser.

22 avril 1915.

U n pas de plus a été franchi dans l’emploi d’armes terrifiantes au cours de cette guerre. Les troupes allemandes ont entrepris une attaque des positions alliées après avoir utilisé du gaz toxique.

Cette infamie s’est déroulée sur le front de l’Yser, là où se trouvent concentrées des troupes britanniques, françaises et belges. Les victimes sont innombrables en ce coin de front où la pression allemande s’accroît.

Profitant d’un vent favorable, les soldats allemands ont laissé se disperser un nuage de chlore sur les tranchées alliées. Les postes de garde ont été totalement surpris et de nombreux soldats sont morts par asphyxie.

D’autres conserveront vraisemblablement des séquelles permanentes aux voies respiratoires.

Désormais, dans les deux camps, on devra se munir de masques à gaz pour faire face à de telles "armes".


RETOUR HAUT DE PAGE


Du séparatisme à la collaboration.

27 juin 1915.

A Anvers, le premier numéro du quotidien Het Vlaamsche Nieuws vient de paraître. Cette feuille se déclare en faveur d’une division fédérale de la Belgique et se présente en quelque sorte comme une réponse de l’aile modérée des nationalistes flamands face aux prises de position radicales défendues dans le Vlaamsche Post.

Ce dernier est diffusé par le groupe Jong Vlaanderen, animé par Domela Nieuwenhuis Nyegaard. Le rédacteur en chef en est Léo Picard.

L’association bruxelloise Vrij Vlaanderen est proche de ce dernier mouvement. Tous deux sont partisans d’un Etat flamand indépendant, mais veulent conserver des liens étroits avec l’Allemagne et tentent de bénéficier du soutien de l’occupant.

Les partisans de ces associations germanophiles ne semblent cependant pas nombreux.


RETOUR HAUT DE PAGE


Le roi refuse la démission du cabinet.

Juin 1915.

F ace au danger extérieur, le gouvernement s’était efforcé, depuis le début des hostilités, de mettre en veilleuse les différends qui divisent les Belges.

Pour cimenter l’unité nationale, on nomma ministres d’Etat trois membres éminents de l’opposition. Ce titre honorifique ne leur confere aucune autorité, aussi ces trois ministres ont-ils souhaité endosser les mêmes responsabilités que leurs collègues catholiques.

Le cabinet de Broqueville à Sainte-Adresse

Pour ne pas paraître inféodé au parti de l’Eglise, le roi a ajouté ses instances aux leurs.

Mais les dirigeants catholiques ne veulent pas partager un pouvoir que de libres élections leur ont donné. Ils craignent qu'une fois l’"adversaire dans la place", s’en soit fait de la longue hégémonie catholique sur la vie publique et la porte ouverte aux conflits sociaux.

Pour marquer son opposition, de Broqueville a présenté la démission de son cabinet au roi, qui l’a refusée.


RETOUR HAUT DE PAGE


Le sort des réfrractaires.

15 août 1915.

L' autorité occupante prescrit de lourdes peines pour les chômeurs belges réfractaires au travail obligatoire : ils sont passibles d’une peine de prison allant de 14 jours à 6 mois.

Depuis quelque temps, on a introduit, en Belgique, sous l’égide du Comité national de secours et d’alimentation, un système spécial d’aide aux chômeurs. Plus d’un demi-million de travailleurs se trouvent en effet sans revenus à cause des circonstances de guerre.

Sans cette aide spéciale, la misère de la classe ouvrière serait particulièrement dramatique.


RETOUR HAUT DE PAGE


Une infirmière anglaise a été fusillée.

12 octobre 1915.

Edith Cavell

 U ne infirmière de nationalité anglaise nom-  mée Edith Caveli a été fusillée aujourd’hui  au Tir national de Bruxelles par un peloton  d’exécution allemand. Cette courageuse quin-  quagénaire dirigeait un hôpital de la Croix  Rouge dans la capitale.

 Les Allemands l'ont accusée d’avoir permis à  un grand nombre de soldats français et an-  glais, qui avaient échappé à l’internement,  de passer la frontière hollandaise.

 Ayant avoué cet acte de patriotisme devant  le conseil de guerre, elle avait été con-  damnée à mort et a "payé".


RETOUR HAUT DE PAGE


Les loup dans la bergerie...

4 décembre 1915.

L e baron Charles de Broqueville, chef du cabinet en exil, vient de proposer la nomination effective comme ministres à part entière des libéraux Hymans et Goblet, et du socialiste Vandervelde.

La prolongation indéfinie de la guerre, la détermination du roi et la force supposée de l’opinion publique en Belgique occupée ont été déterminants dans la décision prise d’introduire des loups dans la bergerie catholique que constituait son gouvernement.

Avant de prendre cette décision, de Broqueville avait consulté le cardinal Mercier, en proie aux mêmes contradictions que lui, mais, ayant pris la tête de la résistance morale à l’enhahisseur. Il sait que la résistance implique l’union de tous les Belges.

Il a finalement choisi la subordination des intérêts du parti catholique à l’intérêt général.


RETOUR HAUT DE PAGE


La presse en Belgique occupée.

31 décembre 1915.

L a guerre provoque au sein du public un besoin accru d’information.

Dans le mouchoir de poche national encore libre d’occupation paraît une presse libre, que d’aucuns tentent de faire passer à travers les lignes du front.

C’est ainsi que l’on imprime à La Panne des journaux comme Ons Vaderland (ex-De Kleine Vaderlander) ou De Belgische Standaard.

La résistance à l’occupant se manifeste aussi par une série de journaux clandestins. Relevons à Bruxelles, outre La Libre Belgique (qui vient de montrer un montage photographique de von Bissing en train de la lire), La Revue hebdomadaire de presse française et L'âme belge .

Mais ce type de presse à parution incertaine, se pratique aussi en province. Les Anversois peuvent se procurer le Vlaamsche Wachter. A Verviers, on lit Le Belge, à Malines on se passe sous le manteau Onze Courant, et à Braine-l’Alleud, les gens trouvent dans leur boîte aux lettres Que Toubak ou Le Tamis. Paraissent aussi quelques nouveaux titres "embochés" et censurés.


RETOUR HAUT DE PAGE


Les exécutions du Tir national.

Décembre 1915.

L es Belges qui s’occupent d’espionnage ou de recrutement pour l’ar-mée de l’Yser risquent gros. Les tribunaux militaires ne sont guère enclins à la clémence et, à la suite de condamnations à mort, plusieurs patriotes ont déjà été fusillées au Tir national de Schaerbeek.

Le condamné est lié sur une chaise et le peloton d’exécution abrité sous un auvent à sept mètres de la victime, si bien que le bout des canons n’est qu’à environ six mètres du condamné.

Ce peloton est composé de douze hommes dont six recoivent des fusils chargés à blanc. Souvent, l’adjudant doit achever la victime.

Quand les condamnés sont nombreux, ils attendent leur exécution, ligotés derrière un mur.

Un "cimetière des fusillés" a été établi au fond du grand jardin.

On croit savoir que, parmi les enterrés, figure un soldat allemand qui a refusé de faire partie du peloton d’exécution d’Edith Cavell.


RETOUR HAUT DE PAGE


Les revendications flamandes.

1915.

L es revendications flamandes ne restent pas lettre morte auprès des Allemands et les revendications deviennent chaque jour plus radica-les.

Le 11 juillet, le Vlaamsche Stem, un journal qui paraît aux Pays-Bas, a publié un télégramme à l’adresse du roi Albert. Ses auteurs expri-maient leur confiance en la personne du roi pour garantir les intérêts "d’une Flandre autonome dans un Etat belge indépendant".

La Cour a réagi avec indignation; René de Clercq et Antoon Jacob co-auteurs du télégramme ont été destitués de leurs fonctions.

Tant en Flandre qu’aux Pays-Bas - pays qui n’a pas été envahi par les troupe allemandes et qui est resté neutre - les radicaux ou activistes exigent un pouvoir politique propre pour la Flandre.

Quant à la flamandisation de l’université de Gand, elle reste une priorité.


RETOUR HAUT DE PAGE


Action énergique contre la faim.

1915.

C' est le 5 septembre 1914, quinze jours à peine après l’entrée des Allemands à Bruxelles, que, sur initiative d’Ernest Solvay, un Comité central a été constitué dans le but de secourir et alimenter la population nécessiteuse de la capitale.

Solvay avait fait un premier versement d’un million à cette œuvre locale, qui se transforma bientôt en un Comité national de secours et d'alimentation, dont Emile Francqui, directeur à la Société Générale de Belgique a pris la direction. Bien qu'étant d’opinion libérale, Francqui n’est pas un homme politique. Il a fait ses preuves au Congo, puis en Chine, à la tête d’entreprises industrielles.

Les séances du jeudi du Comité nàtional sont menées par lui avec une poigne de fer et les discours doctrinaires de certains sont vite interrompus.

Dans le même temps s’est constitué à Londres, sous le patronage des ambassadeurs des Etats-Unis et d’Espagne The commission for Relief in Belgium, ayant les mêmes buts.

Chef du Comité national, Francqui a été autorisé par von Bissing à se rendre en Hollande.

On dit qu’il en profite pour rencontrer des ministres belges et rendre visite au roi.

Au retour de ces voyages, il confierait aux chefs socialistes restés en Belgique des messages de Vandervelde, actuellement au Havre.


RETOUR HAUT DE PAGE


Autres dates importantes.


- 7 janvier : Arrestation du cardinal Mercier, suite à sa lettre pastorale intitulée Patriotisme et endurance.


- Février : Léon Trotzky écrit un roman qui se passe dans la Belgique en guerre.


- Février : Le dirigeable allemand L8, touché par les canons belges de Nieuport, s’écrase près de Tirlemont.


- 20 avril : A Ingelmunster, près de Courtrai, un avion français en panne de moteur est contraint d’atterrir. L’avion comportait le prototype d’une mitrailleuse tirant à travers l'hélice.


- 15 juin : Dans une publication intitulée Le Cri, parue à Londres paraît un article revendiquant le caractère latin de la Belgique. Il est fort mal perçu par les Flamnands.


- 10 août : Les professeurs des universités de Louvain, Gand et Liège décident d’oublier momentanément le différend linguistique qui les oppose.


- 25 novembre : L’épiscopat belge accuse les occupants allemands de crimes de guerre.


- 4 décembre : Charles de Broqueville propose de faire entrer un socialiste et deux libéraux dans le gouvernement.


- 31 décembre : Le gouverneur-général allemand se déclare officiellement pour la flamandisation de l’université de Gand.


RETOUR HAUT DE PAGE


© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE (Belgique).