|
|
14 avril 1913.
D'
après les pointages, les travailleurs ont répondu en masse à l’appel du parti ouvrier :
372.000 d’entre eux ont participé à la grève générale en faveur du suffrage universel.
Dans tous les points du pays, les usines sont désertées. Les ouvriers croisent
les bras et attendent.
Cette coûteuse mobilisation est dans l’ensemble paisible,
mais gêne néanmoins considérablement les industriels.
Organisée par le congrès
socialiste qui s’est tenu à Liège le 30 juin 1912, cette grève est la réponse au rejet
de la révision de la Constitution, qu’avait réclamé le POB.
Afin d’apaiser la
classe ouvrière et d’écarter la menace de la grève générale, le libéral Hymans avait
proposé de nommer une commission chargée d’étudier l’élargissement du droit de suffrage
par des concessions sur l’électorat provincial et communal, en échange du vote des
femmes.
Les catholiques, se souvenant de l’échec de la grève de 1902, avaient
refusé la proposition et des concessions.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
19 avril 1913.
L
e ministre d’Etat Paul Janson, est décédé à son domicile de la rue Defacqz, à Saint-Gilles.
Né à Herstal le 11 avril 1840, il était, depuis 1862, un des plus brillants avocats du
barreau de Bruxelles, adversaire de la mainmorte religieuse et défenseur de la liberté
de la presse.
|
Paul Janson |
|
|---|
Il débuta comme tribun politique lors des législatives de juin 1863, aux
côtés de l’aile radicale du parti libéral.
Elu à la Chambre en 1877,
il devint rapi- dement le chef de file des progressistes libé- raux, défendant,
contre Frère-Orban, la "tri- logie démocratique" : l’instruction obligatoi- re,
le service personnel et le droit de suf- frage.
En 1889, l’affaire du
Grand Complot, qu’il plaida aux côtés d’Edmond Picard et de Jules Destrée,
révéla les manoeuvres des agents de la Sûreté, encouragées par le gouvernement.
Le 27 novembre 1890, sa proposition de révision de la Constitution fut acceptée.
L’adoption par la Chambre du suffrage plural, le 18 avril 1893, n’interrompit pas le
combat de Paul Janson pour le suffrage universel, qui resta, jusqu’à sa mort, son
cheval de bataille.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
Avril 1913.
I
l est désormais possible d’ouvrir un compte courant dans les bureaux de postes, de virer
de l’argent sur ce compte et d’effectuer des paiements à l’aide de chèques ou de
virements.
Ce nouveau service a été octroyé à l’administration par voie d’arrêté
royal en date du 25 février.
Le gouvernement a donc tenu compte des voeux exprimés
dans les milieux de la Banquc nationale qui, depuis 1910, ont soutenu les différentes
propositions en la matière.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
12 mai 1913.
L
e coureur wallon Dieudonné Gauthy a remporté le Tour de Belgique devant Emile Masson
et Marcel Buysse. Gauthy, âgé de 20 ans, s’était fait remarquer l’an dernier chez les
indépendants en remportant ex-aequo avec Jean Rossius Liège-Bastogne-Liège.
C’est en gagnant l’avant-dernière étape du Tour de Belgique à Anvers qu’il a assuré sa
victoire. Dans cette étape longue de 292 km, il a pu établir l’écart nécessaire avec
Masson et Buysse.
Le coureur de vitesse Léon Scieur a remporté la dernière étape
à Bruxelles.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
13 juin 1913.
A
u terme d’une longue maladie, Camille Lemonnier est décédé à Ixelles, où il était né
il y a 69 ans.
Il se révéla d’abord comme critique d’art, avec son premier
Salon de Bruxelles, en l863. En 1880, la publication d’Un Mâle lui valut la
réprobation de Bruxelles et les applaudissements de Paris.
La Jeune Belgique
allait réserver à Lemonnier un accueil triomphal, Rodenbach saluant en lui "le maréchal
des lettres belges".
Doté d’une plume extrêmement prolifique - on fêta sa
cinquantième oeuvre en 1903 -, Lemonnier fut souvent appelé en justice pour répondre
des audaces de ses romans naturalistes ou pour ses oeuvres à tendance sociale.
Ami des peintres, il a laissé de nombreux dessins, aquarelles et cahiers de croquis.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
17 juillet 1913.
A
vec le concours de l’armée belge, le cinéaste Alfred Machin tourne une "superproduction"
qui s’intitulera mélodramatiquement Maudite soit la guerre!
Il explique :
"Ce sera un film pacifiste et visionnaire...". Machin a pu obtenir le concours de nos
militaires car sa réputation n’est plus à faire. Il y a trois ans, en effet, il avait
organisé une tournée cinéma-tographique au Congo et, depuis, il a créé, à Bruxelles, les
studios du Karreveld, où l’on trouve loges pour artistes, ateliers de déve-loppement
et de montage, acteurs sous contrat, et même des fauves.
La Belgique n’est donc
pas à l’écart du mouvement qui se dessine. Auguste Meuter vient de fonder dans la
capitale un laboratoire cinématographique moderne, et un exploitant de salles de
projection, Isi Moray, a lancé une campagne pour protester contre les taxes sur les
spectacles cinématographiques.
C’est Moray qui, en filmant le Tour de Belgique
cycliste, a "inventé" le reportage sportif.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
27 juillet 1913.
L'
arrivée du onzième Tour de France au vélodrome du Parc des Princes à Paris marque la
victoire du Belge Philippe Thys au classement général.
|
Le champion Philippe Thys |
|
|---|
Celui-ci a couvert la distance de 5.387 km, répartis en 15 étapes, en 197 h,
à la vitesse moyenne de 27,22 km/h.
Le second est le Français Garrigou
en 198 h.
Viennent ensuite les Belges Buysse et Lam- bot, dans les temps respectifs de 201
et de 202 h.
Marcel Buysse a remporté six étapes de ce Tour de
France et aurait sans doute pu le gagner si, hélas, il n’avait été victime d’un
accident dans l’Estérel.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
31 août 1913.
D
epuis longtemps, la question militaire s’est trouvée, avec la question scolaire et la
réforme électorale, au coeur des débats politiques. La loi de 1902 a tenté, sans
guère de résultat, semble-t-il, de fonder le recru-tement de l’armée sur le volontariat.
Celle de 1909 a définitivement imposé le service personnel.
Ces
dispositions étaient réclamées par un souci d’équité sociale. Au-jourd’hui, ce sont les
dangers de la situation internationale qui moti-vent la parution au Moniteur d’une
nouvelle loi sur la milice, contresignée par le baron de Broqueville, ministre de la
guerre, et par Paul Berryer, ministre de l’Intérieur.
Au cours des débats
parlementaires, l’accent a été mis sur la faiblesse numérique de notre contingent. Les
lois de 1902 et de 1909 l’avaient en effet fixé à 13.300, puis à 19.000 hommes.
La nouvelle loi - qui instaure le service personnel obligatoire - en con-cerne
33.000, ce qui porterait à 340.000 hommes les forces de guerre.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
Août 1913.
M
étiers divins de Jean de Boschère vient de paraître dans la Biblio-thèque de
l’Occident. Dans l'esprit du "manifeste naturiste" que Saint-Georges de Bouhélier
lança en 1897, ces vingt-quatre poèmes en prose, accompagnés de dix-neuf vignettes de
l’auteur, sont un chant d’hommage à ces "humbles tributaires de Dieu", à qui une
foi simple et solide interdit de "douter que tout est".
Ainsi, luthier, potier,
jardinier, maçon, horloger, batelier, savetier, boulanger, maraîcher, sabotier, graveur,
constructeur de cadrans solaires, menuisier, verrier, cordier, imagier, sculpteur,
imprimeur, herboriste, dentellière, maréchal ferrant, relieur marchent-ils "selon
l’Evangile, dans la voie sacrée".
Des métiers divins, seule la poésie ne confère
pas l’apaisement, car le poète est un damné livré à la "puissance des tortures".
| RETOUR HAUT DE PAGE |
7 novembre 1913.
L
a visite du roi Albert en Prusse n’a pas diminué ses inquiétudes au sujet de la
situation internationale. Accueilli par Guillaume II et sa suite, le 5 novembre, à la
gare de Wilspark, le roi a passé deux jours à la cour de Potsdam et a inspecté le
régiment des dragons dont il vient d’être nommé colonel.
Le premier soir, un
dîner officiel a rassemblé une trentaine de personnalités, parmi lesquelles le baron
Beyens, ministre de Belgique (avec lequel l’empereur s’entend mal), et M. de Meloue,
attaché militaire à Berlin.
Outre la visite du Stadion de Potsdam, des conversations
particulières avec le roi de Prusse et le maréchal von Moltke, chef de l’état-major
allemand, ont occupé la seconde journée.
Le roi des Belges aurait reçu de ces
entretiens la confirmation qu’à Potsdam, la guerre est considérée comme imminente.
Il a demandé à Beyens de ne pas faire de rapport et informera lui-même de
Broqueville.
Il rejoindra dans deux jours la reine Elisabeth au château de Namedy,
chez le prince de Hohenzollern,
| RETOUR HAUT DE PAGE |
23 novembre 1913.
D
evant 6.500 spectateurs, au stade d’Anvers, les Diables Rouges ont battu l’équipe
aLlemande.
Les Beiges ont déjà battu les Allemands à trois reprises.
En 1910, sur le score de 0-3 à Duisbourg; un an plus tard, à Liège, les Allemands
subirent une nouvelle défaite (2-1).
Mais la victoire d’aujourd’hui est la
plus belle.
Malgré une résistance acharnée de la formation allemande, la
rencontre s’est terminée par une éclatante victoire (6-2).
| RETOUR HAUT DE PAGE |
10 décembre 1913.
H
enri La Fontaine, président du Bureau international de la Paix, a reçu des mains de
M. Lövland, président du Comité, le prix Nobel de la Paix pour l’année 1913. La
cérémonie a eu lieu dans la salle de l’Institut Nobel à Christiana (Suède).
Né
à Bruxelles le 22 avril 1854, Henri La Fontaine est professeur de droit international
à l’Université libre de Bruxelles depuis 1893 et sénateur socialiste depuis 1895.
Il s’est montré depuis sa fondation, en 1895, un des membres les plus actifs de l’Union
parlementaire. L’an dernier, à Genève, il fut désigné comme rapporteur de la Commission
internationale.
Avec Paul Otlet, La Fontaine est aussi le fondateur de l’institut
international de Bibliographie (1895) et l’auteur de nombreux travaux sur le droit
international, qui font autorité.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
1913.
L
a production de charbon se répartit comme suit : 4,4 millions de tonnes au Couchant de
Mons, 3,45 dans le Centre, 8,1 à Charleroi. Au total, 16 millions de tonnes dans le
Hainaut contre 0,82 dans la province de Namur et 6 dans le bassin de Liège.
L’augmentation de production est générale, sauf à Charleroi et à Liège.
On
estime à 650.000 tonnes les pertes dues aux grèves d’avril et nous devrons importer
cette année 3,7 millions de tonnes de charbon.
|
Le dur labeur dans les mines, vu par Constantin Meunier |
|
|---|
La valeur du charbon produit est estimée à près de 419 millions de francs, soit quelque
18 F la tonne.
Le personnel du fond s’élève à 105.800 mineurs (parmi lesquels
1.783 enfants). En surface, on compte 39.500 travailleurs (dont 8.300 femmes, 1.940
garçonnets et 3.400 fillettes de 12 à 16 ans).
La production moyenne par ouvrier
est de 919 tonnes. Le salaire moyen annuel est de l’ordre de 1.450 F. Les houillères ont
fait 167 morts et 107 blessés. Les mines de Campine sont en chantier et 400 mineurs
extrayent du sol de la pyrite, de la galène, du blende, du fer, etc.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
1913.
D
epuis 29 ans, aucun gouvernement n’a demandé un impôt nouveau à la population. Le
Trésor a pu vivre uniquement sur les plus-values résultant du développement éconoinique.
La légèreté de la charge fiscale est compensée par une dette publique considérable
qui n’est pas loin de représenter 5 milliards de francs-or!
Mais cette dette ne
résulte pas de dépenses inutiles. Pendant tout le XIXè siècle, elle s’est accrue pour la
construction et l’équipement et, à partir de 1870, pour le rachat des chemins de fer.
Heureusement, ceux-ci assurent eux-mêmes le service de leurs dettes. Rappelons
que la Belgique vit en ordre principal de deux impôts : la contribution foncière
traditionnelle et les droits sur certains produits de consommation, en particulier
l’alcool et le vin, comme aussi le tabac.
Une tendance vers la taxation des
bénéfices industriels et commerciaux se dessine.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
1913.
C
omparées à celles des autres pays européens, nos routes sont bonnes. Elles constituent
un réseau centralisé dont la plaque tournante est Bruxelles. Toutefois, le trafic
n’étant plus celui d’autrefois, on a songé il y a 20 ans à en réduire la largeur pour
récupérer et rendre à la culture le terrain occupé par la bande réservée au bétail et
assez peu utilisée par celui-ci.
Le port d’Anvers est en progrès depuis le
rachat des péages et il est appelé, semble-t-il, à connaître un développement rapide.
Quant aux chemins de fer, propriété de l’Etat, ils sont très conve-nables. Le
matériel pour voyageurs est bon et les convois de mar-chandises appropriés aux transports
lourds, notamment les minerais.
Les trains de voyageurs ont un défaut : leur
vitesse est tenue systématiquement au-dessous de leur capacité, l’administration faisant
valoir l’impossibilité de réaliser des vitesses supérieures dans un pays où les gares
sont si rapprochées.
Les chemins de fer couvrent les emprunts contractés pour la
cons-truction du réseau.
Les canaux construits entre le XVIè et le XVIIè siècle,
eux, datent un peu.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
- 7 février : Par 99 voix contre 83, la Chambre refuse de prendre en
considération la proposition, émise par Emile Vandervelde, de révision de la
Constitution, sous prétexte qu’elle s’accompagne d’une menace de grèves.
- 17 février : La grève générale est décidée pour le 14 avril.
- 6 mars : Projet d’annexion du faubourg de Molenbeek-Saint-Jean
à Bruxelles. Le collège échevinal de Bruxelles semble réservé.
- 1 avril : Visite officielle du roi Albert à Paris.
- 21 avril : En dépit de l’accord intervenu le 3décernbre 1912, les patrons
du textile de Roulers ont, dès le il janvier, pratiqué le lock-out et mis de 3.000
à 3.500 ouvriers tisserands dans la rue. A la suite d’une campagne de soutien du
syndicat chrétien, l’affaire est réglée par un compromis.
- 2 mai : La Chambre ayant, le 24 avril, voté une motion conciliatrice du
député libéral de Mons, Fulgence Masson,, et chargé une commission parlementaire de
rechercher une solution acceptable au problème électoral, Emile Vandervelde demande
la fin de la grève générale.
- 13 juin : Décès de Camille Lemonnier, auteur, entre autres, d'Un mâle
(1881) et de Happe-chair (1886).
- 2 juillet : Tous les officiers et sous-officiers devront, dès 1917, être
bilingues. En attendant, les recrues flamandes devront continuer à obéir à des
ordres donnés en français.
- 17 juillet : Auguste Meuter fonde à Bruxelles un laboratoire cinématographique
moderne.
- 27 juillet : Les syndicats chrétiens tiennent leur congrès à Malines.
- 2 août : A Bruxelles se tient une conférence internationale de recherche
contre le cancer.
- 13 août : Le chef de gouvernement et ministre de la Guerre, Charles de
Broqueville, pose la question de confiance à la suite des critiques qui l’assaillent
tant de la part de l'opposition que des conservateurs, au sujet de l’accroissement
des impôts.
- 15 août : Inauguration de l’éclairage électrique des galeries Saint-Hubert
à Bruxelles.
- Août : A l’occasion de l’Exposition universelle de Gand sont interprétées
des oeuvres de P. Benoit, S. Dupuis, J. Jongen et E. Ysaye. Saint-Saens y vient
interpréter son Cinquième concerto pour piano et orchestre.
- 5 octobre : Création du syndicat libéral flamand.
- 21 octobre : Marie Closset inaugure l’institut de culture française,
qu’elle vient de fonder.
- 21 octobre : La population belge s’élève à cejour à 7.639.000 âmes, soit
environ 259 habitants au kilomètre carré.
- 1913 : L’industrie emploie 18.000 machines à vapeur développant une
puissance totale de 2.800.000 chevaux.
- 1913 : Inauguration à Gand du monument dédié à Van Eyck.
- 1913 : Il y a encore en Belgique 306 localités dont les réunions du
conseil communal se tiennent dans des cabarets.
| RETOUR HAUT DE PAGE |