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4 janvier 1891.
P
ierre de Decker (79 ans), mort aujourd'hui, dirigea le dernier cabinet unioniste, qui
tomba en 1857, victime des tensions entre catholiques et libéraux. Lui-même était un
catholique modéré et flamingant.
Après une carrière de député (1839-1866), il
s'était fait connaître dans le monde de la finance. C'est d'ailleurs à la suite d'un
scandale boursier qu'il avait été contraint de démissionner du poste de gouverneur du
Limbourg en 1871.
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Février 1891.
U
n nouveau cercle artistique vient d'être fondé à Anvers : les XIII (qui sont en
réalité douze), appellation qui fait écho au groupe des XX de Bruxelles. Parmi les
fondateurs figurent un certain nombre de membres - H. Luyten, L. Van Engelen et Ch.
Mertens - issus du cercle "Als ik kan", créé en 1883 par quelques jeunes artistes en
révolte contre l'académisme de l'école anversoise.
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"Les vaches traversant la Lys", par Emile Claus |
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Comme souvent, les rebelles du départ s'étaient assagis et le plus irréductible
d'entre eux, Henry Van de Velde, avait quitté le groupe en 1886.
Le besoin se faisait donc sentir de secouer la vie artistique engourdie et
de susciter un Salon plus audaccieux dans ses choix.
Mais rassurons-nous
(ou inquiétons-nous) les noms de Claus, Farasyn, Verhaert ou Th. Verstraeten
indiquent que le modernisme y sera mesuré.
Pas d'excentriques aux XIII.
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12 mars 1891.
O
n apprend la création de la Compagnie du Katanga. Dotée d'un capital de trois millions
de francs, ses actions ont été réparties entre l'Etat Indépendant, la Compagnie du
Congo pour le commerce et l'industrie, dont elle prend la relève dans le Katanga et
des souscripteurs privés.
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M'Siri, roi du Katanga |
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Cette nouvelle compagnie, qui prendra désormais à sa charge l'expédition Delcommune,
aura pour mission d'explorer le Haut-Congo, d'étudier les voies de communication
et de constituer toutes sortes d'entreprises de colonisation et d'exploita-
tion.
En échange de l'appui qu'elle s'engage à donner à l'Etat Indépendant
dans le but de hâter le déve- loppement économique du Katanga et d'achever
l'occupation du pays, elle recevra en pleine pro- priété le tiers des terrains du
domaine de l'Etat situé entre le Sankuru et le Tanganyika et la concession
d'exploitation du sous-sol pendant 99 ans.
Des avantages qui s'expliquent par la
nécessité de mettre cette région prometteuse à l'abri des convoitises étrangères.
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19 avril 1891.
C'
est après une longue marche dans la jungle inhospitalière que le capitaine Paul Le
Marinel a atteint Bunkeya, capitale de M'Siri, sultan du Katanga, où il a planté le
drapeau de l'Etat Indépendant du Congo.
Parti de Bruxelles en novembre 1889
afin d'organiser un camp retranché sur le Sankuru, Le Marinel arriva à Lusambo dès
le mois de mai 1890. A la tête de 250 soldats de la Force publique, il explora le
Lomami et les régions avoisinantes, mettant en déroute les 7.000 guerriers de Congo
Lutete.
Des instructions royales parvinrent à Lusambo. Elles ordonnaient au
capitaine de partir, sans attendre de renforts, pour le Katanga afin d'y installer un
poste avant l'arrivée des agents de Cecil Rhodes. En un temps record, Le Marinel organisa
une caravane de 150 porteurs et de 180 soldats. Le 23 décembre, il quittait Lusambo,
accompagné notamment de Descamps, Legat et Verdick.
Traversant le Sankuru,
l'expédition longea ensuite la Lubi sur 170 km, retraversa la rivière et s'engagea vers
l'est, puis fit son entrée à Bunkeya.
Quelle ne fut pas leur surprise quand les
membres de l'expédition apprirent la présence de trois missionnaires anglais! Aussi
le soulagement est-il grand depuis que M'Siri a reconnu l'autorité de l'Etat Indépendant.
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21 mai 1891.
L
es événements ont débuté le lendemain du 1er mai lorsque, par solidarité avec les
mineurs grévistes de Westphalie, la Fédération Belge des Mineurs, sans crier gare, a
décrété l'arrêt du travail. Au bout de trois jours, on comptait près de 100.000 grévistes,
ce qui fit naître, chez bien des bourgeois, la hantise du "Grand soir".
Pourtant
calme, cette grève a produit son effet sur la section centrale de la Chambre, qui, dans
sa séance d'hier, a adopté à l'unanimité le principe de la révision de la Constitution,
bien qu'elle ait reçu un mandat contraire.
Aujourd'hui, le Conseil Général du
Parti Ouvrier a recommandé la reprise du travail, ce qui a été accepté par les mineurs,
sans aucune protestation. Le tout maintenant est de savoir si, une fois son vote émis
en faveur du principe de la révision, la section centrale de la Chambre ne va pas
chercher, une fois de plus, à gagner du temps, espérant que l'agitation populaire se
calmera.
Et si, pour ne pas montrer trop clairement son jeu, elle ne se livrera
pas, une fois de plus, à des discussions aussi longues que fastidieuses. Peut-être
August Beernaert compte-il d'ici là, brouiller libéraux et socialistes.
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21 juin 1891.
A
l'initiative d'Arthur Verhaegen et de Gustave Eylenbosch, deux pionniers du mouvement
ouvrier chrétien, le journal Het Volk a été diffusé aujourd'hui pour la première
fois à Gand. Les journaux à un centime qui, tant sur le plan social que sur le plan
flamand, adoptent des positions très modérées ne satisfont pas les démocrates chrétiens.
Het Volk s'est donné pour but principal de combattre l'influence croissante
du socialisme et de son quotidien, le Vooruit d'Anseele. Son sous-titre est
clair à cet égard : "Antisocialistisch Dagblad". Ce n'est pas un hasard si le journal
vient de paraître un mois à peine après la diffusion de l'encyclique Rerum novarum
, qui fixe les principes de base du mouvement ouvrier chrétien.
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1 août 1891.
L
a Société de propagande wallonne vient de publier le premier nu-méro de La Défense
wallonne, qui paraîtra chaque mois et qui s'assigne pour but la défense des intérêts
wallons. Ce premier numéro, comptant huit pages, veut attirer l'attention des lecteurs
sur les problèmes linguistiques.
Signalons que l'éditeur du journal n'est autre
que Fernand Cocq, le président de la Ligue Wallonne d'Ixelles, dont les membres
recevront gratuitement cette publication.
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1 octobre 1891.
H
ier, à onze heures et demie, au cimetière d'Ixelles, le général français Georges
Boulanger, en exil à Bruxelles, s'est suicidé sur la tombe de sa maîtresse, la
comtesse de Bonnemain. Il s'est tiré une balle de révolver dans la tempe droite.
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Le général Georges Boulanger |
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Né à Rennes le 7 janvier 1837, le général Boulanger avait été ministre
de la Guerre en 1886 et 1887, avant d'être expulsé du gouvernement.
Accu- sé de complot contre l'Etat, il fut condamné à la déportation le 14
août 1889. Depuis le début de son exil, il vivait dans la nostalgie de ses
anciens succès et de son amour défunt.
Au mois d'août, le général
avait fait graver sur la tombe de Madame de Bonnemain l'inscription
"Marguerite, à bientôt".
La dépouille mortelle a été transportée au domicile du défunt, rue
Montoyer. Le général a été vêtu des habits de deuil qu'il portait aux funérailles
de Madame de Bonnemain. Le portrait de celle-ci, trouvé sur lui au moment du suicide,
a été placé dans la bière, ainsi que les cheveux de la comtesse que le général portait
sur le coeur.
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3 novembre 1891.
L
a première édition d'un nouveau venu dans la presse belge, Gazet van Antwerpen,
a été distribuée aujourd'hui à Anvers. Son énergique fondateur, Jean-Baptiste Van Os,
s'est tout naturellement réservé la fonction de rédacteur en chef. L'en-tête du journal
indique qu'il se présente comme un quotidien populaire, dont les trois premiers numéros
seront distribués gratuitement.
Le journal, qui ne coûtera qu'un ou deux centimes,
se définit d'emblée comme étant de tendance flamingante et proche des préoccupations
sociales. Il luttera, assure-t-il, "pour Dieu, la langue et la patrie".
La lecture
du premier éditorial nous apprend que ce journal sera surtout un journal local se
fondant sur les principes sacro-saints du catholicisme, tant sur le plan social que
religieux.
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20 décembre 1891.
A
lors que la situation paraît de plus en plus confuse au Katanga, Alexandre Delcommune,
accompagné de l'ingénieur Didderich, poursuit sa mission d'exploration pour le compte
de la Compagnie du Katanga. Mais, contrairement à Le Marinel qui y avait trouvé une
certaine abondance sous l'ordre tyrannique de M'Siri, il n'y a rencontré que désordre,
famine et hostilité.
C'est donc après avoir affronté bien des périls qu'il est
parvenu à Mushima, sur le Lualaba, ayant perdu 270 des 670 hommes de sa caravane.
Tout avait pourtant bien commencé, au départ de Matadi, en septembre 1890. Dès le
mois de mai, la colonne atteignait Gandu, puis Musega, résidence du grand chef Kassombo
Kalongo. Mais, après avoir séjourné aux abords du lac Kisale, la marche reprit à travers
une contrée où, soudain, les indigènes se firent hostiles. Des escarmouches éclatèrent.
Le 30 août, les Balubas attaquèrent l'arrière-garde commandée par Hakanson, qui
périt avec 14 de ses soldats. Puis la colonne franchit le Lualaba et la Sufuri, pénétrant
dans le territoire de M'Siri.
Après une marche forcée à travers un territoire
dévasté par la guerre, elle parvint le 6 octobre à Bunkeya. Mal accueillie, elle repartit
vers le sud, traversa les régions révoltées des Bassango et atteignit les gisements
cuprifères de Kibali, et enfin Mushima.
L'itinéraire devra les mener ensuite
vers l'ouest, jusqu'au Nyangwe, mais le manque de vivres pourrait les obliger à rebrousser
chemin.
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20 décembre 1891.
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Victor Jacobs |
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V
ictor Jacobs, ministre d'Etat, est dé- cédé ce dimanche midi, à Saint-Gilles.
Né le 18 janvier 1838 à Anvers, il fut élu député de cet arrondissement le
9 juin 1863 et le resta jusqu'à sa mort. Du 3 août 1870 au 1er décembre 1871,
il détint le portefeuille des Finances dans le cabinet catholique d'Anethan.
Nom- mé ministre de l'Intérieur et de l'Ins- truction publique le 16 juin
1884, il défendit alors devant les Chambres la loi du 20 septembre sur
l'instruction primaire.
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1891.
L
e spectacle itinérant de Buffalo Bill, l'éclaireur et chasseur améri-cain, est en tournée dans
quelques villes de Belgique.
Buffalo Bill est le surnom de William Cody (45
ans). Devenu célèbre comme guide et chasseur de buffles, il participa à la guerre
civile américaine et à plusieurs campagnes destinées à "mater" des tribus indiennes
en révolte.
Il est l'auteur d'une auto-biographie et de quelques romans. Depuis
1883, il montre son spectacle aux Etats-Unis et en Europe.
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1891.
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Léo Baekeland |
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E
migré aux Etats-Unis, le Gantois Léo Baeke- land vient d'inventer un papier
révolutionnaire. Couchée sur ce papier, une émulsion d'argent peut être
imprimée par la lumière artificielle, puis développée à la lueur d'une bougie.
Baptisé Velox, ce papier est appelé à un avenir prometteur car il
libère désormais les photogra- phes de l'obligation d'exposer leurs papiers aux
rayons du soleil.
A Gand déjà, Baekeland dirigeait une fabrique
de plaques photographiques inoxydables.
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1891.
L
e droit de vote, oui, mais réservé aux célibataires et aux veuves : même pour l'avocat
Louis Franck, dont l'Essai sur la condition politique de la femme a été couronné
par la Faculté de Droit de Paris, la femme mariée reste une mineure, qui ne peut même
pas disposer de son propre salaire, d'ailleurs très inférieur à celui des hommes.
La jeune fille, par contre, est réputée sexuellement "consentante" dès l'âge de
treize ans, et la loi interdit la recherche de paternité.
Autre illogisme flagrant
: les femmes ont accès à l'université, mais l'enseignement moyen supérieur n'est
toujours pas organisé pour elles et, de toute façon, elles n'ont pas le droit de
pratiquer. Leur seul espoir réside dans la Ligue des Droits de la Femme que Marie
Popelin compte fonder l'an prochain.
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L'élan industriel belge : les hauts fourneaux de Cockerill la nuit |
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La caserne du Petit-Château, "pivot de la défense nationale" |
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- 20 mars : Le Times de Londres publie une attaque contre les
ambitions belges au Congo. Le roi Léopold II, en visite en Angleterre, envoie
le jour même une réponse signée "un ami du Congo".
- 30 mars : Georges Helleputte, Arthur Verhaegen et l'abbé Pottier
fondent à Louvain la Ligue Démocratique belge.
- 16 avril : A Paris, le journal Le Siècle attaque les visées
anglaises au Katanga.
- 30 avril : A Bruxelles, la première apparition protocolaire des Noirs
met en scène trois jeunes Bangalas rieurs, dûment vêtus et chapitrés, qui
offrent des fleurs aux membre de la Société antiesclavagiste réunie au palais
des Académies.
- 15 mai : Par l'encyclique "Rerum Novarum" sur la condition des ouvriers,
Léon XIII marque son adhésion aux doctrines sociales nouvelles. Les catholiques
belges partisans du mouvement ouvrier sont dès lors confortés dans leurs convictions.
- Mai : L'entrée de capitaux français dans la compagnie de Chemin de Fer
du Bas-Congo met fin à la plupart des attaques de presse française contre cette
entreprise.
- Juin : Le chemin de fer du Bas-Congo ne compte encore que 2.500 mètres
de voies posées avec les pires difficultés dans la vallée de M'Pozo.
- 12 juillet : Inauguration à Liège du premier vélodrome de Belgique.
- 19 août : La loi sur la pêche maritime réglemente la taille minimum du
poisson de mer qu'il est permis de débarquer en Belgique et fixe les époques où
il est défendu de faire usage de filets traînants le long de la côte.
- 6 septembre : Au congrès du parti catholique qui se tient à Malines, le
fossé s'agrandit entre les conservateurs et les progressistes plus proches du
mouvement ouvrier.
- 27 novembre : La loi sur la répression du vagabondage et de la mendicité
établit pour la première fois une distinction nette entre le mendiant ou le
vagabond occasionnel, dont la place est dans un refuge, et le mendiant ou le
vagabond professionnel, qui doit être interné dans un dépôt de mendicité.
- Décembre : La mission d'exploration au Katanga d'Alexandre Delcommune
se poursuit dans des conditions de plus en plus difficiles.
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