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4 février 1888.
L
e Salon des XX s'est ouvert ce samedi au musée d'Art Ancien, à Bruxelles, rue de la
Régence. Le principe divisionniste de Georges Seurat domine toutes les préoccupations.
Paul Signac expose treize oeuvres, dont certaines sont une application rigoureuse
de la technique du "ton pur". L'influence de Seurat, représenté au Salon de l'an dernier
par La Grande Jatte, s'est également propagée parmi les "vingtistes".
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"Portrait de Madame Charles Maus" (Van Rysselberghe)/b> |
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Finch a envoyé quatre tableaux et a illus- tré le catalogue d'un croquis
pointilliste. Théo Van Rysselberghe a conservé une forte impression de la
peinture de Seurat depuis l'exposition de ce dernier à la Maison Dorée en
1886. Il travaille pour l'instant à appliquer la formule division- niste au
genre du portrait. Le portrait de Mademoiselle Alice Sethe est attendu avec
curiosité pour le Salon de l'an prochain.
En guise de préambule au catalogue
de l'exposition, Octave Maus, secrétaire des XX, disserte en quatre pages
sur la re- cherche de la lumière dans la peinture. Il y évoque la vibration
prismatique des tableaux de Seurat, de Pissarro, de Signac, "qui paraissent avoir
exprimé dans sa plus éclatante intensité le fulgurant étincellement du jour".
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7 février 1888.
A
Bruxelles, le cercle des XX, dirigé par Octove Maus, secoue la torpeur et la routine
auxquelles nos associations de concerts de musique de chambre sont habituées.
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Eugène Ysaye/b> |
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Ce mardi, nous avons pu assister à une séance d'un intérêt exceptionnel,
rehaussée de la présence du compositeur Vincent d'Indy et de la pianiste
Marie Bordes-Pène. Rien d'étonnant à ce que, avec ces grands artistes et
des interprètes tels qu'Ysaye, Jacob et Poncelet, les oeuvres présentées aient
reçu une exécution digne d'elles.
Gros succès donc, pour les oeuvres de
Vincent d'Indy (un beau Trio et le Poème des Montagnes) et
Gabriel Fauré (une pénétrante Elégie). Mais le clou de la séance fut
l'exécution de la merveilleuse sonate de Franck. Eugène Ysaye, dédica- taire de
l'oeuvre, s'y surpassa littérale-ment.
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Mars 1888.
U
ne première tentative de regroupement des ligues et cercles wallons de Bruxelles a vu
le jour grâce à Edouard Termonia, un avocat libéral de Bruxelles. La Fédération des
Ligues et Sociétés Wallonnes de l'arrondissement de Bruxelles s'est donnée pour but
d'axer ses activités autour de trois points essentiels : la lutte contre les revendications
flamandes, la défense des droits acquis des fonctionnaires et la diffusion de la langue
française.
Cette Fédération n'est pas la seule création que l'on doive à Edouard
Termonia. Le 28 février, il avait également créé la Société de propagande wallonne de
Bruxelles. Son but est similaire à celui de la Fédération, puisqu'il s'agit essentiellement
de défendre la suprématie de la langue et de la culture françaises.
Bien que
fondée à Bruxelles, la Société de propagande compte d'ores et déjà de nombreux membres
en Flandre, où la bourgeoisie francophone se sent menacée par les revendications flamandes.
La Société de propagande affiche une orientation politique libérale.
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5 mai 1888.
A
partir d'aujourd'hui, les inspecteurs du travail entrent en fonc-tion. La nomination
de ces fonctionnaires est l'aboutissement logique de la nouvelle législation sociale.
Dans le discours du trône de novembre 1886, le gouvernement avait affirmé
qu'une protection légale des ouvriers était le correctif nécessaire contre les abus de
la liberté d'entreprise. Cette prise de position, qui constituait une rupture avec
les principes libéraux, répondait à une longue période de mécontentement social, durant
laquelle grèves et manifestations s'étaient succédé.
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Parmi les abus de l'industrie : les tâches pénibles et le travail des femmes |
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Une commission d'enquête parlementaire a démontré la nécessité d'une règlementation
légale en ce qui concerne le travail des femmes et des enfants, la durée du temps de
travail et la protection salariale. Dès lors, on a jeté les bases d'une législation
sociale.
Mais ces lois resteraient lettre morte si un système permettant de
contrôler leur application n'était pas mis en oeuvre. L'installation d'inspecteurs
du travail devrait constituer une garantie suffisante.
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7 juin 1888.
U
n nouveau journal quotidien d'information en langue néerlandaise paraît désormais à
Bruxelles sous le titre Het Laatste Nieuws ("Les Dernières Nouvelles"). A
l'origine de cette initiative, l'on trouve le libéral flamingant Julius Hoste, né à
Tielt en 1848 et rédacteur en chef, depuis 1869 de l'hebdomadaire bruxellois De
Zweep. Het Laatste Nieuws veut défendre un libéralisme libre-penseur, mais,
en ce qui concerne la question flamande, il serait prêt à collaborer avec les plus
rabiques des catholiques flamingants.
La relative démocratisation des institutions
et du système électoral a provoqué une vague de création de nouveaux journaux. Depuis
1880, libéraux et catholiques soutiennent l'édition et la diffusion de jour-naux bon
marché destinés à attirer un vaste public. Ils rencontrent un succès croissant et
tendent à se substituer aux quotidiens tradi-tionnels.
Het Laatste Nieuws
est le premier journal bruxellois à prix de vente réduit diffusé en Flandre. Cet organe
de presse libéral semble promis à un grand succès auprès des masses populaires, mais
il est cependant accueilli avec quelque méfiance par les membres de l'intelligentsia
libérale flamande.
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4 juillet 1888.
L
a première édition du Moniteur belge contenant une version néer-landaise est
parue aujourd'hui. Avant cela, certaines communications étaient déjà parues en
néerlandais mais sans que cela ait un caractère systématique.
La décision de
publier un Moniteur bilingue cadre dans la politique du gouvernement dirigé
par August Beernaert qui veut donner une place officielle au néerlandais.
Au
mois d'octobre, il est d'autre part prévu de mettre en circulation des billets de
banque portant des annotations en néerlandais. En outre les inscriptions des ministères
devront désormais être bilingues.
Depuis son arrivée au pouvoir en 1884, le
gouvernement n'avait encore pris aucune mesure tendant à favoriser la langue néerlan-daise.
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26 août 1888.
G
eorges Willame vient de lancer un journal dont le tire, L'Aclot, rappelle à
lui seul son penchant pour sa ville natale puisqu'il signifie, en dialecte local,
"le Nivellois". L'Aclot, auquel collaborent Edouard Parmentier et Léon Petit,
s'intéresse plus particulièrement à la littérature populaire - il prévoit d'ailleurs
d'organiser un concours - et au folklore wallon.
Il compte publier des traductions
de contes, d'études ou de proverbes en dialecte wallon. Gageons que Willame, avec tout
l'allant de ses vingt-cinq ans, parviendra à fonder un véritable mouvement littéraire.
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8 octobre 1888.
L
e baron d'Anethan est mort à Bruxelles
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Le baron Jules d'Anethan/b> |
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Né le 23 avril 1803, il était devenu avocat général près la cour d'appel de
Bruxelles en 1836, avant d'obtenir le portefeuille de la Justice dans les
cabinets Nothomb (1843- 1845), van de Weyer (1845-1846) et de Theux de
Meylandt (1846-1847).
Entre 1844 et 1849, il fut député de Louvain à
la Chambre, ensuite, il repré- senta l'arrondissement de Tielt au Sénat jusqu'à
sa mort. Du 2 juillet 1870 au 1er décembre 1871, le baron d'Anethan dirigea
un cabinet catholique dont il était ministre des Affaires étrangères. Il
termina sa carrière comme président du Sénat, de 1880 à 1885.
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16 novembre 1888.
L'
écrivain et homme politique Jean Van Beers est mort aujourd'hui à Anvers, où il était
né le 22 février 1821. Issu d'une famille de distillateurs, il avait fait ses études au
collège de Pitzembourg, puis avait ensuite été nommé bibliothécaire-adjoint à Anvers en
1844, professeur de néerlandais à l'Ecole normale de Lierre en 1849, et à l'athénée
d'Anvers en 1860.
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Le poète Jean Van Beers/b> |
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Après avoir tenté en vain de se faire édi- ter en français, il s'était révélé
être un poète flamingant plein de talent et avait adhéré au cercle anversois
des Romanti- ques flamands.
Van Beers a acquis la célébrité comme
pédagogue et orateur. Malgré ses options "grande Néerlande", il était resté
"belgicis- te" et royaliste. Catholique au début, il était devenu
libre-penseur.
En 1875, devenu conseiller communal libé- ral d'Anvers,
Jean Van Beers s'était préoc- cupé de la néerlandisation de l'enseigne-
ment de la ville.
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10 novembre 1888.
D
édiées à Théo Van Rysselberghe, Willy Schlobach et Dario de Rego-yos, Les Débâcles
de Verhaeren sortent de presse chez Deman, avec un frontispice d'Odilon Redon.
A l'image du recueil Les Soirs, publié en janvier dernier, Les
Débâcles sont un chant de désespoir qui s'ouvre par un Dialogue sur la
volonté forcenée de se torturer : "Sois ton bourreau toi-même/N'abandonne le soin de te
martyriser/A personne, jamais ...", et se referme, avec le poème La Couronne,
sur la même invocation : "Et je voudrais aussi ma couronne d'épines/O la couronne en rêve
à mon front somnambu-le/Hallucine-moi donc à ton absurdité/Et sacre-moi ton roi souffrant
et ridicule".
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1888.
A
u moment où le pointillisme de Georges Seurat investit tous les salons, y compris
celui des XX en février dernier, James Ensor semble résolument lui tourner le dos.
L'Entrée du Christ à Bruxelles, cette toile gigantesque (2,58 sur 4,31
m), à laquelle il a travaillé cette année, paraît défier le néo-im-pressionnisme.
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Deux détails de l'Entrée du Christ à Bruxelles de James Ensor |
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Il s'agit d'une déconcertante juxtaposition de grands tons plats, de bleus, de rouges,
de verts, divisés par des blancs larges. Au milieu de la foule bariolée et des masques
rieurs, le Christ assiste au défilé agité d'une manifestation politique, sous les
banderoles où se lisent les slogans des fanfares doctrinaires : Vive la Sociale et
vivent Anseele et Jésus.
La dimension de la toile a imposé des conditions
particulières de travail : clouée en partie sur le mur, en partie sur le sol, elle a
été réalisée à partir de couleurs en pots, fournies par un peintre en bâtiments.
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1888.
L
a Société Générale des Chemins de Fer Economiques, qui jusqu'ici s'est surtout attachée
à créer des réseaux de tramways en Italie (Bergame, Naples, Florence et Trieste) et en
Allemagne (Barmem-Elberfeld et Lemberg), vient d'obtenir la concession de sa première
ligne à Bruxelles.
Celle-ci reliera la Bourse à la place Surlet de Chokier via
Sainte-Gudule et la colonne du Congrès. Pour le trajet total, il en coûtera 15 centimes
au voyageur, et 10 centimes pour une section seulement.
Ces tramways seront des
"déraillables", c'est-à-dire des omnibus de pavé dotés d'une cinquième roue relevable
qui, une fois descendue dans la gorge d'un rail, oblige les autres roues à rester sur
deux autres rails. On a calculé que grâce à ce procédé, les efforts de traction seront
considérablement réduits.
La teinte brune donnée à ces tramways leur vaut le surnom
populaire de "trams chocolat".
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- 31 mai : Une loi introduit en Belgique la libération conditionnelle des
prisonniers. Des comités de citoyens bénévoles s'occuperont du patronage des
prisonniers libérés.
- 15 août : A Bruxelles, la collégiale Saint-Michel-et-Gudule retentit
d'un prêche du cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger, qui encourage l'oeuvre
africaine des Belges qu'il exhorte à "envoyer cent héros dans le Haut-Congo".
- Août : Les premiers missionnaires belges de Scheut-lez-Bruxelles
(congrégation fondée en 1862 par le père Th. Verbiest) s'embarquent pour le
Bas-Congo.
- 1888 : Jules-Joseph Melotte, originaire de la Hesbaye, dépose le brevet
de la première écrémeuse à force centrifuge.
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