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FAITS MARQUANTS ANNEE 1886

27 mars 1886 - Emeutes et attentats créent la panique.
29 mars 1886 - Alfred Defuisseaux tient un meeting à La Louvière.
Début avril 1886 - La répression de Vander Smissen.
4 avril 1886 - La monnaie sera en deux langues.
Juin 1886 - Albert Mockel fonde le mensuel "La Wallonie".
8 juillet 1886 - Une Académie pour la langue et la littérature.
12 juillet 1886 - Jules Malou est décédé en son château.
16 août 1886 - Les ouvriers et le suffrage universel.
29 septembre 1886 - Au congrès des oeuvres sociales catholiques.
1886 - Henri de Braekeleer inspire la paix.
1886 - La crise économique fait baisser les salaires.
1886 - Félicien Rops, pornocrate.
1886 - Jef Lambeaux, le "Michel-Ange du ruisseau".
Autres dates importantes.



Emeutes et attentats créent la panique.

27 mars 1886.

L'agitation sociale en Wallonie

 C omme il fallait s'y attendre depuis la  création du Parti Ouvrier Belge, la classe  ouvrière, se sentant soutenue, a engagé un  mouvement de revendication et de pro-  testation contre le sort qui est le sien dans  une société où elle a du mal à se faire  entendre.

Dès mars, des émeutes à caractère  nettement révolutionnaire ont eu lieu à  Liège. Dans la région de Charleroi et dans  le Borinage, des fabriques ont été mises à  sac et, à Jumet, le château d'un industriel  a été incendié.

Les meetings socialistes font affluer des  foules ouvrières exaltées. A la Grappe de  Raisin, à Bruxelles, chaussée d'Anvers, Jean Volders, le bouillant rédacteur du journal Le Peuple, suscite l'enthousiasme de son auditoire en s'exclamant : "L'heure est venue où l'ouvrier doit cesser d'être autre chose que de la chair à canon, de la chair à travail, de la chair à désirs" !

Avant-hier, à l'issue d'un de ces meetings, un cortège s'est formé, arborant des drapeaux rouges et chantant La Marseillaise. Il s'est dirigé vers le palais royal, mais a pu être arrêté. Aujourd'hui, on apprend que de graves attentats viennent de se dérouler dans le Pays Noir. La garde civique est sur les dents et le général Vander Smissen menace d'engager la répression.


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Alfred Defuisseaux tient un meeting à La Louvière.

29 mars1886.

Le Cathéchisme du Peuple
par Alfred Defuisseaux.


 L' avocat borain Alfred Defuisseaux, qui  est devenu un des orateurs les plus popu-  laires des bassins du Borinage et du Cen-  tre, était hier à La Louvière.

 L'auteur du Cathéchisme du peuple, sorti  de presse le 3 mars dernier, a rappelé la  revendication fondamentale des socialis-  tes : le suffrage universel.

 Il a aussi invité les militants "à ne pas sor-  tir de la légalité en se livrant à des actes  de violence".

 Defuisseaux a condamné les excès commis  à Liège et à Charleroi.





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La répression de Vander Smissen.

Début avril 1886.

 "T irez sans sommation et pas en l'air, afin de ne pas encourager les émeutiers !", tel est l'ordre qu'aurait donné le général Vander Smissen, chargé par le gouvernement de rétablir l'ordre dans le Pays Noir. Résultat : 24 morts et 18 blessés en deux jours parmi les mineurs frappés de chômage, vivant avec leurs familles dans une misère des plus noires et accusés d'émeute, de pillage et d'incendies.

L'ordre selon Vander Smissen

 Pour ceux qui travaillent, les salaires sont  au plus bas. Les mineurs gagnent moins de  3 francs par jour et les prix des denrées  alimentaires ne cessent d'augmenter. Face  à un gouvernement catholique homogène, à  un moment où le député libéral Eudore  Pirmez publie une brochure intitulée Crise  d'abondance , le peuple souffre jusqu'à  perdre patience. Il n'y a guère, le  catholique Ducpétiaux écrivait : "Prêtons  l'oreille à ce long cri de souffrance qui  s'élève au sein de la classe laborieuse.

 Si nous n'allons pas au-devant de nous et  nous fasse expier notre long endurcisse-  ment. Telle est l'alternative qui nous est offerte : faire la justice ou la recevoir".

Cet avertissement ne semble pas avoir été entendu, non plus que celui du libéral de Laveleye : "Le régime actuel n'est pas juste; si les classes aisées en étaient convaincues, elles préviendraient les révolutions".

Le général Vander Smissen veut quant à lui noyer la révolte dans le sang et a invité les bourgeois à s'armer. Auguste Beernaert a félicité les forces de l'ordre.


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La monnaie sera en deux langues.

4 avril 1886.

L es billets de banque belges seront désormais imprimés dans les deux langues nationales, et les monnaies qui seront frappées à l'avenir seront également bilingues. Elles auront cours légal indifféremment dans les deux régions du pays.

Cette décision est accueillie favorablement par la droite, élue surtout pas les provinces flamandes, qui considère cela comme un gage de bonne volonté du gouvernement et un premier symptôme d'une orientation du pays vers un régime administratif bilingue.

Cette mesure est de celles qui permettront une réforme vers le bilinguisme sans imposer de contrainte aux Wallons.


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Albert Mockel fonde le mensuel "La Wallonie".

Juin 1886.

Albert Mockel

 L' Elan littéraire est mort, vive La Wal-  lonie. C'est ainsi que la rédaction d'un  nouveau mensuel annonce au lecteur son  premier numéro. La revue d'amateurs que  dirigeait Albert Mockel, jeune étudiant en  droit, s'efface au profit de La Wallonie ,  dont l'ambition est "de grouper autour  d'elle les éléments vivants de la jeunesse  littéraire de no provinces wallonnes".

 D'emblée, Mockel s'oppose à "l'art social  défendu par Edmond Picard dans les colon-  nes de L'Art moderne.

 Les collaborateurs de la revue ne man-  queront pas non plus d'exalter leur région  et d'imposer définitivement dans l'esprit du public le terme "Wallonie" pour la désigner.


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Une Académie pour la langue et la littérature.

8 juillet 1886.

P ar arrêté royal, une Académie pour la langue et la littérature fla-mandes a été créée à Gand. Elle comptera trente membres, cinq correspondants belges et vingt-cinq correspondants étrangers.

Jusqu'à présent n'existait qu'une Académie, officiellement bilingue depuis la révolution de 1830 (et même trilingue, le latin étant prévu comme langue des mémoires), mais rares étaient les communications présentées ou les rapports rédigés en néerlandais.

En outre, la partie officielle des Bulletins et de l'Annuaire (comptes rendus des séances, règlements des concours, etc.) n'employait que la langue française.

La Koninklijke Academie voor Taal-en Letterkunde est due à l'initiative du Premier ministre, August Beernaert. Ses buts sont d'entretenir chez les uns et à faire revivre chez les autres l'amour du peuple flamand et de sa langue maternelle, ce dont rêvaient dès 1836 Jan-Frans Willems et le chanoine David, qui avaient créé une Maatschappij tot Bevordering der Nederlandsche Taal-en Letterkunde, qui n'était toutefois pas une réelle institution académique.


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Jules Malou est décédé en son château.

12 juillet 1886.

J ules Malou s'est éteint hier après-midi en son château de Woluwe-Saint-Lambert. Ce lundi, vers midi, le gouvernement s'est rendu à la maison mortuaire pour rendre hommage à l'ancien ministre. Né à Ypres le 19 octobre 1810, Jules Malou commença sa carrière en 1836 comme chef de bureau au ministère de la Justice.

En 1840, il devint directeur de la division de législation et de statistique, et l'année suivante, député catholique de l'arrondissement d'Ypres. Après avoir occupé brièvement le poste de gouverneur de la province d'Anvers (1844-1845), il obtint le portefeuille des Finances dans les cabinets van de Weyer (1845-1846) et de Theux (1846-1847). Rentré dans l'opposition, il fut à nouveau député d'Ypres de 1850 à 1859, puis sénateur de Saint-Nicolas en 1862. Il présida ensuite deux cabinets catholiques homogènes, de 1871 à 1878 et de juin à octobre 1884.


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Les ouvriers et le suffrage universel.

16 août 1886.

 D écidée le 13 juin par le congrès du Parti Ouvrier présidé par Edouard Anseele, une manifestation en faveur du suffrage universel a eu lieu hier dans les rues de Bruxelles.

Les électeurs se mettent en voix

Quelque 30.000 manifestants ont été dé-  nombrés. Les bassins industriels étaient  largement représentés en dépit de la pé-  nible situation des ouvriers de ces régions.  Beaucoup avaient fait le voyage à pied et  de nuit.

Parlant de cet imposant cortège, La  Chronique de ce matin déclare que "le 15  août 1886 marquera une date dans les  annales de la Belgique démocratique". De  son côté, La Réforme imprime : "La  manifestation ouvrière a été réellement  grandiose. Les ouvriers accourus de tous  les coins du pays sont venus affirmer leur  volonté de conquérir le droit de suffrage";  Quant à la presse de droite, elle pousse ce  matin un ouf de soulagement. L'Etoile  déclare que "la fièvre rouge est passée". En  revanche, le public a été enchanté de l'attitude de l'immense majorité des manifestants. Les ouvriers, tant dans leurs réclamations que leurs comportements, sont restés dignes et pacifiques.

En passant rue de la Loi, les manifestants n'ont proféré aucune injure contre le gouvernement et le ministre des Chemins de fer a pu sans problème traverser la foule.


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Au congrès des oeuvres sociales catholiques.

29 septembre 1886.

L e premier congrès des oeuvres sociales catholiques s'est tenu à Liège pendant trois jours. Il s'est ouvert par les discours de Monseigneur Doutreloux, évêque de Liège, et de Léon Colinet, ancien président de l'Union pour le redressement des griefs. Les travaux se sont déroulés en trois sections : oeuvres religieuses, présidées par Monseigneur Rutten, vicaire général du diocèse de Liège; oeuvres économiques, présidées par V. Brants; législation, présidée par Charles Woeste.

Notons que la question du corporatisme, défendue par Georges Helleputte, a suscité en particulier des débats très animés.


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Henri de Braekeleer inspire la paix.

1886.

H enri de Braekeleer est né à Anvers en 1840 dans un milieu d'ar-tistes. Son père Ferdinant est un peintre de genre et d'histoire assez réputé. Il avait pour oncle Henri Leys.

Le réalisme intimiste et l'attention accordée au décor par Leys marqueront son neveu qui adoptera ces tendances dans ses peintures de chevalet alors que le meilleur de l'art de Leys réside surtout dans ses peintures murales.

"L'Atelier" (détail), et "Femme à sa fenêtre" de de Braekeleer
        

A l'âge de 14 ans, de Braekeleer suit les cours de l'académie d'Anvers où il devient l'ami de Jan Stobbaerts. C'est Leys qui envoie son neveu en Allemagne pour ramener des dessins de la maison de Luther dont il avait besoin pour une composition. Mais un voyage en Hollande surtout sera déterminant : de Braekeleer y découvre les petits maîtres hollandais, Vermeer de Delft en particulier.

Il se consacre alors à la peinture d'intérieurs où il rend avec délicatesse et précision le moindre détail, parfois à la loupe. Il sait faire chanter les matières dans une lumière assourdie tout en suggérant le silence et la quiétude.

Dans son oeuvre, pas de cri, mais une aspiration à la paix d'autant plus déchirante lorsque l'on sait que le peintre souffre de troubles mentaux. Après quatre ans d'interruption, il vient de se remettre à peindre; sa manière est plus libre, ses couleurs plus vives. Visiblement l'influence de l'impressionnisme l'engage sur une autre voie.


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La crise économique fait baisser les salaires et accentue le chômage.

1886.

L a crise économique qui sévit actuellement ébranle la production nationale dans son ensemble. Elle touche tout d'abord l'agriculture, gravement concurrencée par les exportations américaines de céréales. Les prix se sont effondrés, réduisant sérieusement le salaire de l'ouvrier agricole et les bénéfices des cultures. Les ruines s'accumulent dans tout le pays, comme dans toute l'Europe, soumise aussi à la concurrence américaine. La crise frappe également la production industrielle, jusqu'ici florissante, en raison de l'après-guerre franco-allemande.

Mais l'Allemagne, devient redoutable, et contribue à la surproduction européenne. Les prix ont chuté et les exportations belges sont en recul : 1 milliard 180 millions de francs contre 1 milliard 340 millions en 1883.

La jacquerie ouvrière à Liège et à Charleroi en 1886
        

Les débouchés des produits manufacturés sont réduits par la baisse de consommation des populations rurale et ouvrière. Les usines sont obligées d'arrêter ou de restrindre leur fabrication, avec pour conséquence le licenciement et la baisse des salaires des ouvriers. Le salaire annuel moyen du mineur est passé de 1.013 francs en 1871 à 858 francs.

En raison de la diminution du prix du pain et de la viande, le pouvoir d'achat de l'ouvrier n'a guère baissé : c'est le chômage partiel ou total de beaucoup qui fait entrer la midère dans les familles.


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Félicien Rops, pornocrate.

1886.

G râce à Félicien Rops déjà, en 1884 au Salon des XX, La Tentation de Saint-Antoine avait créé l'évènement. Deux ans plus tard, à ce même Salon, Pornocratès (1878) soulève un tollé général : une superbe créature nue, gantée de noir, les yeux bandés, promène en laisse un cochon. Un thème-clé chez Rops qui, comme d'autres artistes de l'époque, voit dans la femme le symbole de la perversion, oscillant entre deux extrêmes : la sainte et la fille de joie.

Il traque ses modèles sur les trottoirs parisiens et met en scène leur intimité, leur vie amoureuse, dans des centaines d'estampes érotiques. Ses gravures témoignent de recherches techniques : il utilise la manière noire, l'aquatinte, le vernis mou, cherchant la plus grande qualité du tirage, la pureté du trait, la délicatesse des nuances dans les ombres et les lumières, le velouté du grain.

Avec son ami le peintre Rassenfosse, il recherche actuellement un vernis mou transparent qui permettrait la retouche et devrait porter le nom de Ropsenfosse.

Le Rops graveur a éclipsé le Rops peintre : ses paysages et ses marines, ses sujets d'inspiration symbolique et ses figures ont été successivement influencés par le romantisme, par le réalisme et par l'impressionnisme.

Félicien Rops a d'abord choisi de peindre une réalité nuancée par ses sentiments personnels et, plus tard, de rendre particulièrement des effets de lumière et d'atmosphère.


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Jef Lambeaux, le "Michel-Ange du ruisseau".

1886.

J ef Lambeaux est parfois surnommé ironiquement le "Michel-Ange du ruisseau". Entré à l'académie d'Anvers à l'âge de dix ans, il passa cinq ans plus tard dans l'atelier de Geefs, ayant obtenu au passage un prix d'expression et d'anatomie. Sa virtuosité et ses connaissances techniques justifient la première partie de son surnom.

En 1884, il sculpta La Folle chanson, première apparition de ces satyres et nymphes qui émaillent son oeuvre. Sculpture pleine de mouvement et de vie, celle-ci exprime un amour de la chair évoquant celui qu'exaltait Jordaens à l'époque baroque. Ces caractéristiques sont également celles de la fontaine Brabo, sculptée cette année pour la ville d'Anvers.

Elle est surmontée par l'effigie de Brabo, montré dans tout son élan au moment où il s'apprête à jeter la main du tyran. Son équilibre audacieux contraste avec la sérénité et la sensualité des naïades supportant les armes de la ville.


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Autres dates importantes.


- 1 janvier : L'Etat indépendant du Congo émet ses premiers timbres postaux.


- 12 février : La Conférence du Jeune Barreau prend l'initiative de constituer, entre les Barreaux réunis de Belgique, une "Fédération des avocats belges."


- 3 mars : L'avocat et publiciste Albert Defuisseaux publie le Catéchisme du Peuple, un pamphlet dans lequel il appelle à la grève générale pour l'obtention du suffrage universel. En deux mois 200.000 exemplaires sont diffusés dans tout le pays, dont 60.000 en néerlandais.


- 3 avril : L'Illustration publie une série de dessins d'après nature d'Armand Heins, montrant notamment une charge de cavalerie dans un village occupé par les grévistes et des cadavres de grévistes à la morgue de Roux.

- 15 avril : Une Commission du Travail est créée par arrêté royal afin de mettre au point une législation sociale.

- 15 août : Le POB organise à Bruxelles une grande manifestation pour le suffrage universel.


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© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE (Belgique).