|
|
27 mars 1886.
|
L'agitation sociale en Wallonie |
|
|---|
C
omme il fallait s'y attendre depuis la création du Parti Ouvrier Belge, la
classe ouvrière, se sentant soutenue, a engagé un mouvement de revendication
et de pro- testation contre le sort qui est le sien dans une société où
elle a du mal à se faire entendre.
Dès mars, des émeutes à caractère
nettement révolutionnaire ont eu lieu à Liège. Dans la région de Charleroi et
dans le Borinage, des fabriques ont été mises à sac et, à Jumet, le château
d'un industriel a été incendié.
Les meetings socialistes font affluer
des foules ouvrières exaltées. A la Grappe de Raisin, à Bruxelles,
chaussée d'Anvers, Jean Volders, le bouillant rédacteur du journal Le Peuple,
suscite l'enthousiasme de son auditoire en s'exclamant : "L'heure est venue où l'ouvrier
doit cesser d'être autre chose que de la chair à canon, de la chair à travail, de la
chair à désirs" !
Avant-hier, à l'issue d'un de ces meetings, un cortège s'est
formé, arborant des drapeaux rouges et chantant La Marseillaise. Il s'est
dirigé vers le palais royal, mais a pu être arrêté. Aujourd'hui, on apprend que de
graves attentats viennent de se dérouler dans le Pays Noir. La garde civique est sur
les dents et le général Vander Smissen menace d'engager la répression.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
29 mars1886.
|
Le Cathéchisme du Peuple par Alfred Defuisseaux. |
|
|---|
L'
avocat borain Alfred Defuisseaux, qui est devenu un des orateurs les plus
popu- laires des bassins du Borinage et du Cen- tre, était hier à La
Louvière.
L'auteur du Cathéchisme du peuple, sorti de presse
le 3 mars dernier, a rappelé la revendication fondamentale des socialis- tes
: le suffrage universel.
Il a aussi invité les militants "à ne pas sor-
tir de la légalité en se livrant à des actes de violence".
Defuisseaux a condamné les excès commis à Liège et à Charleroi.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
Début avril 1886.
"T
irez sans sommation et pas en l'air, afin de ne pas encourager les émeutiers !", tel
est l'ordre qu'aurait donné le général Vander Smissen, chargé par le gouvernement de
rétablir l'ordre dans le Pays Noir. Résultat : 24 morts et 18 blessés en deux jours
parmi les mineurs frappés de chômage, vivant avec leurs familles dans une misère des
plus noires et accusés d'émeute, de pillage et d'incendies.
|
L'ordre selon Vander Smissen |
|
|---|
Pour ceux qui travaillent, les salaires sont au plus bas. Les mineurs gagnent
moins de 3 francs par jour et les prix des denrées alimentaires ne cessent
d'augmenter. Face à un gouvernement catholique homogène, à un moment où le
député libéral Eudore Pirmez publie une brochure intitulée Crise d'abondance
, le peuple souffre jusqu'à perdre patience. Il n'y a guère, le catholique
Ducpétiaux écrivait : "Prêtons l'oreille à ce long cri de souffrance qui
s'élève au sein de la classe laborieuse.
Si nous n'allons pas au-devant
de nous et nous fasse expier notre long endurcisse- ment. Telle est
l'alternative qui nous est offerte : faire la justice ou la recevoir".
Cet avertissement ne semble pas avoir été entendu, non plus que celui du libéral de
Laveleye : "Le régime actuel n'est pas juste; si les classes aisées en étaient convaincues,
elles préviendraient les révolutions".
Le général Vander Smissen veut quant à lui noyer
la révolte dans le sang et a invité les bourgeois à s'armer. Auguste Beernaert a félicité
les forces de l'ordre.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
4 avril 1886.
L
es billets de banque belges seront désormais imprimés dans les deux langues nationales,
et les monnaies qui seront frappées à l'avenir seront également bilingues. Elles
auront cours légal indifféremment dans les deux régions du pays.
Cette décision
est accueillie favorablement par la droite, élue surtout pas les provinces flamandes,
qui considère cela comme un gage de bonne volonté du gouvernement et un premier symptôme
d'une orientation du pays vers un régime administratif bilingue.
Cette mesure
est de celles qui permettront une réforme vers le bilinguisme sans imposer de contrainte
aux Wallons.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
Juin 1886.
|
Albert Mockel |
|
|---|
L'
Elan littéraire est mort, vive La Wal- lonie. C'est ainsi que la
rédaction d'un nouveau mensuel annonce au lecteur son premier numéro. La
revue d'amateurs que dirigeait Albert Mockel, jeune étudiant en droit,
s'efface au profit de La Wallonie , dont l'ambition est "de grouper autour
d'elle les éléments vivants de la jeunesse littéraire de no provinces
wallonnes".
D'emblée, Mockel s'oppose à "l'art social défendu par
Edmond Picard dans les colon- nes de L'Art moderne.
Les
collaborateurs de la revue ne man- queront pas non plus d'exalter leur région
et d'imposer définitivement dans l'esprit du public le terme "Wallonie" pour la
désigner.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
8 juillet 1886.
P
ar arrêté royal, une Académie pour la langue et la littérature fla-mandes a été créée
à Gand. Elle comptera trente membres, cinq correspondants belges et vingt-cinq
correspondants étrangers.
Jusqu'à présent n'existait qu'une Académie, officiellement
bilingue depuis la révolution de 1830 (et même trilingue, le latin étant prévu comme
langue des mémoires), mais rares étaient les communications présentées ou les rapports
rédigés en néerlandais.
En outre, la partie officielle des Bulletins et
de l'Annuaire (comptes rendus des séances, règlements des concours, etc.)
n'employait que la langue française.
La Koninklijke Academie voor Taal-en
Letterkunde est due à l'initiative du Premier ministre, August Beernaert. Ses buts
sont d'entretenir chez les uns et à faire revivre chez les autres l'amour du peuple
flamand et de sa langue maternelle, ce dont rêvaient dès 1836 Jan-Frans Willems et le
chanoine David, qui avaient créé une Maatschappij tot Bevordering der Nederlandsche
Taal-en Letterkunde, qui n'était toutefois pas une réelle institution académique.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
12 juillet 1886.
J
ules Malou s'est éteint hier après-midi en son château de Woluwe-Saint-Lambert. Ce
lundi, vers midi, le gouvernement s'est rendu à la maison mortuaire pour rendre
hommage à l'ancien ministre. Né à Ypres le 19 octobre 1810, Jules Malou commença sa
carrière en 1836 comme chef de bureau au ministère de la Justice.
En 1840, il
devint directeur de la division de législation et de statistique, et l'année suivante,
député catholique de l'arrondissement d'Ypres. Après avoir occupé brièvement le poste
de gouverneur de la province d'Anvers (1844-1845), il obtint le portefeuille des
Finances dans les cabinets van de Weyer (1845-1846) et de Theux (1846-1847). Rentré
dans l'opposition, il fut à nouveau député d'Ypres de 1850 à 1859, puis sénateur de
Saint-Nicolas en 1862. Il présida ensuite deux cabinets catholiques homogènes, de 1871
à 1878 et de juin à octobre 1884.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
16 août 1886.
D
écidée le 13 juin par le congrès du Parti Ouvrier présidé par Edouard Anseele, une
manifestation en faveur du suffrage universel a eu lieu hier dans les rues de Bruxelles.
|
Les électeurs se mettent en voix |
|
|---|
Quelque 30.000 manifestants ont été dé- nombrés. Les bassins industriels étaient
largement représentés en dépit de la pé- nible situation des ouvriers de ces
régions. Beaucoup avaient fait le voyage à pied et de nuit.
Parlant
de cet imposant cortège, La Chronique de ce matin déclare que "le 15
août 1886 marquera une date dans les annales de la Belgique démocratique". De
son côté, La Réforme imprime : "La manifestation ouvrière a été
réellement grandiose. Les ouvriers accourus de tous les coins du pays sont
venus affirmer leur volonté de conquérir le droit de suffrage"; Quant à la
presse de droite, elle pousse ce matin un ouf de soulagement. L'Etoile
déclare que "la fièvre rouge est passée". En revanche, le public a été enchanté
de l'attitude de l'immense majorité des manifestants. Les ouvriers, tant dans leurs
réclamations que leurs comportements, sont restés dignes et pacifiques.
En
passant rue de la Loi, les manifestants n'ont proféré aucune injure contre le gouvernement
et le ministre des Chemins de fer a pu sans problème traverser la foule.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
29 septembre 1886.
L
e premier congrès des oeuvres sociales catholiques s'est tenu à Liège pendant trois
jours. Il s'est ouvert par les discours de Monseigneur Doutreloux, évêque de Liège,
et de Léon Colinet, ancien président de l'Union pour le redressement des griefs. Les
travaux se sont déroulés en trois sections : oeuvres religieuses, présidées par
Monseigneur Rutten, vicaire général du diocèse de Liège; oeuvres économiques, présidées
par V. Brants; législation, présidée par Charles Woeste.
Notons que la question
du corporatisme, défendue par Georges Helleputte, a suscité en particulier des débats
très animés.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
1886.
H
enri de Braekeleer est né à Anvers en 1840 dans un milieu d'ar-tistes. Son père Ferdinant
est un peintre de genre et d'histoire assez réputé. Il avait pour oncle Henri Leys.
Le réalisme intimiste et l'attention accordée au décor par Leys marqueront son
neveu qui adoptera ces tendances dans ses peintures de chevalet alors que le meilleur
de l'art de Leys réside surtout dans ses peintures murales.
|
"L'Atelier" (détail), et "Femme à sa fenêtre" de de Braekeleer |
|
|---|
A l'âge de 14 ans, de Braekeleer suit les cours de l'académie d'Anvers où il devient
l'ami de Jan Stobbaerts. C'est Leys qui envoie son neveu en Allemagne pour ramener
des dessins de la maison de Luther dont il avait besoin pour une composition. Mais
un voyage en Hollande surtout sera déterminant : de Braekeleer y découvre les petits
maîtres hollandais, Vermeer de Delft en particulier.
Il se consacre alors à la
peinture d'intérieurs où il rend avec délicatesse et précision le moindre détail, parfois
à la loupe. Il sait faire chanter les matières dans une lumière assourdie tout en
suggérant le silence et la quiétude.
Dans son oeuvre, pas de cri, mais une
aspiration à la paix d'autant plus déchirante lorsque l'on sait que le peintre souffre
de troubles mentaux. Après quatre ans d'interruption, il vient de se remettre à peindre;
sa manière est plus libre, ses couleurs plus vives. Visiblement l'influence de
l'impressionnisme l'engage sur une autre voie.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
1886.
L
a crise économique qui sévit actuellement ébranle la production nationale dans son
ensemble. Elle touche tout d'abord l'agriculture, gravement concurrencée par les
exportations américaines de céréales. Les prix se sont effondrés, réduisant sérieusement
le salaire de l'ouvrier agricole et les bénéfices des cultures. Les ruines s'accumulent
dans tout le pays, comme dans toute l'Europe, soumise aussi à la concurrence américaine.
La crise frappe également la production industrielle, jusqu'ici florissante, en raison
de l'après-guerre franco-allemande.
Mais l'Allemagne, devient redoutable, et contribue
à la surproduction européenne. Les prix ont chuté et les exportations belges sont en
recul : 1 milliard 180 millions de francs contre 1 milliard 340 millions en 1883.
|
La jacquerie ouvrière à Liège et à Charleroi en 1886 |
|
|---|
Les débouchés des produits manufacturés sont réduits par la baisse de consommation des
populations rurale et ouvrière. Les usines sont obligées d'arrêter ou de restrindre
leur fabrication, avec pour conséquence le licenciement et la baisse des salaires des
ouvriers. Le salaire annuel moyen du mineur est passé de 1.013 francs en 1871 à 858 francs.
En raison de la diminution du prix du pain et de la viande, le pouvoir d'achat
de l'ouvrier n'a guère baissé : c'est le chômage partiel ou total de beaucoup qui fait
entrer la midère dans les familles.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
1886.
G
râce à Félicien Rops déjà, en 1884 au Salon des XX, La Tentation de Saint-Antoine
avait créé l'évènement. Deux ans plus tard, à ce même Salon, Pornocratès (1878)
soulève un tollé général : une superbe créature nue, gantée de noir, les yeux bandés,
promène en laisse un cochon. Un thème-clé chez Rops qui, comme d'autres artistes de
l'époque, voit dans la femme le symbole de la perversion, oscillant entre deux extrêmes
: la sainte et la fille de joie.
Il traque ses modèles sur les trottoirs parisiens
et met en scène leur intimité, leur vie amoureuse, dans des centaines d'estampes
érotiques. Ses gravures témoignent de recherches techniques : il utilise la manière
noire, l'aquatinte, le vernis mou, cherchant la plus grande qualité du tirage, la
pureté du trait, la délicatesse des nuances dans les ombres et les lumières, le
velouté du grain.
Avec son ami le peintre Rassenfosse, il recherche actuellement
un vernis mou transparent qui permettrait la retouche et devrait porter le nom de
Ropsenfosse.
Le Rops graveur a éclipsé le Rops peintre : ses paysages et ses marines,
ses sujets d'inspiration symbolique et ses figures ont été successivement influencés
par le romantisme, par le réalisme et par l'impressionnisme.
Félicien Rops
a d'abord choisi de peindre une réalité nuancée par ses sentiments personnels et, plus
tard, de rendre particulièrement des effets de lumière et d'atmosphère.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
1886.
J
ef Lambeaux est parfois surnommé ironiquement le "Michel-Ange du ruisseau". Entré à
l'académie d'Anvers à l'âge de dix ans, il passa cinq ans plus tard dans l'atelier de
Geefs, ayant obtenu au passage un prix d'expression et d'anatomie. Sa virtuosité et ses
connaissances techniques justifient la première partie de son surnom.
En 1884, il
sculpta La Folle chanson, première apparition de ces satyres et nymphes qui
émaillent son oeuvre. Sculpture pleine de mouvement et de vie, celle-ci exprime un
amour de la chair évoquant celui qu'exaltait Jordaens à l'époque baroque. Ces caractéristiques
sont également celles de la fontaine Brabo, sculptée cette année pour la ville d'Anvers.
Elle est surmontée par l'effigie de Brabo, montré dans tout son élan au moment
où il s'apprête à jeter la main du tyran. Son équilibre audacieux contraste avec la
sérénité et la sensualité des naïades supportant les armes de la ville.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
- 1 janvier : L'Etat indépendant du Congo émet ses premiers timbres postaux.
- 12 février : La Conférence du Jeune Barreau prend l'initiative de constituer,
entre les Barreaux réunis de Belgique, une "Fédération des avocats belges."
- 3 mars : L'avocat et publiciste Albert Defuisseaux publie le Catéchisme
du Peuple, un pamphlet dans lequel il appelle à la grève générale pour l'obtention
du suffrage universel. En deux mois 200.000 exemplaires sont diffusés dans tout le pays,
dont 60.000 en néerlandais.
- 3 avril : L'Illustration publie une série de dessins d'après nature
d'Armand Heins, montrant notamment une charge de cavalerie dans un village occupé
par les grévistes et des cadavres de grévistes à la morgue de Roux.
| RETOUR HAUT DE PAGE |