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6 mars 1881.
C
e 6 mars paraît le premier numéro de l'hebdomadaire L'Art Moderne, sous-titré
Revue critique des arts et de la littérature. Huit pages par semaine, qui
traiteront de "l'art dans tous ses domaines", rendront compte des ouvrages de littérature,
contiendront une chronique des théâtres, concerts et conférences, sans oublier la liste
des expositions et ventes d'objets d'art.
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Octave Maus (van Rysselberghe) |
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Une chronique des tribunaux traitera des procès dans lesquels des artistes seront
impliqués. Il y aura aussi des annonces. Un vaste programme voulu par ses rédacteurs,
qui ne signeront pas leurs textes. Parmi eux, on notera surtout Octave Maus (25 ans,
avocat, amateur d'art, lettré et mélomane averti), Edmond Picard (45 ans, avocat,
collectionneur, écrivain et socialiste militant) et Emile Verhaeren (26 ans, poète et
récemment promu docteur en droit);
La revue s'intéressera à l'artiste qui,
sortant de sa tour d'ivoire, "se penchera sur nos monuments, nos maisons, nos meubles,
nos vêtements, les moindres objets dont chaque jour nous nous servons" (extrait du
programme dans le premier numéro).
L'Art Moderne ne prône pas l'art pour
l'art, mais l'art pour tous et se veut sans préjugé ni esprit partisan même si les
sympathies des rédacteurs vont à l'art réaliste teinté de convictions sociales (ils
se réfèrent constamment à Flaubert, Courbet, Manet et Zola).
L'Art Moderne
adopte un style qui correspond au contenu : rébellion contre l'ordre établi et
défense de l'avant-garde.
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5 juin 1881.
D
epuis le 8 mai se tient à Bruxelles, salle Janssens, petite rue de l'Ecuyer, une
nouvelle exposition du groupe La Chrysalide.
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Musique, rue de Flandres (Ensor) |
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Aux côtés des oeuvres de Rops, Dubois, Pantazis, Finch, Vogels, Artan, Meu-nier,
Degreef et Hannon, on verra avec intérêt le tableau d'un artiste ostendais de 21 ans,
James Ensor, intitulé Le Lampiste.
Il figure un personnage solidement campé, bien
construit, mais tout en reflets, en nuances de noir, qui porte une lampe.
On
peut lire dans le numéro de L'Art Moderne qui paraît aujourd'hui une critique
nuancée de cette oeuvre, relevant des qualités pleines de pro-messes, une observation
attentive des effets d'air et de lumière, de la finesse dans certaines tonalités et une
absence de banalité peu ordinaire chez un débutant, mais aussi un mépris du dessin, du
modelé et de la perspective.
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6 juin 1881.
L
e violoniste Henri Vieuxtemps est mort à Mustapha, en Afrique. Né à Verviers le 17
février 1820, il avait montré très tôt des dons exceptionnels pour le violon. A six
ans déjà, il se produisait en public à Verviers dans le 5è concerto de Rode.
Il suivit les cours de Bériot à Bruxelles, avant de débuter à Paris dans un
concert organisé par son maître, le 6 mars 1829.
Ses tournées lui conférèrent
une gloire internationale. A Vienne, il fut le premier, après la mort de Beethoven, à
jouer le concerto en ré. En 1843, il traversa les Etats-Unis et le Mexique. De 1846 à
1851, il fut le violon solo du tsar et dirigea l'école de violon de Saint-Petersbourg.
En 1871 il accepta la place de professeur de violon au conservatoire de Bruxelles.
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16 septembre 1881.
L
e baron Jean-Baptiste Nothomb vient de mourir à Berlin, des suites d'une attaque
d'apoplexie. Né le 3 juillet 1805 à Messancy, il commença sa carrière politique comme
député d'Arlon au Congrès national.
Nommé en 1831 secrétaire général du ministère
des Affaires étrangères, il fut un de ceux qui assurèrent, sur le plan diplomatique,
l'indépendance de la Belgique.
L'acceptation du traité des XVIII articles, le
26 juin, lui est due, en grande partie. En 1837, Jean-Baptiste Nothomb devint ministre
des Travaux publics. Il quitta ce poste en 1840 pour devenir ministre plénipotentiaire
de Belgique près la Confédération germanique. L'année suivante, il fut chargé de la
formation d'un nouveau cabinet, et prit le portefeuille de l'Intérieur.
C'est
à ce titre qu'il promulgua en 1842 la loi sur l'enseignement primaire.
Peu
satisfait de la rivalité entre catholiques et libéraux, le baron Nothomb s'était
retiré dans la carrière diplomatique comme ministre de Belgique à Berlin.
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25 septembre 1881.
U
une foule innombrable de Flamands - catholiques et libre-penseurs mêlés - s'est rendue
aujourd'hui à Bruxelles pour rendre hommage à l'écrivain Henri Conscience à l'occasion
de la parution de son centième livre, Geld en Adel ("L'Argent et la Noblesse").
Après quelques éloges, le représentant du souverain lui a offert une médaille
en or. Relevons, dans le discours de remerciements d'Henri Conscience, ces quelques
mots : "Je ne suis pas un génie, mais vous, hommes et femmes de Flandre, vous me vénérez
parce que mon coeur et le vôtre ont toujours battu de concert, parce que nous avons
toujours eu les mêmes aspirations, parce que mes ouvrages dans notre langue maternelle
ont créé votre amour, votre vertu et votre véritable fidélité à celle-ci et parce que,
jusque dans le moindre de mes écrits, je vous ai toujours respectés".
Auteur
d'ouvrages comme De Leeuw van Vlaanderen ("Le Lion de Flandre") ou De Loteling
("Le conscrit"), Henri Conscience a toujours utilisé la langue du coeur et de
l'imaginaire. Il est devenu l'auteur le plus lu de son temps.
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1 octobre 1881.
U
n Mâle, de Camille Lemonnier, publié l'année dernière en feuilleton dans
L'Europe, est édité chez Henry Kistemaeckers. Imprimé chez A. Lefèvre, rue Saint-Pierre,
ce roman de 376 pages est vendu au prix de 3,50 francs.
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Cabinet de travail de Lemonnier |
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Sa couverture jaune safran est ornée d'une vignette de l'éditeur Kistemaec-kers : un
cadre triangulaire, surmonté d'un bonnet phrygien et entouré de deux branches de
laurier croisées, enserre les initiales H. K.
Résolument rallié au naturalisme
de Zola, l'ouvrage a provoqué un joli scandale l'an dernier, lors de sa pu-blication en
feuilleton.
Il raconte les amours clandestines du braconnier Cachaprès, personnage
élé-mentaire et rude, et de la jeune, sage et jolie Germaine, belle-fille du fermier
Hulotte. La perspective de devenir l'épouse d'un riche exploitant conduit cependant
la jeune fille à délaisser l'homme des bois. Traqué par les gendarmes, le braconnier
tue pour se défendre avant de disparaître, blessé à mort lui-même, dans l'épaisseur
des taillis.
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1 décembre 1881.
I
l y a un an exactement, Albert Bauwens - de son vrai nom Albert Grésil - lançait à
Bruxelles le mensuel La Jeune Revue littéraire, avec pour but de donner aux
jeunes l'occasion de trouver "une petite place au soleil des lettres".
Animée
par une nouvelle équipe où l'on retrouve Bauwens, Walker, Eekhoud, Rodenbach, Destrée,
Verhaeren, Lemonnier et Gilkin, le mensuel change aujourd'hui de titre et de programme.
Présente comme le pendant de la revue parisienne La Jeune France, fondée
en mai 1878, La Jeune Belgique veut encourager non pas une littérature indépendante
de la France, mais plutôt une littérature qui exprimerait le talent d'écrivains "vigoureux".
Sa devise est explicite : "Soyons nous !" clame La Jeune Belgique. La
revue "ne sera d'aucune école", estimant que "tous les genres sont bons s'ils restent
dans la modération nécessaire et s'ils ont de réels talents pour les interpréter".
L'adhésion à l'Art pour l'Art n'exclut pas un naturalisme modéré.
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3 décembre 1881.
P
arti de la station de Vivi le 21 février 1880, le journaliste-explorateur anglais
Henry Morton Stanley (40 ans) a mis près de deux ans pour traverser la région des
cataractes et rallier, à 378 kilomètres de là, une zone d'eaux calmes à partir de
laquelle le Haut-Congo devient navigable.
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Le site de Kitambo, noyau de Léopoldville |
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Il emportait avec lui, sur des fourgons, cinquante tonnes de matériel, deux steamers
démontés, le Royal et le En-Avant ainsi qu'une allège en acier. Partout où le
trajet par eau était impossible, il a, avec son équipe de 106 terrassiers, tracé des
routes (dont une de 87 kilomètres entre Vivi et Isangila) et construit des ponts.
Arrivé à proximité du "Stanley Pool", il a obtenu du chef Makoko un terrain proche
de Kintambo, dans le but d'y édifier "une grande ville" et, malgré l'hostilité d'un
autre chef local, Ngalyema, il a décidé d'établir la station de Léopoldville sur le
flanc de la colline de Khonzo Izoulou, à une altitude de 25 mètres au-dessus du fleuve.
Les terrassiers ayant rapidement frayé une route, les tentes ont pu être
dressées à l'emplacement de la future station, d'où il découvre, entre la pointe de
Kallina et Kintambo, les baobabs de Kinshasa.
L'installation devrait être achevée
début mars et les transactions commerciales avec les indigènes pourront commencer.
Mais, dès aujourd'hui, le steamer En-Avant flotte dans la baie de
Kintambo.
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1881.
L'
ancien pasteur de l'église méthodiste de l'Observatoire, James Hocart a fondé cette
année l'église protestante de Bruxelles, dont les réunions se tiennent rue Ducale.
La doctrine de ce pasteur, fondée sur le libre examen, la tolérance et
l'ouverture constante au progrès, affirme que la religion est un besoin essentiel
pour l'homme, mais il s'adresse essentiellement aux familles bourgeoises.
L'hostilité de l'administration libérale de la ville envers cette nouvelle communauté
surprend énormément.
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1881.
U
ne institution bancaire d'un type nouveau, la banque Empain, a été mise sur pied cette
année par le capitaine d'industrie Edouard-Louis-Joseph Empain.
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Edouard Empain |
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Il s'agit d'une banque destinée à con-centrer les capitaux nécessaires à la fondation de
nouvelles sociétés et à mettre à la disposition des entreprises les moyens financiers
qu'elles ob-tiennent difficilement auprès des banques commerciales.
Son fondateur,
Edouard Empain, est né à Beloeil le 20 septembre 1852. Il est l'aîné d'une famille de
sept enfants, dont le père, François Empain était clerc et instituteur à Beloeil.
Après des études au collège Saint-Augustin à Enghien, Edouard Empain travailla
comme dessinateur à la Société Métallurgique de Bruxelles, avant d'y être promu
ingénieur en chef et administrateur. Il quitta la société pour reprendre l'exploitation
d'une carrière de pierre dans la province de Namur.
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1881.
T
homas Vinçotte, né à Anvers en 1850 et qui vient d'être nommé sculpteur officiel de
la Cour, est un des artistes belges les plus prometteurs.
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"Le dompteur de chevaux" par Thomas Vinçotte |
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D'abord élève de Geefs à Anvers, il a rejeté l'académisme froid du maître pour venir
suivre à l'académie des Beaux-Arts de Bruxelles les cours de Simonis et de Jacquet.
Son échec au concours pour le Prix de Rome en 1872 l'incita à partir pour Paris
où il travailla pendant deux ans.
ce fut un labeur fructueux, puisqu'en 1874 il
obtint une médaille au Salon de Paris pour son Giotto adolescent. Cette précieuse
statue, pleine de vie, lui valut également une médaille au Salon de Bruxelles en 1875.
Elle montrait l'attirance de l'artiste pour le Quattrocento florentin et particulièrement
pour l'oeuvre de Donatello.
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- 15 juin : La loi sur l'enseignement moyen donne au gouvernement le droit
de fonder des établissements d'enseignement moyen partout où il le juge nécessaire,
aux frais des communes et, le cas échéant, contre la volonté des mandataires
communaux. En outre, il est désormais interdit aux communes de subsidier des
collèges libres.
- 11 décembre : Création à bRUXELLES DE LA Société des Installations Maritimes,
dans le but de procéder aux travaux d'approfondissement et d'élargissement du canal
de Willebroek.
- 1881 : Le pape Léon XIII prend officiellement position contre
l'ultramontanisme.
- 1881 : Dans l'ensemble du pays, l'enseignement libre regroupe 63 pour
cent des enfants en âge d'écoles et jusqu'à 80 pour cent en Flandre.
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