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FAITS MARQUANTS ANNEE 1878

10 avril - Des iguanodons à Bernissart.
Avril - Les parlementaires voient leur nombre augmenter.
14 mai - L'âge minimal des travailleurs reste fixé à dix ans.
22 mai - L'emploi du flamand dans l'administration.
31 mai - L'instruction publique.
18 juin - Le cabinet Frère-Orban.
21 juin - Un ministère de l'Instruction.
8 juillet - Un lac artificiel de 80 ha et un barrage sur la Gileppe.
26 août - La réponse du berger à la bergère.
16 novembre - Charles Vilain XIIII : une longue carrière.
25 novembre - Les avatars de la première expédition belge au Congo.
Décembre - Une fédération des journaux catholiques.
1878 - La collection Fétis devient un musée.
Autres dates importantes.



Des iguanodons à Bernissart.

10 avril 1878.

L e premier de ce mois, en perçant une galerie dans la fosse dite "Sainte-Barbe" du charbonnage de Bernissart, le mineur Jules Créteur a découvert une accumulation d'ossements fossiles. Immédiatement alerté, le géologue F.L. Cornet, craignant un "poisson d'avril", a mis une semaine avant de se déplacer pour inspecter cette trouvaille qui emplissait un puits naturel.

Bien vite, il s'est rendu compte qu'il s'agissait de restes d'iguanodons, disséminés dans une gangue d'argile stratifiée, entre les profondeurs de 392 et 356 m.

Il apparut directement à Cornet que ces dizaines de tonnes d'os fossiles demanderaient un long travail pour être ramenées à la surface. Avec quelques spécialistes, on a d'ores et déjà pu établir qu'il y avait sans doute là les restes de deux espèces d'iguanodons, certainement quelques tortues et plusieurs crocodiles.

Le bilan complet demandera des mois.


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Les parlementaires voient leur nombre augmenter.

Avril 1878.

L es assemblées qui sortiront des prochaines élections compteront désormais respectivement 132 membres à la Chambre et 66 au Sénat, soir une augmentation de huit députés et de quatre sénateurs.

Ainsi en a décidé le Parlement, qui vient d'adopter le projet de loi déposé le 20 novembre dernier par M. Delcour.

Ces modifications des lois électorales se fondent sur l'augmentation de la population belge ainsi que sur la Constitution, qui prévoit la proportion d'un député pour 40.000 habitants.

Néanmoins, ces modifications n'ont pas manqué de soulever l'indignation dans les rangs de l'opposition. Les orateurs libéraux ont particulièrement critiqué le nouveau découpage électoral qui fait selon eux la part trop belle aux "arrondissements bénis de Dieu".


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L'âge minimal des travailleurs reste fixé à dix ans.

14 mai 1878.

L e Sénat a repoussé, par 23 voix contre 10, le projet de loi du ministre Beernaert - pourtant déjà voté par la Chambre - qui prévoyait de fixer à 12 ans pour les garçons et à 13 ans pour les filles, l'âge minimal du travail dans les mines.

Depuis très longtemps, de multiples associations ont pourtant rédigé force pétitions, motions et rapports pour inciter le législateur à hausser la barre de l'âge minimal, qui reste fixée, aux termes d'un décret de 1813, à dix ans.

Partisans et adversaires ont échangé des arguments d'ordre physique et moral, des arguments économiques (influence sur le prix de revient, perte de salaires pour les familles pauvres) et ont invoqué le droit du père de famille ("cette loi proclame que les pères sont sans coeur et les mères sans entrailles").

Mais l'objection la plus importante a été clairement résumée par Frère-Organ : "Toute règlementation du travail est une servitude".


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L'emploi du flamand dans l'administration.

22 mai 1878.

L e Parlement poursuit lentement mais sûrement son oeuvre législative en matière linguistique. Après la loi de 1873 sur l'emploi du néerlandais en matière de justice pénale, la Chambre vient de voter une autre loi, cette fois sur l'utilisation de cette langue dans l'administration.

Un projet de loi avait déjà été déposé à ce sujet par Jan Delaet en 1876. Il prévoyait de rendre obligatoire l'emploi du flamand aux fonctionnaires de tout ordre en ce qui concerne les communications, règlements et procès-verbaux dans les régions flamandes. Mais après ajournement et amendement du projet, cette obligation sera strictement limitée aux registres de l'état-civl et au procès-verbaux.


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L'instruction publique.

31 mai 1878.

A u moment où la campagne électorale bat son plein en vue des élections du 11 juin, la question de l'instruction publique est de plus en plus évoquée.

Dans le numéro d'avril de la Revue de Belgique, E. Goblet d'Alviella a proposé une Esquisse d'un programme de réformes anticléricales, où la sécularisation de l'enseignement public à tous les degrés est réclamée comme la première mesure à prendre pour accélérer la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Le 26 avril, La Flandre libérale disait de son parti qu'il souhaitait la sécularisation de l'enseignement primaire et son extension au secondaire.

Le 14 mai, Frère-Orban, dans un discours prononcé à la Chambre, a insisté sur les faiblesses du ministère Malou dans le domaine de l'enseignement public. Le Cabinet, a estimé Frère-Orban, assiste impassible à la destruction des écoles publiques, condamnées parce qu'on y défend les principes constitutionnels. Il place à la tête de nos écoles des membres du clergé qui ont pour mission d'enseigner que nos institutions sont déterstables et condamnées par l'Eglise catholique.

D'autre part, le 25 mai, M. Crombez, bourgmestre de Tournai, a réclamé la défense de l'instruction publique à tous les degrés, lors de la réunion de l'Association Libérale de sa ville.

Aujourd'hui, à l'assemblée des Libéraux unis d'Anvers, M. Pechera a exigé que l'on donne à l'enseignement "un caractère national", pour que sortent des écoles publiques "des citoyens dévoués au pays et à ses libertés".


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Le cabinet Frère-Orban.

18 juin 1878.

L e nouveau cabinet libéral est entré en fonction, sous la présidence de Frère-Orban, qui s'est réservé les Affaires étrangères.

Il a confié les portefeuilles de la Justice et de la Guerre à J. Bara et au général Renard; Graux reçoit les Finances; Sainclette, les Travaux Publics, Rolin-Jacquemyns, l'Intérieur et Van Humbeek, le nouveau ministère de l'Instruction publique.

Le cabinet Frère-Orban


Président de la Fédération des associations libérales, Jules Bara a joué un grand rôle dans l'opposition en 1876-1877, pour l'adoption du secret du vote. Le général Renard, ministre de la Guerre dans le cabinet de 1868, dispose d'une grande faveur dans l'entourage du roi. Graux passe pour l'in des plus brillants avocats du barreau de Bruxelles : il enseigne le droit criminel à l'Université libre. Rolin-Jacquemyns est un spécialiste du droit international de Gand. Sainctelette, député de l'arrondissement de Mons depuis 1869, est depuis longtemps au Parlement le spécialiste des travaux publics. Enfin, Pierre Van Humbeeck, député de Bruxelles depuis 1860, jouit d'une grande popularité auprès de la bourgeoisie de la ville.


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Un ministère de l'Instruction.

21 juin 1878.

L a création d'un ministère spécial pour l'Instruction publique a été accueillie très chaudement par l'opinion libérale. Les libéraux, représentés par le professeur Laurent, la réclamaient depuis longtemps.

Pierre Van Humbeeck


Le 25 mars 1867, une pétition fut envoyée à la Chambre par tous les membres de l'Association libérale de Gand. En février 1875, François Laurent déclara, dans un article très remarqué de la Revue de Belgique que la force d'une nation est dans son intelligence, et non dans ses finances. Dès lors, la création du nouveau ministère était devenue un des chevaux de bataille de la Flandre libérale.

La plupart des quotidiens libéraux commentent aujourd'hui l'événement. Le Journal de Gand estime qu'il donne pleine satisfaction à des griefs souvent exprimés dans la presse et réalise l'un des desiderata essentiels du parti libéral.

La nomination de Pierre Van Humbeeck, déput de Bruxelles, a provoqué de grandes manifestations de joie dans le bas de la ville, où est concentré son électorat, Rue de Flandre, une banderole a été tendue par les riverains, avec les mots : "Vive Pierre Van Humbeeck, qui demeure près de Molenbeek !".


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Un lac artificiel de quatre-vingt ha et un barrage sur la Gileppe.

8 juillet 1878.

L e roi Léopold a inauguré, sur la Gileppe, à une dizaine de kilomètres de Verviers, en bordure de l'Hertogenwald, un lac artificiel de 80 hectares, retenu par un barrage de 235 m de longueur au sommet.

Le lion belge domine le paysage du barrage de la Gileppe


La satisfaction est vive parmi les industriels verviétois qui, sous le régime napoléonien déjà, avaient introduit de nombreuses requêtes visant à remédier aux pénuries d'eau qui mettaient quelquefois à sec le lit de la Vesdre et portaient un grave préjudice à l'industrie lainière locale.

Les crédits nécessaires furent votés en 1865 par les Chambres et par l'administration communale de Verviers, de sorte que la première pierre put être posée le 9 octobre 1869.

Oeuvre des ingénieurs Bidault et Donckier, tous deux morts à la tâche, le barrage retiendra les eaux de la Gileppe, dont la capacité a été portée de 12 à plus de 13 millions de mètres cubes en 1821. Haut de 47 mètres, il est large, à la base, de 65 mètres et, au sommet, de 25 mètres. Au centre, il est surmonté d'un énorme lion réalisé par le sculpteur F.-A. Bouré, haut de 13,50 m et constitué de cent quatre-vingt-trois blocs de grès pesant au total 130 tonnes.

Outre son aspect économique, ce barrage présente un grand intérêt touristique.


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La réponse du berger à la bergère.

26 août 1878.

S itôt revenus au pouvoir, les libéraux viennent de faire passer une loi fiscale, réponse du berger à la bergère à la fameuse "loi cléricale sur les cabaretiers" de 1871. Cette loi libère de tout impôt foncier ceux qui occupent gratuitement une habitation appartenant à l'Etat ou à des établissements publics.

Selon le ministre Graux lui-même, cette exemption va faire perdre leur droit de vote à 130 fonctionnaires et à 1.601 membres du clergé. Cette loi s'attaque également à "la bête légendaire et cléricale des Flandres : le cheval mixte", c'est-à-dire le cheval qui laboure en semaine et qui conduit son maître à la messe le dimanche.

Désormais, les paysans - réputés être influencés dans leur vote par les curés - qui atteignent le cens électoral grâce à l'impôt frappant ces animaux seront dispensés de cette taxe.


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Les avatars de la première expédition belge au Congo.

25 novembre1878.

L e 20 juin 1877, l'Association Internationale Africaine (AIA) avait, conformément au programme établi en septembre 1876, autorisé son comité exécutif à envoyer des expéditions d'exploration en Afrique.

La mise sur pied de cette première expédition est le fait du seul comité national belge qui est d'ailleurs, grâce à la cassette royale, le principal pourvoyeur de fonds de l'AIA. Pour commander cette expédition, le comité belge a retenu la candidature du capitaine Louis Crespel, originaire de Tournai. On lui a adjoint le lieutenant Cambier, Arnold Maes (docteur en sciences naturelles de l'université de Louvain) et le major Marno, qui s'est fait connaître par ses voyages au Soudan.

Parti le 15 octobre 1877 d'Ostende, ce petit groupe a atteint Zanzibar deux mois plus tard. Dès avant le départ vers l'intérieur des terres, l'expédition a perdu deux de ses membres. Les premières victimes belges de l'Afrique ont été Arnold Maes, qui a succombé à une insolation, et le capitaine Crespel, qui a été emporté par une violente fièvre.

Le major Marno, très frappé par ces deux décès, a alors donné sa démission. Le lieutenant Wauthier et le médecin Dutrieux, envoyés en renfort par l'AIA, n'ont pu rejoindre que le 12 juillet Ernest Cambier, devenu responsable de l'expédition.

S'apprêtant à braver mille dangers, la troupe, forte d'une centaine d'indigènes, s'est remise en route. L'objectif est de créer un poste scientifique et hospitalier à Karema.

Ces avatars ont fait comprendre à Léopold II combien il est important de s'entourer d'hommes expérimentés pour encadrer de telles expéditions. Depuis le mois de janvier, il tente de convaincre Henry Morton Stanley et un officier de marine français, le comte Savorgnan de Brazza, d'entrer à son service. Il compte les employer au sein du Comité d'études du Haut-Congo, une nouvelle organisation créée aujourd'hui et dont le but est de fonder des postes commerciaux permanents.

Le capital d'un million se divise entre dix-neuf personnes ou groupes belges, hollandais et britanniques.

Léopold II est, comme il convient, président d'honneur et l'on s'attend à ce que son collaborateur Strauch soit nommé président effectif.


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Une fédération des journaux catholiques.

Décembre 1878.

A lors que le libéralisme vient de connaître un succès retentissans aux élections législatives, la querelle au sein du parti catholique s'avive chaque jour un peu plus.

En effet, les ultramontains supportent de moins en moins les "catholiques libéraux". Aussi viennent-ils de se démarquer des journaux de la droite parlementaire, comme LE Journal de Bruxelles en créant la Fédération des journaux catholiques.

Celle-ci devrait regrouper des organes comme Le Courrier de Bruxelles, Le Bien public, La Croix et Le Catholique.


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La collection Fétis devient un musée.

1878.

L es instruments de musique de la collection du célèbre musicologue Fétis disposent enfin d'un lieu digne d'eux. En effet, à la suite d'un don important d'instruments au roi Léopold par le rajah Sourindro Mohun Tagore, il a été décidé de créer à Bruxelles un musée instrumental au sein du conservatoire royal de musique.

Ce nouveau musée est désormais ouvert et l'on peut y admirer les collections savamment classées par son directeur, Victor-Charles Mahillon. Le célèbre facteur a l'intention de faire de ce musée le premier d'Europe.


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Autres dates importantes.


- 16 mai : La loi étend aux élections provinciales et communales les dispositions de la loi sur le secret du vote et sur les fraudes électorales du 9 juillet 1877.


- 1878 : Le politicien catholique Georges Helleputte fonde à Louvain la Gilde coopérative des métiers et commerces, sorte de syndicat ouvrier.


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© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE (Belgique).