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10 avril 1878.
L
e premier de ce mois, en perçant une galerie dans la fosse dite "Sainte-Barbe" du
charbonnage de Bernissart, le mineur Jules Créteur a découvert une accumulation
d'ossements fossiles. Immédiatement alerté, le géologue F.L. Cornet, craignant un
"poisson d'avril", a mis une semaine avant de se déplacer pour inspecter cette
trouvaille qui emplissait un puits naturel.
Bien vite, il s'est rendu compte
qu'il s'agissait de restes d'iguanodons, disséminés dans une gangue d'argile stratifiée,
entre les profondeurs de 392 et 356 m.
Il apparut directement à Cornet que ces
dizaines de tonnes d'os fossiles demanderaient un long travail pour être ramenées à la
surface. Avec quelques spécialistes, on a d'ores et déjà pu établir qu'il y avait sans
doute là les restes de deux espèces d'iguanodons, certainement quelques tortues et
plusieurs crocodiles.
Le bilan complet demandera des mois.
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Avril 1878.
L
es assemblées qui sortiront des prochaines élections compteront désormais respectivement
132 membres à la Chambre et 66 au Sénat, soir une augmentation de huit députés et de
quatre sénateurs.
Ainsi en a décidé le Parlement, qui vient d'adopter le projet
de loi déposé le 20 novembre dernier par M. Delcour.
Ces modifications des lois
électorales se fondent sur l'augmentation de la population belge ainsi que sur la
Constitution, qui prévoit la proportion d'un député pour 40.000 habitants.
Néanmoins, ces modifications n'ont pas manqué de soulever l'indignation dans les rangs
de l'opposition. Les orateurs libéraux ont particulièrement critiqué le nouveau découpage
électoral qui fait selon eux la part trop belle aux "arrondissements bénis de Dieu".
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14 mai 1878.
L
e Sénat a repoussé, par 23 voix contre 10, le projet de loi du ministre Beernaert -
pourtant déjà voté par la Chambre - qui prévoyait de fixer à 12 ans pour les garçons
et à 13 ans pour les filles, l'âge minimal du travail dans les mines.
Depuis
très longtemps, de multiples associations ont pourtant rédigé force pétitions, motions
et rapports pour inciter le législateur à hausser la barre de l'âge minimal, qui reste
fixée, aux termes d'un décret de 1813, à dix ans.
Partisans et adversaires ont
échangé des arguments d'ordre physique et moral, des arguments économiques (influence
sur le prix de revient, perte de salaires pour les familles pauvres) et ont invoqué le
droit du père de famille ("cette loi proclame que les pères sont sans coeur et les mères
sans entrailles").
Mais l'objection la plus importante a été clairement résumée
par Frère-Organ : "Toute règlementation du travail est une servitude".
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22 mai 1878.
L
e Parlement poursuit lentement mais sûrement son oeuvre législative en matière linguistique.
Après la loi de 1873 sur l'emploi du néerlandais en matière de justice pénale, la Chambre
vient de voter une autre loi, cette fois sur l'utilisation de cette langue dans
l'administration.
Un projet de loi avait déjà été déposé à ce sujet par Jan
Delaet en 1876. Il prévoyait de rendre obligatoire l'emploi du flamand aux fonctionnaires
de tout ordre en ce qui concerne les communications, règlements et procès-verbaux dans
les régions flamandes. Mais après ajournement et amendement du projet, cette obligation
sera strictement limitée aux registres de l'état-civl et au procès-verbaux.
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31 mai 1878.
A
u moment où la campagne électorale bat son plein en vue des élections du 11 juin, la
question de l'instruction publique est de plus en plus évoquée.
Dans le numéro
d'avril de la Revue de Belgique, E. Goblet d'Alviella a proposé une Esquisse
d'un programme de réformes anticléricales, où la sécularisation de l'enseignement
public à tous les degrés est réclamée comme la première mesure à prendre pour accélérer
la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Le 26 avril, La Flandre libérale
disait de son parti qu'il souhaitait la sécularisation de l'enseignement primaire et
son extension au secondaire.
Le 14 mai, Frère-Orban, dans un discours prononcé
à la Chambre, a insisté sur les faiblesses du ministère Malou dans le domaine de
l'enseignement public. Le Cabinet, a estimé Frère-Orban, assiste impassible à la
destruction des écoles publiques, condamnées parce qu'on y défend les principes
constitutionnels. Il place à la tête de nos écoles des membres du clergé qui ont pour
mission d'enseigner que nos institutions sont déterstables et condamnées par l'Eglise
catholique.
D'autre part, le 25 mai, M. Crombez, bourgmestre de Tournai, a
réclamé la défense de l'instruction publique à tous les degrés, lors de la réunion
de l'Association Libérale de sa ville.
Aujourd'hui, à l'assemblée des Libéraux
unis d'Anvers, M. Pechera a exigé que l'on donne à l'enseignement "un caractère
national", pour que sortent des écoles publiques "des citoyens dévoués au pays et à
ses libertés".
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18 juin 1878.
L
e nouveau cabinet libéral est entré en fonction, sous la présidence de Frère-Orban, qui
s'est réservé les Affaires étrangères.
Il a confié les portefeuilles de la Justice
et de la Guerre à J. Bara et au général Renard; Graux reçoit les Finances; Sainclette, les
Travaux Publics, Rolin-Jacquemyns, l'Intérieur et Van Humbeek, le nouveau ministère de
l'Instruction publique.
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Le cabinet Frère-Orban |
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Président de la Fédération des associations libérales, Jules Bara a joué un grand rôle dans l'opposition en 1876-1877, pour l'adoption du secret du vote. Le général Renard, ministre de la Guerre dans le cabinet de 1868, dispose d'une grande faveur dans l'entourage du roi. Graux passe pour l'in des plus brillants avocats du barreau de Bruxelles : il enseigne le droit criminel à l'Université libre. Rolin-Jacquemyns est un spécialiste du droit international de Gand. Sainctelette, député de l'arrondissement de Mons depuis 1869, est depuis longtemps au Parlement le spécialiste des travaux publics. Enfin, Pierre Van Humbeeck, député de Bruxelles depuis 1860, jouit d'une grande popularité auprès de la bourgeoisie de la ville.
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21 juin 1878.
L
a création d'un ministère spécial pour l'Instruction publique a été accueillie très
chaudement par l'opinion libérale. Les libéraux, représentés par le professeur Laurent,
la réclamaient depuis longtemps.
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Pierre Van Humbeeck |
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Le 25 mars 1867, une pétition fut envoyée à la Chambre par tous les membres de l'Association
libérale de Gand. En février 1875, François Laurent déclara, dans un article très
remarqué de la Revue de Belgique que la force d'une nation est dans son intelligence,
et non dans ses finances. Dès lors, la création du nouveau ministère était devenue un
des chevaux de bataille de la Flandre libérale.
La plupart des quotidiens
libéraux commentent aujourd'hui l'événement. Le Journal de Gand estime qu'il donne
pleine satisfaction à des griefs souvent exprimés dans la presse et réalise l'un des
desiderata essentiels du parti libéral.
La nomination de Pierre Van Humbeeck,
déput de Bruxelles, a provoqué de grandes manifestations de joie dans le bas de la ville,
où est concentré son électorat, Rue de Flandre, une banderole a été tendue par les riverains,
avec les mots : "Vive Pierre Van Humbeeck, qui demeure près de Molenbeek !".
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8 juillet 1878.
L
e roi Léopold a inauguré, sur la Gileppe, à une dizaine de kilomètres de Verviers, en
bordure de l'Hertogenwald, un lac artificiel de 80 hectares, retenu par un barrage
de 235 m de longueur au sommet.
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Le lion belge domine le paysage du barrage de la Gileppe |
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La satisfaction est vive parmi les industriels verviétois qui, sous le régime napoléonien
déjà, avaient introduit de nombreuses requêtes visant à remédier aux pénuries d'eau qui
mettaient quelquefois à sec le lit de la Vesdre et portaient un grave préjudice à
l'industrie lainière locale.
Les crédits nécessaires furent votés en 1865 par
les Chambres et par l'administration communale de Verviers, de sorte que la première
pierre put être posée le 9 octobre 1869.
Oeuvre des ingénieurs Bidault et
Donckier, tous deux morts à la tâche, le barrage retiendra les eaux de la Gileppe,
dont la capacité a été portée de 12 à plus de 13 millions de mètres cubes en 1821.
Haut de 47 mètres, il est large, à la base, de 65 mètres et, au sommet, de 25 mètres.
Au centre, il est surmonté d'un énorme lion réalisé par le sculpteur F.-A. Bouré, haut
de 13,50 m et constitué de cent quatre-vingt-trois blocs de grès pesant au total 130
tonnes.
Outre son aspect économique, ce barrage présente un grand intérêt
touristique.
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26 août 1878.
S
itôt revenus au pouvoir, les libéraux viennent de faire passer une loi fiscale, réponse
du berger à la bergère à la fameuse "loi cléricale sur les cabaretiers" de 1871. Cette
loi libère de tout impôt foncier ceux qui occupent gratuitement une habitation appartenant
à l'Etat ou à des établissements publics.
Selon le ministre Graux lui-même, cette
exemption va faire perdre leur droit de vote à 130 fonctionnaires et à 1.601 membres
du clergé. Cette loi s'attaque également à "la bête légendaire et cléricale des Flandres
: le cheval mixte", c'est-à-dire le cheval qui laboure en semaine et qui conduit son
maître à la messe le dimanche.
Désormais, les paysans - réputés être influencés
dans leur vote par les curés - qui atteignent le cens électoral grâce à l'impôt frappant
ces animaux seront dispensés de cette taxe.
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25 novembre1878.
L
e 20 juin 1877, l'Association Internationale Africaine (AIA) avait, conformément au
programme établi en septembre 1876, autorisé son comité exécutif à envoyer des expéditions
d'exploration en Afrique.
La mise sur pied de cette première expédition est le fait
du seul comité national belge qui est d'ailleurs, grâce à la cassette royale, le principal
pourvoyeur de fonds de l'AIA. Pour commander cette expédition, le comité belge a retenu
la candidature du capitaine Louis Crespel, originaire de Tournai. On lui a adjoint le
lieutenant Cambier, Arnold Maes (docteur en sciences naturelles de l'université de
Louvain) et le major Marno, qui s'est fait connaître par ses voyages au Soudan.
Parti le 15 octobre 1877 d'Ostende, ce petit groupe a atteint Zanzibar deux mois plus
tard. Dès avant le départ vers l'intérieur des terres, l'expédition a perdu deux de ses
membres. Les premières victimes belges de l'Afrique ont été Arnold Maes, qui a succombé
à une insolation, et le capitaine Crespel, qui a été emporté par une violente fièvre.
Le major Marno, très frappé par ces deux décès, a alors donné sa démission. Le
lieutenant Wauthier et le médecin Dutrieux, envoyés en renfort par l'AIA, n'ont pu
rejoindre que le 12 juillet Ernest Cambier, devenu responsable de l'expédition.
S'apprêtant à braver mille dangers, la troupe, forte d'une centaine d'indigènes, s'est
remise en route. L'objectif est de créer un poste scientifique et hospitalier à Karema.
Ces avatars ont fait comprendre à Léopold II combien il est important de s'entourer
d'hommes expérimentés pour encadrer de telles expéditions. Depuis le mois de janvier, il
tente de convaincre Henry Morton Stanley et un officier de marine français, le comte
Savorgnan de Brazza, d'entrer à son service. Il compte les employer au sein du Comité
d'études du Haut-Congo, une nouvelle organisation créée aujourd'hui et dont le but est
de fonder des postes commerciaux permanents.
Le capital d'un million se divise
entre dix-neuf personnes ou groupes belges, hollandais et britanniques.
Léopold
II est, comme il convient, président d'honneur et l'on s'attend à ce que son collaborateur
Strauch soit nommé président effectif.
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Décembre 1878.
A
lors que le libéralisme vient de connaître un succès retentissans aux élections législatives,
la querelle au sein du parti catholique s'avive chaque jour un peu plus.
En
effet, les ultramontains supportent de moins en moins les "catholiques libéraux". Aussi
viennent-ils de se démarquer des journaux de la droite parlementaire, comme LE Journal
de Bruxelles en créant la Fédération des journaux catholiques.
Celle-ci devrait
regrouper des organes comme Le Courrier de Bruxelles, Le Bien public, La Croix et Le
Catholique.
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1878.
L
es instruments de musique de la collection du célèbre musicologue Fétis disposent enfin
d'un lieu digne d'eux. En effet, à la suite d'un don important d'instruments au roi
Léopold par le rajah Sourindro Mohun Tagore, il a été décidé de créer à Bruxelles un
musée instrumental au sein du conservatoire royal de musique.
Ce nouveau musée
est désormais ouvert et l'on peut y admirer les collections savamment classées par son
directeur, Victor-Charles Mahillon. Le célèbre facteur a l'intention de faire de ce
musée le premier d'Europe.
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- 16 mai : La loi étend aux élections provinciales et communales les
dispositions de la loi sur le secret du vote et sur les fraudes électorales du
9 juillet 1877.
- 1878 : Le politicien catholique Georges Helleputte fonde à Louvain la
Gilde coopérative des métiers et commerces, sorte de syndicat ouvrier.
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