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1 février 1872.
C
ésar Franck a été nommé professeur d'orgue au conservatoire de Paris. Il succède au
doyen des professeurs du conservatoire, François Benoist.
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Le compositeur César Franck |
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Agé de septante-huit ans, celui-ci occupait depuis cinquante-trois ans le poste de
professeur d'orgue, qui avait été créé pour lui en 1819.
César Franck, qui
dut laisser l'an dernier la succession de Camille Saint-Saëns comme organiste de la
Madeleine à Théodore Dubois, obtient enfin la consécration qu'il mérite.
Né
à Liège le 10 décembre 1822, il s'est rendu à Paris en 1835 pour mener une brillante
carrière au conservatoire. Il obtint le premier prix de piano en 1838 et le premier
prix d'orgue en 1840.
Plutôt que ses compositions - comme son opéra
Le Valet de ferme de 1853 - ce sont ses activités
d'organiste sur l'orgue Cavaillé-Coll de Sainte-Clotilde qui l'ont révélé au public.
En 1866, Franz Liszt a déclaré de César Franck qu'il était à Sainte-Clotilde
"l'égal de leur maître à tous, le grand Jean-Sébastien Bach" !
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22 mars 1872.
L
e Sénat a approuvé par 44 voix contre 6 la décision de la Chambre d'envoyer un
ambassadeur auprès du Saint-Siège. Durant la discussion qui a précédé le vote, le
baron d'Anethan a déclaré que l'entretien de relations diplomatiques avec le Saint-Père
avait été dicté par l'intention d'amener entre l'Eglise et l'Etat "un accord désirable
et nécessaire". Il a souligné que le ministre belge serait accrédité non pas comme le
représentant d'une religion, mais comme celui d'un gouvernement civil.
Casier de Hemptinne est intervenu pour regretter la présence à Rome de deux ambassadeurs,
l'un près du souverain véritable, l'autre "près de l'usurpateur de son trône".
Le président de l'assemblée, le prince de Ligne, a interrompu l'orateur, estimant qu'il
n'était pas permis en cet endroit d'insulter un souverain étranger.
Au nom du
parti libéral, de Sélys-Longchamps n'a pas hésité à déclarer que son vote favorable devait
être compris comme un soutien à l'établissement définitif du royaume d'Italie.
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6 avril 1872.
C'
est aujourd'hui la première, au théâtre de la Monnaie, du Vaisseau
Fantôme, opéra en trois actes de Richard Wagner, dans une adaptation française
de M. Nuitter.
Jules-Henri Vachot, le directeur du théâtre, recueillera-t-il
le même succès qu'il y a deux ans, quand il créa Lohengrin
à Bruxelles ? Sa personne est très contestée et son conflit avec le conseil communal lui
a coûté le renouvellement de son mandat. La Gazette
disait récemment de la Monnaie qu'elle était "un champ libre ouvert aux anachronismes
les plus bouffons, aux invraisem-blances les plus échevelées, qui s'y donnent la main
dans une ronde fantastique bien faite pour plonger un homme de goût dans l'ahurissement
le plus profond" !
Jugement bien sévère pour un homme à qui la Monnaie doit,
en trois saisons, deux créations en français d'opéras de Wagner et une bonne part de sa
notoriété.
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30 juillet 1872.
L
e palais de Laeken est en liesse. La reine a mis au monde aujourd'hui une fille qui,
au baptême, recevra les prénoms de Clémentine, Alberte, Marie, Léopoldine.
La nouvelle princesse de Belgique sera aussi duchesse de Saxe et princesse de
Saxe-Cobourg-Gotha.
Cette naissance effacera-t-elle pour autant la tristesse
du roi, qui fut durement touché il y a trois ans par la mort de son fils unique, le
prince Léopold ?
On sait que la Cour avait espéré ardemment la naissance
d'un héritier mâle.
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2 septembre 1872.
G
eorges Nagelmackers, un ingénieur originaire de Liège avait effectué, il y a quatre ans,
un séjour d'une dizaine de mois aux Etats-Unis. Au cours de ce périple, il avait accompli
de nombreux voyages, utilisant fréquemment des wagons-lits appartenant à diverses
sociétés privées.
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Georges Nagelmackers |
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Le wagon-lit |
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Dès son retour, il commença à rédiger un projet d'installation de wagons-lits sur les
chemins de fer du continent.
Il publia le résultat de ses étu-des sous la
forme d'une bro-chure qui parut au mois d'a-vril 1870. Il y analysait les principes d'un
système sembla-ble à celui qu'il avait vu appliquer aux Etats-Unis. Il entreprit alors
de nombreuses démarches.
L'ingénieur devait avant tout obtenir le droit
d'exploiter ses wagons-lits sur les grandes lignes européennes telles Ostende-Brindisi
et Paris-Vienne.
Pour qu'il puisse concrétiser cet ambitieux projet, il
fallait également que certaines mésures soient prises conjointement par les différents
réseaux concernés.
En outre, d'importants capitaux devaient être réunis.
C'est désormais chose faite, et la Compagnie internationale des Wagons-Lits
a été créée aujourd'hui à Liège.
Dès l'année prochaine, une première voiture
spéciale pourrait circuler entre Ostende et Cologne.
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7 septembre 1872.
L
e docteur César De Paepe a conduit la délégation belge au Congrès que l'Association
internationale des travailleurs tenait à La Haye du 2 au 7 septembre.
Depuis
quelques années, la section belge est devenue l'une des plus puissantes de l'Internationale.
Elle compte 8 fédérations, celles de Bruxelles, de Gand, d'Anvers, de Liège, de la Vesdre,
du Borinage, du Centre et de Charleroi.
Ses effectifs oscillent entre 100.000 et
200.000 membres.
Le Congrès de La Haye a été marqué par les rivalités entre
Marx et Bakounine.
Profitant de leur majorité, les marxistes ont obtenu la
condamnation des anarchistes et l'exclusion de Bakounine.
La section belge,
sans se rallier à ce dernier ne l'a point proscrit.
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18 septembre 1872.
E
douard Blondeel de Cuelenbroeck, qui représentait la Belgique en Espagne depuis avril
1868, est décédé aujourd'hui à Madrid.
Tout au long de sa carrière, ce
diplomate s'était efforcé de faire aboutir les projets coloniaux conçus par les
souverains belges. C'est ainsi qu'en 1837 il avait été chargé par Léopold Ier de
négocier l'achat de l'île de Crète en Méditerranée. En octobre 1863, il avait été
convoqué par le duc de Brabant (le futur Léopold II), désireux d'en savoir plus au
sujet des entreprises coloniales - notamment celle de Santo-Thomas au Guatemala -
auxquelles avait été mêlé Blondeel.
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Le port d'Anvers, point de départ de l'aventure coloniale |
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A l'instar de son père, le duc de Brabant estimait qu'il fallait à la Belgique une
colonie, sinon plusieurs, pour assurer de nouveaux débouchés à son indus-trie. Le
prince se dé-pensait sans compter pour réunir un maxi-mum d'informations et pour nouer
des con-tacts.
En 1861, il a successive-ment tenté d'acquérir une partie de
l'île néerlandaise de Bornéo, Sarawak, les Nouvelles-Hébrides et les îles Fidji et
ensuite, toujours sans succès, il a cherché à établir des sociétés internationales en
Chine, au Mozambique et en Angola.
Il y a deux ans, le duc de Brabant avait
chargé Blondeel de Cuelenbroeck, à titre privé, de mener des négociations auprès du
gouvernement espagnol pour obtenir la cession du territoire des Philippines, comme son
père avait déjà tenté de le faire.
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15 octobre 1872.
L
e château de Maredsous, propriété de d'Henri-Philippe Desc1ée, accueille aujourd'hui,
jour de la sainte Thérèse, huit moines bénédictins détachés de l'abbaye de Beuron, en
Allemagne, qui formeront le noyau d'une nouvelle communauté installée à Maredsous,
selon le vœu de la famille Desc1ée.
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L'ensemble des bâtiments de l'abbaye de Maredsous |
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Les bâtiments seront construits l'année pro-chaine sous la direction du baron Jean-Baptiste
de Béthune. C'est Vic-tor Mousty, ancien lieutenant des zouaves pontificaux, qui s'est
chargé des pourparlers avec l'abbé de Beuron, le père Maur Wolter.
Il
connaissait à Beuron un moine d'origine gan-toise, Félix de Hemp-tinne, qui avait été
sous ses ordres dans l'armée du pape et qui était entré dans la communauté en février
1869.
M. de Hemptinne dirigera la nouvelle communauté.
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Décembre 1872.
A
près nous avoir donné à lire L'établissement des Cobourg au
Portugal, le jeune comte Goblet d'Alviella nous propose cette année une
toute autre littérature intitulée : Désarmer ou déchoir
.
Il s'agit cette fois d'un essai sur les relations internationales
qui a, par ailleurs, été couronné à Paris par la Société des amis de la Paix.
L'auteur, âgé de 26 ans, déjà docteur en droit, en sciences politiques et administratives,
conseiller à la province de Brabant, s'y livre à un brillant exposé historique et moral
sur la paix et la guerre.
Contre cette dernière, il préconise le désarmement
des puissances euro-péennes, idée originale dans l'atmosphère du dernier conflit
franco-prussien.
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1872.
P
our réaliser son objectif principal, c'est-à-dire un progrès de l'art architectural,
la Société centrale d'architecture de Belgique - qui a été fondée cette année à Bruxelles
sur le modèle de la Société des architectes d'Anvers - ne lésine pas sur les moyens.
Outre l'organisation de concours et de voyages d'études, la Société centrale
envisage la création d'une importante bibliothèque qui rassemblera des périodiques
d'architecture édités dans le monde entier. A son programme également, la publication
d'ici deux ans d'un journal professionnel, dont le titre est déjà choisi : L'Emulation.
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1872.
D
ès 1860, le roi Léopold II, alors duc de Brabant, invitait l'Etat belge à établir
"des lignes régulières de navigation vers les principaux marchés du monde". Hélas, son
appel ne fut pas entendu.
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L'inauguration de nouveaux docks dans le port d'Anvers en 1869 |
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Depuis la suppression de notre flotte de guerre en 1862, le pavil-lon belge est pratiquement
incon-nu au-delà des mers.
Le seul service maritime qui fonctionne efficacement
en Belgi-que est la liaison bi-quotidienne entre Ostende et Douvres, que la Belgique assure
seule depuis la défaillance des Anglais, en 1863.
Pour le reste, le tonnage
de la ma-rine marchande reste très faible : de 24.405 tonnes en 1840, il ne s'est élevé
qu'à 32.473 tonnes au bout de trente ans.
Pourtant, l'Etat a cru devoir créer
à Anvers et à Ostende deux écoles de navigation et une école de mousses, destinées à
former gratuitement des offtciers et des matelots pour la marine de commerce et la
pêche. Ce ne sont pourtant pas nos pêcheries qui suffiront à employer tous leurs
élèves !
Les Belges n'ont pas comme les Hollandais, le pied marin.
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1872.
A
u XVIe siècle déjà, le jésuite espagnol François Xavier, surnommé l'"Apôtre des Indes",
écrivait à ses supérieurs : "Da mihi Belgas" ("Donnez-moi des Belges").
Trois siècles plus tard, les jésuites issus de nos provinces n'ont pas démérité et
l'Ecole apostolique de Turnhout, créée cette année pour la formation des missionnaires,
n'est qu'un aspect d'une activité qui a culminé en 1859 avec la fondation de la mission
de Calcutta par le Père Henri Depelchin.
Mais c'est sur le continent
américain que la Compagnie de Jésus s'est surtout distinguée, grâce aux efforts du Père
De Smet qui, depuis cinquante ans, évangélise les Indiens et les défend contre
l'expansionnisme des Blancs.
Comme quoi les jésuites ne se contentent pas
de promettre la justice dans l'au-delà.
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- Février : A Anvers, affrontements entre opposants libéraux et partisans
conservateurs du prince de Chambord, prétendant au trône de France, qui séjourne
dans la ville.
- 1872 : A 72 ans, Charles Rogier publie un recueil de poèmes, retour
à la maison.
- 1872 : Le jury du prix triennal de littérature dramatique en langue
française couronne pour la troisième fois une oeuvre de Charles Potvin, La
Mère de Rubens.
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