1

RETOUR PAGE PRECEDENTE

FAITS MARQUANTS ANNEE 1871

30 mai - Victor Hugo est expulsé.
25 juin - Le monde bancaire en Belgique.
16 octobre - Théodore Fourmois peintre de terrain.
10 novembre - Stanley retrouve David Livingstone.
24 novembre - Manipulation catholique pour le cens.
30 novembre - Le nouveau visage de Bruxelles.
7 décembre - Fin de la crise gouvernementale.
30 décembre - Le scandale de la déconfiture du Crédit foncier.
1871 - La lutte pour la journée de 10 heures.
1871 - Le bilan des hautes études en 1871.
Autres dates importantes.



Victor Hugo est expulsé.

30 mai 1871.

I nvoquant l'agitation qu'il a provoquée à Bruxelles depuis son retour, le 22 mars dernier, la Belgique a pris aujourd'hui un arrêté d'expulsion à l'encontre de Victor Hugo.

Manifestation sous les fenêtres
de Victor Hugo à Bruxelles


Constatant le refus du baron d'Anethan, ministre des Affaires étrangères, d'ac-cueillir les proscrits de la Commune, Hugo avait envoyé une lettre de protestation à l'Indépendance belge. Publiée le 27 mai, elle contrait la thèse du gouvernement qui présentait comme des criminels de droit commun les "vaincus de Paris". A ceux-ci, Victor Hugo voulait ouvrir sa maison : "Je fais à la Belgique cet honneur. J'offre l'asile à Bruxelles. J'offre l'asile, place des Barricades, n*4".

La nuit suivante, des jeunes gens de la société bruxelloise sont venus manifester sous les fenêtres des Hugo, en menaçant "de les massacrer tous".



RETOUR HAUT DE PAGE


Le monde bancaire en Belgique.

25 juin 1871.

L' expansion bancaire régulière que la Belgique a connue depuis 1850 s'accélère. Jusqu'ici, le monde financier a été dominé par la rivalité entre la Banque de Belgique, dont les affaires comprennent, en ordre principal, l'émission d'obligations pour des sociétés étrangères, notamment pour des compagnies ferroviaires, et la Société Générale qui, dans le souci de soutenir la petite et la moyenne industries avec autant d'efficacité que la métallurgie et les ateliers de construction, a décidé l'an dernier de transformer en filiales certains de ses sièges locaux, à commencer par la Banque d'Anvers.

Mais on voit actuellement apparaître de nouveaux établissements, comme la Banque de Bruxelles, au capital de 18.750.000 francs.

Créée aujourd'hui sous la forme de société anonyme, la Banque de Bruxelles, qui se veut à la fois une banque, commerciale et une banque d'affaires, a l'ambition de jouer un rôle économique important.



RETOUR HAUT DE PAGE


Théodore Fourmois peintre de terrain.

16 octobre 1871.

L e peintre et dessinateur Théodore Fourmois est mort à Bruxelles à l'âge de 57 ans.

En 1836, cet artiste autodidacte, connu jusqu'alors comme aquarelliste et lithographe, s'imposa comme peintre de paysages avec un Site pris dans les Ardennes, dont l'interprétation robuste et la puissance de la lumière lui valurent des éloges.

Nous lui devons de nombreuses évocations de la Campine, des Ardennes et de la campagne française.

Inspiré par les paysagistes hollandais du XVIIe siècle, tel Hobbema à qui il a repris certains motifs, Fourmois a encouragé les artistes à installer leur chevalet en plein air.

Précurseur de l'Ecole de Tervueren, il en a découvert le pittoresque village en 1857.



RETOUR HAUT DE PAGE


Stanley retrouve David Livingstone.

10 novembre 1871.

H enry Morton Stanley, ce journaliste gallois du New York Herald qui s'est rendu célèbre par ses reportages sur la campagne des Anglais en Abyssinie (1868-1871), a retrouvé à Udjidji, sur les bords du lac Tanganyika, le pasteur David Livingstone.

Le pasteur David Livingstone

Parti le 18 février dernier de Bagamoyo, près de Zanzibar, avec plus de 150 porteurs, Stanley aura donc mis 236 jours pour retrouver celui que beaucoup croyaient perdu.

Sa présence à Udjidji lui fut signalée par une caravane qui revenait du Tanganyika vers la côte.

Pour annoncer leur entrée dans la ville, les soldats de Stanley se mirent à décharger leurs armes et à crier à tue-tête avec les porteurs.

Un noir se présenta aussitôt à eux. C'était le domestique de Livingstone. Apparut alors un vieillard, pâle, émacié, miné par la fatigue et la maladie. Il portait un veston rouge sur un pantalon gris et une casquette de marin à galon d'or fané.

"Le Docteur Livingstone, je présume ?", dit alors Stanley, embarrassé.



RETOUR HAUT DE PAGE


Manipulation catholique pour le cens.

24 novembre 1871.

L a majorité catholique de la Chambre a adopté une importante loi fiscale qui aura pour conséquence de bouleverser la composition du corps électoral. Désormais, l'impôt sur les débits de boissons alcoolisées sera perçu par les provinces ou les communes et non plus par l'Etat. Cet impôt ne pourra dès lors plus intervenir dans le calcul du cens qu'il faut acquitter pour posséder le droit de vote.

La loi de 1849, qui avait déjà modifié cet impôt, avait en fait omis de l'exclure du calcul du cens.

Destinée à limiter le nombre des cabarets, cette loi eut en réalité l'effet inverse, car bon nombre de personnes, soutenues le plus souvent par tel ou tel parti, ont ouvert des débits de boissons dans le seul but de faire ensuite partie du corps électoral.

Pour ne pas restreindre outre mesure le nombre d'électeurs, la nouvelle loi augmente le montant de certains impôts directs, tel l'impôt foncier.

Dès lors, les cabaretiers, considérés comme proches du parti libéral, se verront pour la plupart remplacés, lors des élections, par des paysans qui votent traditionnellement pour le parti catholique.



RETOUR HAUT DE PAGE


Le nouveau visage de Bruxelles.

30 novembre 1871.

L e bourgmestre de Bruxelles, Jules Anspach, a officiellement inauguré aujourd'hui les boulevards centraux et le voûtement de la Senne.

Dès 1863, le plus jeune maire de la capitale, appuyé par Léopold II - à l'époque duc de Brabant - et inspiré par les travaux d'Haussmann à Paris, avait exposé son programme de travaux publics dominé par le double souci d'assainir et d'embellir le bas de la ville.

La physionomie de la capitale
après la percée du Boulevard Central

Il préconisait déjà le voûtement de la Senne et la construction, sur l'espace dégagé, d'un large boulevard en Y à trois branches, "destiné à mettre en commu-nication les deux gares" et à faire "entrer l'air et la lu-mière, la vie et la circula-tion dans un quartier qui tend à s'appauvrir".

Il prévoyait en outre la cons-truction, toujours en cours actuellement sous la direc-tion de Léon Suys, de halles centrales, d'une bourse de commerce, d'une fontaine monumentale et d'environ 1.100 maisons de rapport.

Les travaux ont débuté en 1868 sous le contrôle de sociétés à majorité étrangères, dont la plus importante a été fondée dans ce but, la Belgian Public Works Company.



RETOUR HAUT DE PAGE


Fin de la crise gouvernementale.

7 décembre 1871.

L e comte de Theux vient de former un nouveau cabinet catholique, mettant ainsi fm à une longue crise gouvernementale.

Le 22 novembre, le député libéral de Tournai, Jules Bara, avait prononcé un retentissant discours à la Chambre pour dénoncer la nomination au poste de gouverneur de la province de Limbourg, sur proposition de Léopold II, de Pierre de Decker, administrateur de diverses sociétés de Langrand mises en faillite.

Pierre de Decker

Le refus par la Chambre d'infliger un blâme à de Decker, jugé personnellement intègre, provoqua les jours suivants de violentes manifestations de rues au cours desquelles on entendit la foule crier "Vive la République!" et "A bas le roi de carton!".

Ces débordements ont amené Léopold II à demander la démission du cabinet d'Anethan et à désigner comme formateur le comte de Theux, un vieux routier de l'unionisme, déjà âgé de 77 ans.

Ne se réservant qu'un poste de ministre sans portefeuille, le comte de Theux a notamment rappelé Jules Malou aux Finances et le comte d'Aspremont-Lynden aux Affaires étrangères.



RETOUR HAUT DE PAGE


Le scandale de la déconfiture du Crédit foncier.

30 décembre 1871.

A vant-hier, le roi a accepté la démission de l'ancien chef du gouvernement, Pierre de Decker, impliqué dans la déconfiture du Crédit foncier international, qui avait entraîné la ruine de milliers de petits épargnants.

Des hommes politiques de tout premier rang, tels Adolphe Dechamps et Alphonse Nothomb, comptaient aussi parmi les membres du conseil d'administration de l'entreprise en faillite. Ils offraient une cible de choix pour leurs adversaires.

Aussi, lorsque le Cabinet fit connaître sa décision de confier à de Decker le poste de gouverneur de la province du Limbourg, ce fut un tollé dans le monde libéral.

Le 22 novembre, à l'occasion d'une interpellation du député Jules Bara à la Chambre, des milliers de libéraux s'étaient donnés rendez-vous dans la capitale et envahirent la "zone neutre" aux cris répétés de "Démission!" et " Voleurs!".

Le lendemain, il a fallu faire garder par la police et la gendarmerie les habitations des ministres et les institutions catholiques.

Le vendredi 24, le bourgmestre Anspach s'est refuse a faire appel à l'armée, mais il a interdit les rassemblements de plus de cinq personnes.

L'agitation a décru le 27, a l'annonce de la démission de Pierre de Decker, mais aujourd'hui des milliers de manifestants se sont dirigés vers le palais du roi en vociférant.

Il a fallu la garde civique pour les disperser.



RETOUR HAUT DE PAGE


La lutte pour la journée de 10 heures.

1871.

D epuis l'an dernier, la presse internationale ayant livré comme bouc émissaire de l'incendie de Paris et des massacres de la Commune l'Inter-nationale des Travailleurs, celle-ci enregistre de nombreuses désaffiliations et démissions.

La faiblesse des mouvements ouvriers et de l'organisation du prolétariat est extrême, d'autant que des querelles de doctrine y jettent la zizanie.

Depuis la défaite de la Commune, on enregistre en Belgique une subite reprise économique. Les salaires montent Cette légère amélioration de la situation matérielle des classes laborieuses n'est pas de nature à favoriser le mouvement d'émancipation qui s'était énergiquement dessiné depuis 1855.

La cotisation exigée par les organisations ouvrières apparaît comme un sacrifice inutile et le manque de foi s'ajoute à la faculté de résignation des plus humbles.

Cependant, l'Internationale soutient les grève qui éclatent actuellement en faveur de la réduction du temps de travail. Le but proclamé est la journée de dix heures, mais l'obtention d'une réduction moindre serait déjà considérée comme une victoire.



RETOUR HAUT DE PAGE


Le bilan des hautes études en 1871.

1871.

L a Belgique compte deux universités d'Etat (Gand et Liège), deux universités libres (Bruxelles et Louvain), huit écoles spéciales annexées aux universités d'Etat, septante académies des Beaux-Arts, trente-cinq académies de musique (outre l'académie royale des Beaux-Arts et les conservatoires royaux de Liège et de Bruxelles).

Au cours de l'année scolaire 1869-1870, 1.780 élèves ont fréquenté l'université (207 à Gand, 419 à Liège, 496 à Bruxelles, 658 à Louvain) 257 d'entre eux étaient inscrits à la faculté de philosophie et lettres, 605 en droit, 356 en sciences, 562 en médecine. Les écoles spéciales ont totalisé 617 élèves, la faculté de théologie de Louvain, 124.

La Belgique compte donc 50 étudiants par 100.000 habitants (contre 60 aux Pays-Bas, 37 en Allemagne, 44 en Angleterre et 25 en France).

Ainsi, 164 docteurs ont été diplômés (9 en philosophie, 81 en droit, 2 en sciences, 72 en médecine). Il y a eu en outre quelque 42 candidats notaires, 34 pharmaciens, 11 diplômés en sciences politiques, 27 ingénieurs des mines, 6 ingénieurs civils, 16 vétérinaires et 8 dentistes



RETOUR HAUT DE PAGE


Autres dates importantes.


- 12 juin : Pour donner satisfaction aux progressistes, la loi réduit le cens à 20 francs pour les élections provinciales et à 10 francs pour les communales.


- 17 juillet : Zénobe Grainme présente sa première dynamo à l'Académie des Sciences de Paris.


- 1871 : Napoléon Godecharle, le fis aîné du sculpteur Gilles-Lambert Godecharle (1751-1835), lègue sa fortune à la Ville de Bruxelles, à charge pour elle d'élever un monument à la mémoire de son père et de fonder le Prix Godecharle qui récompensera tous les deux ans les sculpteurs, peintres ou architectes belges les plus prometteurs.


- 1871 : Anvers reprend les grandes traditions du XVIe siècle en organisant un véritable "landjuweel", grand concours de jeux scéniques qui attire quelque 250 "joueurs".


- 1871 : Début de la construction en style gréco-romain de la Bourse de Bruxelles sous la direction de l'architecte Léon Suys.


RETOUR HAUT DE PAGE


© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE (Belgique).