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30 mai 1871.
I
nvoquant l'agitation qu'il a provoquée à Bruxelles depuis son retour, le 22 mars dernier,
la Belgique a pris aujourd'hui un arrêté d'expulsion à l'encontre de Victor Hugo.
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Manifestation sous les fenêtres de Victor Hugo à Bruxelles |
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Constatant le refus du baron d'Anethan, ministre des Affaires étrangères, d'ac-cueillir
les proscrits de la Commune, Hugo avait envoyé une lettre de protestation à
l'Indépendance belge. Publiée le 27 mai, elle contrait la thèse du gouvernement
qui présentait comme des criminels de droit commun les "vaincus de Paris". A ceux-ci, Victor
Hugo voulait ouvrir sa maison : "Je fais à la Belgique cet honneur. J'offre l'asile à
Bruxelles. J'offre l'asile, place des Barricades, n*4".
La nuit suivante,
des jeunes gens de la société bruxelloise sont venus manifester sous les fenêtres des
Hugo, en menaçant "de les massacrer tous".
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25 juin 1871.
L'
expansion bancaire régulière que la Belgique a connue depuis 1850 s'accélère. Jusqu'ici,
le monde financier a été dominé par la rivalité entre la Banque de Belgique, dont les
affaires comprennent, en ordre principal, l'émission d'obligations pour des sociétés
étrangères, notamment pour des compagnies ferroviaires, et la Société Générale qui,
dans le souci de soutenir la petite et la moyenne industries avec autant d'efficacité
que la métallurgie et les ateliers de construction, a décidé l'an dernier de transformer
en filiales certains de ses sièges locaux, à commencer par la Banque d'Anvers.
Mais on voit actuellement apparaître de nouveaux établissements, comme la Banque de
Bruxelles, au capital de 18.750.000 francs.
Créée aujourd'hui sous la forme
de société anonyme, la Banque de Bruxelles, qui se veut à la fois une banque,
commerciale et une banque d'affaires, a l'ambition de jouer un rôle économique
important.
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16 octobre 1871.
L
e peintre et dessinateur Théodore Fourmois est mort à Bruxelles à l'âge de 57 ans.
En 1836, cet artiste autodidacte, connu jusqu'alors comme aquarelliste et
lithographe, s'imposa comme peintre de paysages avec un Site pris
dans les Ardennes, dont l'interprétation robuste et la puissance de la lumière
lui valurent des éloges.
Nous lui devons de nombreuses évocations de la Campine,
des Ardennes et de la campagne française.
Inspiré par les paysagistes hollandais
du XVIIe siècle, tel Hobbema à qui il a repris certains motifs, Fourmois a encouragé les
artistes à installer leur chevalet en plein air.
Précurseur de l'Ecole de
Tervueren, il en a découvert le pittoresque village en 1857.
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10 novembre 1871.
H
enry Morton Stanley, ce journaliste gallois du New York Herald qui s'est rendu célèbre
par ses reportages sur la campagne des Anglais en Abyssinie (1868-1871), a retrouvé à
Udjidji, sur les bords du lac Tanganyika, le pasteur David Livingstone.
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Le pasteur David Livingstone |
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Parti le 18 février dernier de Bagamoyo, près de Zanzibar, avec plus de 150 porteurs,
Stanley aura donc mis 236 jours pour retrouver celui que beaucoup croyaient perdu.
Sa présence à Udjidji lui fut signalée par une caravane qui revenait du
Tanganyika vers la côte.
Pour annoncer leur entrée dans la ville, les
soldats de Stanley se mirent à décharger leurs armes et à crier à tue-tête avec les
porteurs.
Un noir se présenta aussitôt à eux. C'était le domestique de
Livingstone. Apparut alors un vieillard, pâle, émacié, miné par la fatigue et la
maladie. Il portait un veston rouge sur un pantalon gris et une casquette de marin à
galon d'or fané.
"Le Docteur Livingstone, je présume ?", dit alors Stanley,
embarrassé.
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24 novembre 1871.
L
a majorité catholique de la Chambre a adopté une importante loi fiscale qui aura pour
conséquence de bouleverser la composition du corps électoral. Désormais, l'impôt sur
les débits de boissons alcoolisées sera perçu par les provinces ou les communes et non
plus par l'Etat. Cet impôt ne pourra dès lors plus intervenir dans le calcul du cens
qu'il faut acquitter pour posséder le droit de vote.
La loi de 1849, qui
avait déjà modifié cet impôt, avait en fait omis de l'exclure du calcul du cens.
Destinée à limiter le nombre des cabarets, cette loi eut en réalité l'effet
inverse, car bon nombre de personnes, soutenues le plus souvent par tel ou tel parti, ont
ouvert des débits de boissons dans le seul but de faire ensuite partie du corps électoral.
Pour ne pas restreindre outre mesure le nombre d'électeurs, la nouvelle loi
augmente le montant de certains impôts directs, tel l'impôt foncier.
Dès lors,
les cabaretiers, considérés comme proches du parti libéral, se verront pour la plupart
remplacés, lors des élections, par des paysans qui votent traditionnellement pour le
parti catholique.
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30 novembre 1871.
L
e bourgmestre de Bruxelles, Jules Anspach, a officiellement inauguré aujourd'hui les
boulevards centraux et le voûtement de la Senne.
Dès 1863, le plus jeune
maire de la capitale, appuyé par Léopold II - à l'époque duc de Brabant - et inspiré
par les travaux d'Haussmann à Paris, avait exposé son programme de travaux publics
dominé par le double souci d'assainir et d'embellir le bas de la ville.
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La physionomie de la capitale après la percée du Boulevard Central |
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Il préconisait déjà le voûtement de la Senne et la construction, sur l'espace dégagé,
d'un large boulevard en Y à trois branches, "destiné à mettre en commu-nication les
deux gares" et à faire "entrer l'air et la lu-mière, la vie et la circula-tion dans un
quartier qui tend à s'appauvrir".
Il prévoyait en outre la cons-truction,
toujours en cours actuellement sous la direc-tion de Léon Suys, de halles centrales,
d'une bourse de commerce, d'une fontaine monumentale et d'environ 1.100 maisons de
rapport.
Les travaux ont débuté en 1868 sous le contrôle de sociétés à
majorité étrangères, dont la plus importante a été fondée dans ce but, la Belgian
Public Works Company.
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7 décembre 1871.
L
e comte de Theux vient de former un nouveau cabinet catholique, mettant ainsi fm à une
longue crise gouvernementale.
Le 22 novembre, le député libéral de Tournai,
Jules Bara, avait prononcé un retentissant discours à la Chambre pour dénoncer la
nomination au poste de gouverneur de la province de Limbourg, sur proposition de
Léopold II, de Pierre de Decker, administrateur de diverses sociétés de Langrand mises
en faillite.
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Pierre de Decker |
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Le refus par la Chambre d'infliger un blâme à de Decker, jugé personnellement intègre,
provoqua les jours suivants de violentes manifestations de rues au cours desquelles on
entendit la foule crier "Vive la République!" et "A bas le roi de carton!".
Ces débordements ont amené Léopold II à demander la démission du cabinet d'Anethan et à
désigner comme formateur le comte de Theux, un vieux routier de l'unionisme, déjà âgé
de 77 ans.
Ne se réservant qu'un poste de ministre sans portefeuille, le
comte de Theux a notamment rappelé Jules Malou aux Finances et le comte d'Aspremont-Lynden
aux Affaires étrangères.
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30 décembre 1871.
A
vant-hier, le roi a accepté la démission de l'ancien chef du gouvernement, Pierre de
Decker, impliqué dans la déconfiture du Crédit foncier international, qui avait entraîné
la ruine de milliers de petits épargnants.
Des hommes politiques de tout
premier rang, tels Adolphe Dechamps et Alphonse Nothomb, comptaient aussi parmi les
membres du conseil d'administration de l'entreprise en faillite. Ils offraient une
cible de choix pour leurs adversaires.
Aussi, lorsque le Cabinet fit
connaître sa décision de confier à de Decker le poste de gouverneur de la province du
Limbourg, ce fut un tollé dans le monde libéral.
Le 22 novembre, à
l'occasion d'une interpellation du député Jules Bara à la Chambre, des milliers de
libéraux s'étaient donnés rendez-vous dans la capitale et envahirent la "zone neutre"
aux cris répétés de "Démission!" et " Voleurs!".
Le lendemain, il a fallu
faire garder par la police et la gendarmerie les habitations des ministres et les
institutions catholiques.
Le vendredi 24, le bourgmestre Anspach s'est
refuse a faire appel à l'armée, mais il a interdit les rassemblements de plus de cinq
personnes.
L'agitation a décru le 27, a l'annonce de la démission de Pierre
de Decker, mais aujourd'hui des milliers de manifestants se sont dirigés vers le palais
du roi en vociférant.
Il a fallu la garde civique pour les disperser.
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1871.
D
epuis l'an dernier, la presse internationale ayant livré comme bouc émissaire de
l'incendie de Paris et des massacres de la Commune l'Inter-nationale des Travailleurs,
celle-ci enregistre de nombreuses désaffiliations et démissions.
La faiblesse
des mouvements ouvriers et de l'organisation du prolétariat est extrême, d'autant que
des querelles de doctrine y jettent la zizanie.
Depuis la défaite de la
Commune, on enregistre en Belgique une subite reprise économique. Les salaires montent
Cette légère amélioration de la situation matérielle des classes laborieuses n'est pas
de nature à favoriser le mouvement d'émancipation qui s'était énergiquement dessiné
depuis 1855.
La cotisation exigée par les organisations ouvrières apparaît
comme un sacrifice inutile et le manque de foi s'ajoute à la faculté de résignation des
plus humbles.
Cependant, l'Internationale soutient les grève qui éclatent
actuellement en faveur de la réduction du temps de travail. Le but proclamé est la
journée de dix heures, mais l'obtention d'une réduction moindre serait déjà considérée
comme une victoire.
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1871.
L
a Belgique compte deux universités d'Etat (Gand et Liège), deux universités libres
(Bruxelles et Louvain), huit écoles spéciales annexées aux universités d'Etat, septante
académies des Beaux-Arts, trente-cinq académies de musique (outre l'académie royale des
Beaux-Arts et les conservatoires royaux de Liège et de Bruxelles).
Au cours
de l'année scolaire 1869-1870, 1.780 élèves ont fréquenté l'université (207 à Gand,
419 à Liège, 496 à Bruxelles, 658 à Louvain) 257 d'entre eux étaient inscrits à la
faculté de philosophie et lettres, 605 en droit, 356 en sciences, 562 en médecine.
Les écoles spéciales ont totalisé 617 élèves, la faculté de théologie de Louvain,
124.
La Belgique compte donc 50 étudiants par 100.000 habitants (contre 60
aux Pays-Bas, 37 en Allemagne, 44 en Angleterre et 25 en France).
Ainsi,
164 docteurs ont été diplômés (9 en philosophie, 81 en droit, 2 en sciences, 72 en
médecine). Il y a eu en outre quelque 42 candidats notaires, 34 pharmaciens, 11 diplômés
en sciences politiques, 27 ingénieurs des mines, 6 ingénieurs civils, 16 vétérinaires
et 8 dentistes
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- 12 juin : Pour donner satisfaction aux progressistes, la loi réduit le
cens à 20 francs pour les élections provinciales et à 10 francs pour les communales.
- 17 juillet : Zénobe Grainme présente sa première dynamo à l'Académie des
Sciences de Paris.
- 1871 : Napoléon Godecharle, le fis aîné du sculpteur Gilles-Lambert
Godecharle (1751-1835), lègue sa fortune à la Ville de Bruxelles, à charge pour
elle d'élever un monument à la mémoire de son père et de fonder le Prix Godecharle
qui récompensera tous les deux ans les sculpteurs, peintres ou architectes belges
les plus prometteurs.
- 1871 : Anvers reprend les grandes traditions du XVIe siècle en organisant
un véritable "landjuweel", grand concours de jeux scéniques qui attire quelque 250
"joueurs".
- 1871 : Début de la construction en style gréco-romain de la Bourse de
Bruxelles sous la direction de l'architecte Léon Suys.
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