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30 mars 1870.
P
rès de trois ans après la Chambre, le Sénat a enfin voté la loi qui modifie la
composition du corps électoral. Désormais, les citoyens qui ne payent que la moitié du
cens - soit le montant minimum d'impôts directs qui donne le droit de vote - mais qui ont
fréquenté pendant trois ans au moins un établissement d'enseignement moyen pourront
voter, au même titre que les électeurs censitaires ordinaires, aux élections provinciales
et communales.
C'est le gouvernement lui-même qui avait pris l'initiative de
cette loi pour contrecarrer les différentes propositions de loi émanant de députés qui
voulaient soit adjoindre à la notion de cens une notion de "capacité", soit abaisser
uniformémént le cens pour les élections locales.
Le chef du gouvernement,
Walthère Frère-Orban, favorable comme tous les doctrinaires au maintien du suffrage
censitaire pur et simple, a usé de toute son influence pour limiter au maximum la
portée de la réforme.
Les progressistes - l'aile la plus à gauche du parti
libéral - estiment dérisoire cet accroissement du corps électoral mais espèrent que
c'est un pas vers le suffrage universel.
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30 mars 1870.
C
harles de Groux, pionnier du réalisme en Belgique, est décédé à Bruxelles à l'âge de
45 ans.
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"Le pélérinage à Anderlecht" par Charles de Groux |
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Elève de Navez, de Groux débuta par la peinture d'his-toire mais fut révélé en 1853
avec L'Ivrogne, toile réaliste encore teintée de
romantis-me.
Ses évocations de la vie so-ciale et rurale, comme le
Bé-nédicité (1860) sont impré-gnées d'une atmosphère figée et mélancolique.
La fin de sa carrière sera marquée par un retour à la peinture d'histoire.
De Groux fut aussi membre fondateur de la Société libre des Beaux-Arts.
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3 juin 1870.
U
ne nouvelle loi sur la milice a enfin été promulguée. Elle fixe notamment les
formalités de rappel et les cas d'exemptions. La durée du service reste fixée à huit
ans.
Le système du tirage au sort avec faculté de remplacement est toujours
d'application mais, pour tenter de limiter les abus, tout remplacement devra faire
l'objet d'un contrat.
En outre, pour permettre aux appelés issus de familles
moins fortunées de se faire remplacer, le gouvernement organisera une caisse commune,
alimentée au fil des ans par les familles des futurs appelés. Elle permettra à ceux
qui ont tiré un "mauvais numéro" de s'offrir un remplaçant.
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7 juin 1870.
L
e ministre de la Justice, Jules Bara, a révoqué le procureur général Jules de Bavay.
Il lui reproche un manque de zèle trop évident dans les poursuites judiciaires menées
contre le financier Langrand-Dumonceau.
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Jules Bara, ministre de la Justice |
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C'est dès l'âge de 24 ans, en 1850, qu'André Langrand - qui associa son nom à celui de
sa femme en 1847 - parvint à lancer une modeste compagnie d'assurances agricoles. Il
participa ensuite à la fondation de nombreuses autres compagnies en Belgique, en
Autriche et aux Pays-Bas.
Financier des plus habiles, Langrand s'attira les
faveurs de l'Eglise en proclamant ouvertement sa volonté de "christianiser le crédit"
et il fit entrer dans les conseils d'administration de ses sociétés toujours plus
nombreuses des hommes politiques catholiques en vue comme de Decker, Nothomb ou Dechamps.
Mais bien vite les choses se gâtèrent. Certaines de ses affaires ne donnèrent
pas les résultats escomptés et Langrand fut amené à dissimuler ses difficultés en procédant
à diverses manipulations financières frauduleuses.
En octobre 1868, le journal
La Cote libre dénonçait, avec vigueur ses méthodes.
Le scandale éclata, le crédit de Langrand s'effondra et les faillites
successives de ses sociétés ruinèrent de nombreux petits épargnants, catholiques pour
la plupart.
Les libéraux, ravis de l'aubaine, se sont emparés de l'affaire
et ont tenté de discréditer, aux yeux de l'opinion, le parti catholique tout entier.
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20 juin 1870.
L
e départ d'une dizaine de miliciens appelés sous les armes a provoqué, dans les rues
de Verviers, une importante manifestation contre la nouvelle loi sur la milice votée
il y a une quinzaine de jours.
Une violente échauffourée a opposé les
manifestants à quelques agents qui tentaient de saisir leur drapeau sur lequel on
pouvait lire : "Victimes de l'impôt du sang".
Dans la nuit, une sentinelle
isolée, se croyant menacée par un groupe de cinq hommes, a fait feu sur un nommé Gillis,
originaire d'Ensival, qui a été tué sur le coup.
Le collège échevinal et
l'Association internationale des Travailleurs, qui nie être à l'origine de cette
manifestation ont appelé la population au calme.
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2 août 1870.
E
e roi Léopold a ratifié la composition du cabinet catholique homogène formé par le
baron Jules d'Anethan. Cet ancien magistrat s'est efforcé de former une équipe regroupant
les différentes tendances de son parti.
Se réservant les Affaires étrangères,
il a choisi, parmi les conservateurs, le baron Kervyn de Lettenhove pour l'Intérieur et
Pieter Tack pour les Finances.
Pour s'assurer le soutien du puissant parti du
Meeting anversois, qui a combattu avec ardeur l'extension des fortifications d'Anvers,
il a appelé Victor Jacobs aux Travaux publics.
Le portefeuille de la Justice
a été confié à Prosper Cornesse, qui a été élu à Verviers par une coalition de tous les
opposants au cabinet Frère-Orban.
Enfin, pour contrebalancer la présence de
Jacobs dans le gouvernement, le roi a tenu à désigner le lieutenant-général Guillaume
comme ministre de la Guerre.
Tenant compte de l'orientation démocratique des
esprits, les catholiques vont vraisemblablement déposer un projet de réforme électorale
allant nettement plus loin que la loi du 30 mars 1870. Mais, dans l'immédiat, il s'agit
avant tout de préparer le pays à faire face à la la tension franco-prussienne.
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13 juillet 1870.
U
n congrès libéral s'est tenu à Bruxelles sous la présidence de Pierre Van Humbeeck.
Convoqué à l'initiative de l'Association libérale d'Anvers, il a réuni quelque 200
délégués de 42 associations libérales.
Fortement ébranlé par les résultats
des élections du 14 juin, le parti libéral se devait de refaire son unité.
Après de longues discussions, doctrinaires et progressistes sont parvenus à adopter un
programme de transaction. Il comprend les points suivants : large extension du droit de
suffrage aux élections communales et provinciales; développement de l'enseignement
primaire; séparation absolue de l'Etat et des Eglises, comprenant notamment la
sécularisation des cimetières, et enfin réduction raisonnée des charges militaires
du pays.
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2 août 1870.
E
n l'espace de trois mois, les électeurs ont été appelés deux fois aux urnes. Les
élections du 14 juin, qui avaient pour objet le renouvellement de la moitié de la
Chambre, ont constitué une cruelle désillusion pour les libéraux, qui ont perdu 9 de
leurs 72 sièges.
Ce mauvais résultat est notamment dû au fait que, dans
plusieurs villes du pays, les éléments progressistes du parti, qui reprochent aux
doctrinaires leur immobilisme en matière de réforme électorale, ont présenté des
listes séparées.
Le maintien du cabinet Frère-Orban étant devenu impossible,
le roi a donc fait appel au catholique Jules d'Anethan pour le remplacer. Ce dernier a
été autorisé à dissoudre les deux chambres pour amener le pays à se prononcer de manière
plus formelle encore.
Ce 2 août, les 107.099 électeurs - qui ne représentent
que 2,10% de la population ont envoyé siéger 72 catholiques et 52 libéraux à la Chambre
et 34 catholiques et 28 libéraux au Sénat. Ces chiffres indiquent à suffisance que le
congrès tenu à Bruxelles le 13 juillet n'a pas réussi à raffermir le parti libéral.
Par ailleurs, la gravité de la situation internationale a vivement incité
les électeurs à privilégier le parti au pouvoir pour éviter de stériles et inutiles
luttes de factions politiques.
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11 août 1870.
L
a Prusse et la France, en guerre depuis le 19 juillet, ont accepté de signer -
respectivement avant-hier et aujourd'hui - le traité qui leur a été proposé par
l'Angleterre.
Cet accord stipule qu'en cas de violation du territoire belge
par l'un des belligérants, l'autre pourrait intervenir pour lui faire respecter la
neutralité de la Belgique, et obtiendrait ipso facto le concours des forces militaires
et navales de la Grande-Bretagne.
Ayant réussi à agiter l'opinion en rendant
public un projet de traité entre la France et la Prusse, datant de 1866 et prouvant que
la France avait tenté d'obtenir la réunion de notre pays à son territoire, Bismarck a,
par ce moyen, obtenu l'assurance de la neutralité de l'Angleterre.
Malgré
ce double traité - qui ne fait en réalité que réitérer les engagements pris par les
Puissances en 1839 - le gouvernement belge, soutenu par tout le pays, a maintenu l'armée
sur pied de guerre et se déclare prêt à faire face à toute éventualité
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Septembre 1870.
L
e mois dernier, la France et la Prusse ont tour à tour ratifié leurs engagements du
19 avril 1839 à l'égard de la Belgique.
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L'infanterie belge assure la neutralité du pays |
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En principe, sa neutra-lité devrait donc être respectée.
L'Angleterre s'est
d'ail-leurs engagée à expul-ser du territoire belge le belligérant qui en violerait la
frontière.
Ces accords n'ont pas empêché les soldats français de battre en
retraite en Belgique, après leur défaite à Sedan.
La Prusse a aussitôt
réclamé le désarmement des réfugiés.
Huit mille Français sont détenus en
Belgique, mais la presse allemande continue de taxer la Belgique de partialité.
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Décembre 1870.
L
e tronçon de voie ferrée qui vient d'être inauguré porte le total des voies exploitées
par l'Etat à 869 km. Ce réseau est ponctué par 211 gares, soit 100 de plus qu'il y a 20
ans. La distance moyenne entre chaque station est de 4,12 km. Quelque 13.300 personnes
sont employées par les chemins de fer, qui ont presque triplé leur effectif depuis 1850.
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La gare du Nord à Bruxelles, plaque tournante du réseau ferré |
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Neuf réseaux ont été concédés, dont le plus important est celui des bassins houillers
du Hainaut, qui couvre une grande partie de la Flandre.
Le matériel roulant
comporte 520 locomoti-ves et 17.733 wagons, dont 821 réservés aux voyageurs.
Cette année, près de 12 millions de voyageurs, plus d'un demi-million d'animaux et 17
mil-lions de tonnes de marchandises ont été transportées, ce qui a assuré une recette
de près de 38 millions de francs, dont il faut défalquer 20 millions de frais
d'exploitation.
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1870.
A
dolphe Quetelet publie chez l'éditeur bruxellois Murquardt un nouvel ouvrage de 479
pages intitulé Anthropométrie ou mesure des différentes facultés
de l'homme.
Il s'agit d'une synthèse - dédiée à l'astronome John
Herschel - des travaux antérieurs de l'auteur sur les qualités physiques de l'homme :
sa taille, son poids, sa force musculaire, etc. La première partie développe une
théorie de l'harmonie des proportions. Se fondant sur des données mathématiques, Quetelet
étudie la taille de l'homme et de la femme aux différents âges, ainsi que les règles qui
président à leur développement en général. La seconde partie est consacrée à l'avenir de
l'anthropométrie.
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1870.
R
eliée au Rupel par le canal de Willebroek, et aux charbonnages wallons par le canal de
Charleroi, Bruxelles est un véritable port, aux nombreux bassins intérieurs. Le premier
trois-mâts y a fait escale en 1780.
En 1870, 166 navires (anglais pour la
plupart) jaugeant près de 18.000 tonneaux, y ont jeté l'ancre, transportant de l'argile
chinoise, des céréales, du bois de construction, des pierres.
Bruxelles est
aussi un nœud ferroviaire : le chemin de fer amène les marchandises jusqu'au grand
entrepôt à étages construit en 1845-1851 le long du grand bassin.
C'est en
1825 que l'ingénieur Teichman avait proposé la création d'un port maritime raccordé
directement au grandes profondeurs de l'Escaut. Rapidement ressuscité par le conseil
communal en 1860, le projet fut réanimé l'année suivante par Orts, mais cette
proposition, qui nécessitait le surélèvement du canal de Willebroek effraya la
commission chargée de l'étudier.
Les promoteurs, revenant sans cesse à la
charge, ont fini par gagner la partie.
Voici maintenant trois siècles que
Bruxelles travaille sans cesse à se rapprocher de la mer.
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1870.
L'
éditeur Wolters, de Groningue, vient de publier le premier recueil de poésie des sœurs
Virginie et Rosalie Loveling. Leur œuvre est à la fois empreinte d'une profonde
mélancolie et d'une certaine résignation quant au sort réservé à l'homme de la rue dans
notre monde.
Leurs poèmes, qui ont également fait l'objet de diverses
publications depuis 1850, sont marqués par une très grande sobriété et par la précision
de la perception qui en émane.
En quelques traits, les sœurs Loveling
réussissent à décrire le quotidien des villages flamands. Virginie et Rosalie sont
célibataires et ont toujours vécu ensemble. C'est dans leur enfance qu'elles commencèrent
à traduire en vers les événements marquants de leur vie.
Bien qu'il y ait
beaucoup de similitudes dans leur style, chacune signe sa contribution personnelle.
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- 21 janvier : Après de nombreuses discussions au Parlement, les catholiques
et les libéraux parviennent enfin à un compromis dans le problème de la gestion des
fabriques d'église.
- 4 mars : Le principe du régime cellulaire est consacré par la loi. Toutefois,
les peines temporaires subies en cellule ne pourront excéder neuf ans,
neuf mois et douze jours. Quant aux peines perpétuelles, elles ne pourront être
subie dans l'isolement que pendant les dix premières années de l'incarcération.
- 22 mars : Au Théâtre Royal de la Monnaie, première représentation française
de Lohengrin, opéra de Richard Wagner.
- 15 mai : Abaissement et uniformisation des tarifs postaux (10 centimes
pour une lettre, dans toute la Belgique).
- 15 juillet : Léopold II signe l'arrêté de mobilisation de l'armée belge.
Les ordres de rappel sont expédiés pour les hommes des classes de 1863 à 1866.
- 19 juillet : La France déclare la guerre à la Prusse.
- 14 août : Inauguration de la salle d'apparat de l'Hôtel de Ville d'Anvers,
ornée de peintures murales de Henri Leys.
- 1870 : La Croix-Rouge belge envoie des colonnes mobiles de secours vers
Sedan, Sarrebrüch, Metz et Trèves afin de secourir les blessés des deux camps.
- 1870 : Les premières propositions de règlementation du travail des femmes
et des enfants sont examinées au Parlement.
- 1870 : L'Etat achète le Jardin Botanique pour un million de francs-or à
la Société d'horticulture. Le Jardin Botanique avait été fondé en 1826 par la
Société Royale d'horticulture des Pays-Bas. Après la vente, le jardin sera décoré
de sculptures de Constantin Meunier et de Charles Van der Stappen.
- 1870 : Le compositeur et organiste liégeois César Franck, installé en
France, écrit son Ode à Paris.
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