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FAITS MARQUANTS ANNEE 1870

30 mars - Electorat : un premier pas vers le suffrage universel.
30 mars - Charles de Groux, peintre réaliste.
3 juin - La nouvelle loi sur la milice.
7 juin - Un scandale politique.
20 juin - La loi sur la milice : un mort à Verviers.
2 juillet - Formation du cabinet catholique de Jules d'Anethan.
13 juillet - Les libéraux font le poin après leur défaite.
2 août - Un succès catholique.
11 août - La Belgique restera neutralisée.
Septembre - Soldats français en Belgique.
Décembre - Le réseau des chemins de fer belges.
1870 - L'anthropométrie d'Adolphe Quetelet.
1870 - Bruxelles, un véritable port de mer.
1870 - Les bienheureuses de la désolation.
Autres dates importantes.



Electorat : un premier pas vers le suffrage universel.

30 mars 1870.

P rès de trois ans après la Chambre, le Sénat a enfin voté la loi qui modifie la composition du corps électoral. Désormais, les citoyens qui ne payent que la moitié du cens - soit le montant minimum d'impôts directs qui donne le droit de vote - mais qui ont fréquenté pendant trois ans au moins un établissement d'enseignement moyen pourront voter, au même titre que les électeurs censitaires ordinaires, aux élections provinciales et communales.

C'est le gouvernement lui-même qui avait pris l'initiative de cette loi pour contrecarrer les différentes propositions de loi émanant de députés qui voulaient soit adjoindre à la notion de cens une notion de "capacité", soit abaisser uniformémént le cens pour les élections locales.

Le chef du gouvernement, Walthère Frère-Orban, favorable comme tous les doctrinaires au maintien du suffrage censitaire pur et simple, a usé de toute son influence pour limiter au maximum la portée de la réforme.

Les progressistes - l'aile la plus à gauche du parti libéral - estiment dérisoire cet accroissement du corps électoral mais espèrent que c'est un pas vers le suffrage universel.


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Charles de Groux, peintre réaliste.

30 mars 1870.

C harles de Groux, pionnier du réalisme en Belgique, est décédé à Bruxelles à l'âge de 45 ans.

"Le pélérinage à Anderlecht" par Charles de Groux

Elève de Navez, de Groux débuta par la peinture d'his-toire mais fut révélé en 1853 avec L'Ivrogne, toile réaliste encore teintée de romantis-me.

Ses évocations de la vie so-ciale et rurale, comme le Bé-nédicité (1860) sont impré-gnées d'une atmosphère figée et mélancolique.

La fin de sa carrière sera marquée par un retour à la peinture d'histoire.

De Groux fut aussi membre fondateur de la Société libre des Beaux-Arts.


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La nouvelle loi sur la milice.

3 juin 1870.

U ne nouvelle loi sur la milice a enfin été promulguée. Elle fixe notamment les formalités de rappel et les cas d'exemptions. La durée du service reste fixée à huit ans.

Le système du tirage au sort avec faculté de remplacement est toujours d'application mais, pour tenter de limiter les abus, tout remplacement devra faire l'objet d'un contrat.

En outre, pour permettre aux appelés issus de familles moins fortunées de se faire remplacer, le gouvernement organisera une caisse commune, alimentée au fil des ans par les familles des futurs appelés. Elle permettra à ceux qui ont tiré un "mauvais numéro" de s'offrir un remplaçant.


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Un scandale politique.

7 juin 1870.

L e ministre de la Justice, Jules Bara, a révoqué le procureur général Jules de Bavay. Il lui reproche un manque de zèle trop évident dans les poursuites judiciaires menées contre le financier Langrand-Dumonceau.

Jules Bara, ministre de la Justice

C'est dès l'âge de 24 ans, en 1850, qu'André Langrand - qui associa son nom à celui de sa femme en 1847 - parvint à lancer une modeste compagnie d'assurances agricoles. Il participa ensuite à la fondation de nombreuses autres compagnies en Belgique, en Autriche et aux Pays-Bas.

Financier des plus habiles, Langrand s'attira les faveurs de l'Eglise en proclamant ouvertement sa volonté de "christianiser le crédit" et il fit entrer dans les conseils d'administration de ses sociétés toujours plus nombreuses des hommes politiques catholiques en vue comme de Decker, Nothomb ou Dechamps.

Mais bien vite les choses se gâtèrent. Certaines de ses affaires ne donnèrent pas les résultats escomptés et Langrand fut amené à dissimuler ses difficultés en procédant à diverses manipulations financières frauduleuses.

En octobre 1868, le journal La Cote libre dénonçait, avec vigueur ses méthodes.

Le scandale éclata, le crédit de Langrand s'effondra et les faillites successives de ses sociétés ruinèrent de nombreux petits épargnants, catholiques pour la plupart.

Les libéraux, ravis de l'aubaine, se sont emparés de l'affaire et ont tenté de discréditer, aux yeux de l'opinion, le parti catholique tout entier.


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La loi sur la milice : un mort à Verviers.

20 juin 1870.

L e départ d'une dizaine de miliciens appelés sous les armes a provoqué, dans les rues de Verviers, une importante manifestation contre la nouvelle loi sur la milice votée il y a une quinzaine de jours.

Une violente échauffourée a opposé les manifestants à quelques agents qui tentaient de saisir leur drapeau sur lequel on pouvait lire : "Victimes de l'impôt du sang".

Dans la nuit, une sentinelle isolée, se croyant menacée par un groupe de cinq hommes, a fait feu sur un nommé Gillis, originaire d'Ensival, qui a été tué sur le coup.

Le collège échevinal et l'Association internationale des Travailleurs, qui nie être à l'origine de cette manifestation ont appelé la population au calme.


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Formation du cabinet catholique de Jules d'Anethan.

2 août 1870.

E e roi Léopold a ratifié la composition du cabinet catholique homogène formé par le baron Jules d'Anethan. Cet ancien magistrat s'est efforcé de former une équipe regroupant les différentes tendances de son parti.

Se réservant les Affaires étrangères, il a choisi, parmi les conservateurs, le baron Kervyn de Lettenhove pour l'Intérieur et Pieter Tack pour les Finances.

Pour s'assurer le soutien du puissant parti du Meeting anversois, qui a combattu avec ardeur l'extension des fortifications d'Anvers, il a appelé Victor Jacobs aux Travaux publics.

Le portefeuille de la Justice a été confié à Prosper Cornesse, qui a été élu à Verviers par une coalition de tous les opposants au cabinet Frère-Orban.

Enfin, pour contrebalancer la présence de Jacobs dans le gouvernement, le roi a tenu à désigner le lieutenant-général Guillaume comme ministre de la Guerre.

Tenant compte de l'orientation démocratique des esprits, les catholiques vont vraisemblablement déposer un projet de réforme électorale allant nettement plus loin que la loi du 30 mars 1870. Mais, dans l'immédiat, il s'agit avant tout de préparer le pays à faire face à la la tension franco-prussienne.


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Les libéraux font le point après leur défaite.

13 juillet 1870.

U n congrès libéral s'est tenu à Bruxelles sous la présidence de Pierre Van Humbeeck. Convoqué à l'initiative de l'Association libérale d'Anvers, il a réuni quelque 200 délégués de 42 associations libérales.

Fortement ébranlé par les résultats des élections du 14 juin, le parti libéral se devait de refaire son unité.

Après de longues discussions, doctrinaires et progressistes sont parvenus à adopter un programme de transaction. Il comprend les points suivants : large extension du droit de suffrage aux élections communales et provinciales; développement de l'enseignement primaire; séparation absolue de l'Etat et des Eglises, comprenant notamment la sécularisation des cimetières, et enfin réduction raisonnée des charges militaires du pays.


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Un succès catholique.

2 août 1870.

E n l'espace de trois mois, les électeurs ont été appelés deux fois aux urnes. Les élections du 14 juin, qui avaient pour objet le renouvellement de la moitié de la Chambre, ont constitué une cruelle désillusion pour les libéraux, qui ont perdu 9 de leurs 72 sièges.

Ce mauvais résultat est notamment dû au fait que, dans plusieurs villes du pays, les éléments progressistes du parti, qui reprochent aux doctrinaires leur immobilisme en matière de réforme électorale, ont présenté des listes séparées.

Le maintien du cabinet Frère-Orban étant devenu impossible, le roi a donc fait appel au catholique Jules d'Anethan pour le remplacer. Ce dernier a été autorisé à dissoudre les deux chambres pour amener le pays à se prononcer de manière plus formelle encore.

Ce 2 août, les 107.099 électeurs - qui ne représentent que 2,10% de la population ont envoyé siéger 72 catholiques et 52 libéraux à la Chambre et 34 catholiques et 28 libéraux au Sénat. Ces chiffres indiquent à suffisance que le congrès tenu à Bruxelles le 13 juillet n'a pas réussi à raffermir le parti libéral.

Par ailleurs, la gravité de la situation internationale a vivement incité les électeurs à privilégier le parti au pouvoir pour éviter de stériles et inutiles luttes de factions politiques.


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La Belgique restera neutralisée.

11 août 1870.

L a Prusse et la France, en guerre depuis le 19 juillet, ont accepté de signer - respectivement avant-hier et aujourd'hui - le traité qui leur a été proposé par l'Angleterre.

Cet accord stipule qu'en cas de violation du territoire belge par l'un des belligérants, l'autre pourrait intervenir pour lui faire respecter la neutralité de la Belgique, et obtiendrait ipso facto le concours des forces militaires et navales de la Grande-Bretagne.

Ayant réussi à agiter l'opinion en rendant public un projet de traité entre la France et la Prusse, datant de 1866 et prouvant que la France avait tenté d'obtenir la réunion de notre pays à son territoire, Bismarck a, par ce moyen, obtenu l'assurance de la neutralité de l'Angleterre.

Malgré ce double traité - qui ne fait en réalité que réitérer les engagements pris par les Puissances en 1839 - le gouvernement belge, soutenu par tout le pays, a maintenu l'armée sur pied de guerre et se déclare prêt à faire face à toute éventualité


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Soldats français en Belgique.

Septembre 1870.

L e mois dernier, la France et la Prusse ont tour à tour ratifié leurs engagements du 19 avril 1839 à l'égard de la Belgique.

L'infanterie belge assure la neutralité du pays

En principe, sa neutra-lité devrait donc être respectée.

L'Angleterre s'est d'ail-leurs engagée à expul-ser du territoire belge le belligérant qui en violerait la frontière.

Ces accords n'ont pas empêché les soldats français de battre en retraite en Belgique, après leur défaite à Sedan.

La Prusse a aussitôt réclamé le désarmement des réfugiés.

Huit mille Français sont détenus en Belgique, mais la presse allemande continue de taxer la Belgique de partialité.


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Le réseau des chemins de fer belges.

Décembre 1870.

L e tronçon de voie ferrée qui vient d'être inauguré porte le total des voies exploitées par l'Etat à 869 km. Ce réseau est ponctué par 211 gares, soit 100 de plus qu'il y a 20 ans. La distance moyenne entre chaque station est de 4,12 km. Quelque 13.300 personnes sont employées par les chemins de fer, qui ont presque triplé leur effectif depuis 1850.

La gare du Nord à Bruxelles,
plaque tournante du réseau ferré

Neuf réseaux ont été concédés, dont le plus important est celui des bassins houillers du Hainaut, qui couvre une grande partie de la Flandre.

Le matériel roulant comporte 520 locomoti-ves et 17.733 wagons, dont 821 réservés aux voyageurs.

Cette année, près de 12 millions de voyageurs, plus d'un demi-million d'animaux et 17 mil-lions de tonnes de marchandises ont été transportées, ce qui a assuré une recette de près de 38 millions de francs, dont il faut défalquer 20 millions de frais d'exploitation.


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L'anthropométrie d'Adolphe Quetelet.

1870.

A dolphe Quetelet publie chez l'éditeur bruxellois Murquardt un nouvel ouvrage de 479 pages intitulé Anthropométrie ou mesure des différentes facultés de l'homme.

Il s'agit d'une synthèse - dédiée à l'astronome John Herschel - des travaux antérieurs de l'auteur sur les qualités physiques de l'homme : sa taille, son poids, sa force musculaire, etc. La première partie développe une théorie de l'harmonie des proportions. Se fondant sur des données mathématiques, Quetelet étudie la taille de l'homme et de la femme aux différents âges, ainsi que les règles qui président à leur développement en général. La seconde partie est consacrée à l'avenir de l'anthropométrie.


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Bruxelles, un véritable port de mer.

1870.

R eliée au Rupel par le canal de Willebroek, et aux charbonnages wallons par le canal de Charleroi, Bruxelles est un véritable port, aux nombreux bassins intérieurs. Le premier trois-mâts y a fait escale en 1780.

En 1870, 166 navires (anglais pour la plupart) jaugeant près de 18.000 tonneaux, y ont jeté l'ancre, transportant de l'argile chinoise, des céréales, du bois de construction, des pierres.

Bruxelles est aussi un nœud ferroviaire : le chemin de fer amène les marchandises jusqu'au grand entrepôt à étages construit en 1845-1851 le long du grand bassin.

C'est en 1825 que l'ingénieur Teichman avait proposé la création d'un port maritime raccordé directement au grandes profondeurs de l'Escaut. Rapidement ressuscité par le conseil communal en 1860, le projet fut réanimé l'année suivante par Orts, mais cette proposition, qui nécessitait le surélèvement du canal de Willebroek effraya la commission chargée de l'étudier.

Les promoteurs, revenant sans cesse à la charge, ont fini par gagner la partie.

Voici maintenant trois siècles que Bruxelles travaille sans cesse à se rapprocher de la mer.


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Les bienheureuses de la désolation.

1870.

L' éditeur Wolters, de Groningue, vient de publier le premier recueil de poésie des sœurs Virginie et Rosalie Loveling. Leur œuvre est à la fois empreinte d'une profonde mélancolie et d'une certaine résignation quant au sort réservé à l'homme de la rue dans notre monde.

Leurs poèmes, qui ont également fait l'objet de diverses publications depuis 1850, sont marqués par une très grande sobriété et par la précision de la perception qui en émane.

En quelques traits, les sœurs Loveling réussissent à décrire le quotidien des villages flamands. Virginie et Rosalie sont célibataires et ont toujours vécu ensemble. C'est dans leur enfance qu'elles commencèrent à traduire en vers les événements marquants de leur vie.

Bien qu'il y ait beaucoup de similitudes dans leur style, chacune signe sa contribution personnelle.


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Autres dates importantes.


- 21 janvier : Après de nombreuses discussions au Parlement, les catholiques et les libéraux parviennent enfin à un compromis dans le problème de la gestion des fabriques d'église.


- 4 mars : Le principe du régime cellulaire est consacré par la loi. Toutefois, les peines temporaires subies en cellule ne pourront excéder neuf ans, neuf mois et douze jours. Quant aux peines perpétuelles, elles ne pourront être subie dans l'isolement que pendant les dix premières années de l'incarcération.


- 22 mars : Au Théâtre Royal de la Monnaie, première représentation française de Lohengrin, opéra de Richard Wagner.


- 15 mai : Abaissement et uniformisation des tarifs postaux (10 centimes pour une lettre, dans toute la Belgique).


- 15 juillet : Léopold II signe l'arrêté de mobilisation de l'armée belge. Les ordres de rappel sont expédiés pour les hommes des classes de 1863 à 1866.


- 19 juillet : La France déclare la guerre à la Prusse.


- 14 août : Inauguration de la salle d'apparat de l'Hôtel de Ville d'Anvers, ornée de peintures murales de Henri Leys.


- 1870 : La Croix-Rouge belge envoie des colonnes mobiles de secours vers Sedan, Sarrebrüch, Metz et Trèves afin de secourir les blessés des deux camps.


- 1870 : Les premières propositions de règlementation du travail des femmes et des enfants sont examinées au Parlement.


- 1870 : L'Etat achète le Jardin Botanique pour un million de francs-or à la Société d'horticulture. Le Jardin Botanique avait été fondé en 1826 par la Société Royale d'horticulture des Pays-Bas. Après la vente, le jardin sera décoré de sculptures de Constantin Meunier et de Charles Van der Stappen.


- 1870 : Le compositeur et organiste liégeois César Franck, installé en France, écrit son Ode à Paris.


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© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE (Belgique).