|
|
26 janvier 1869.
C'
est dans la consternation générale qu'a eu lieu, en l'église de Laeken, l'office
funèbre à la mémoire du prince Léopold, comte de Hainaut.
A peine âgé de
dix ans, il est décédé le 22 janvier des suites d'une longue maladie.
Malgré
les pompes éclatantes de ces funérailles royales, c'est dans une atmosphère de douleur
extrême que s'est déroulée la cérémonie. A rentrée de l'église, le roi s'est avancé
derrière le petit cercueil, pâle, courbé, appuyé au bras de son frère qui devient son
héritier.
Après l'office célébré par l'archevêque de Malines, quand on a
descendu la dépouille de son fils unique dans la crypte, le roi, incapable de se
maîtriser plus longtemps, est tombé à genoux.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
12 avril 1869.
L
a grève qui avait éclaté il y a cinq jours à Seraing, parmi les ouvriers puddleurs et
lamineurs de la société Cockerill, s'est achevée par l'intervention sanglante de la
troupe. En effet, hier après-midi, quelques 1.400 soldats et gendarmes sont finalement
intervenus et ont dispersé les manifestants.
Cette brutale intervention des
forces de l'ordre a fait deux morts et de nombreux blessés parmi les grévistes, mais
l'ordre a été rétabli et les ouvriers, la mort dans l'âme, ont repris le travail.
L'alarme aura été chaude chez les industriels. A l'origine de cette grève,
l'opposition des ouvriers à une disposition règlementaire les obligeant à rester à
l'usine jusqu'à l'arrivée de l'équipe suivante. Les patrons refusant de négocier, les
ouvriers du laminoir ont alors entamé le mouvement.
Le bourgmestre de Seraing,
M. Kamp, a fait afficher une proclamation interdisant les attroupements et a pris sur
lui d'appeler la troupe à la rescousse.
Le colonel Van Laethem a donc
commandé le feu à ses artilleurs à cheval. Indigné, le député catholique a demandé des
comptes à Eudore Pirmez, ministre de l'Intérieur et au ministre de la Justice, Jules
Bara, qui s'est contenté de faire l'éloge de la gendarmerie et de l'armée.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
31 mai 1869.
A
Bruxelles, la première ligne d'omnibus hippomobiles sur rail, reliant la porte de
Schaerbeek au bois de la Cambre, a été inaugurée aujourd'hui. Les rails sont en fer,
du type "à gorge" avec contre-rail entaillé en forme de crémaillère pour prévenir les
glissades des chevaux.
|
Omnibus hippomobile bruxellois |
|
|---|
Ils peuvent sup-porter une charge de 5 tonnes. Les 26 voitures ont été construites en
An-gleterre. Tirées par deux chevaux elles transportent jusqu'à 40 passa-gers (16 dans
l'ha-bitacle,16 sur l'im-périale et 8 sur les deux plates-for-mes). Les tarifs, calculés
par sec-tions, sont de 65 centimes en pre-mière classe et de 60 centimes en seconde classe.
Le groupe anglais Morris, qui exploite cette ligne, a repris le réseau d'omnibus de
Bruxelles, en faillite.
Ces véhicules transportent 24 passagers suivant sept
itinéraires dont l'origine commune est la Grand-Place. Les terminus sont situés place
Liedts (Schaer-beek), barrière de Saint-Gilles, place communale d'Ixelles, place de la
Duchesse, à Cureghem (deuxième pont sur la Senne), à l'église de Laeken et place de la
Reine (Schaerbeek).
| RETOUR HAUT DE PAGE |
15 juin 1869.
A
lbert Grisar s'est éteint subitement à Asnières. Né à Anvers le 26 décembre 1808, il
se destina tardivement à l'art musical.
En juillet 1830, il suivit ses
premiers cours de composition au conservatoire de Paris auprès de Reicha.
Mais les événements politiques qui ébranlèrent l'Europe interrompirent ses projets.
Sa première œuvre importante fut le Mariage
impossible, représenté à Bruxelles en 1833. Il fit ensuite jouer à l'Opéra
Comique de Paris Sarah en 1835, l'
An mil en 1837 et les Travestissements
en 1839.
Lors des fêtes célébrées à Anvers en 1840 pour l'inauguration de
la statue de Rubens, il présenta son Ouverture de fête.
Puis il se rendit à Naples où il étudia le contrepoint auprès de Saverio
Mercadante.
De retour à Paris il y récolta nombre de succès avec des œuvres
telles que : Gille ravisseur (1848),
Les porcherons (1850), Le chien du jardinier
(1855).
Sa dernière œuvre Les douze innocents
, fut présentée avec succès aux Bouffes-Parisiens le 19 octobre 1865.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
8 septembre 1869.
A
près avoir institué, l'année dernière, les abonnements scolaires sur les chemins de
fer, le gouvernement vient de décider, par arrêté ministériel, de créer un système
analogue pour les ouvriers.
|
La gare de La Louvière |
|
|---|
Le prix de l'abonnement s'échelonnera de 1,20 franc pour une lieue (4 km) à 2 francs
pour cinq lieues, distance maximale soumise à ces tarifs réduits.
Le but
avoué de cette mesure est de "soustraire l'ouvrier aux dangers que représente pour lui
le séjour prolongé en ville, aux points de vue moral, hygiénique, matériel et social".
Mais on chuchote que ce système permettra surtout d'attirer une main-d'œuvre
peu exigeante vers les villes.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
Octobre 1869.
L
es élections législatives du 26 octobre approchant à grands pas, le parti libéral
connaît de graves dissensions à Brùxelles. Déjà tiraillé à droite, Jules Anspach,
bourgmestre de la capitale, se voit à présent attaqué par l'ailè gauche de son propre
parti.
|
Jules Anspach et la Senne |
|
|---|
Sous le patronage de la Fédération progressiste, les jeunes libéraux, avec à leur tête
Eugène Ro-bert et Paul Janson, ont en effet décidé de pré-senter pour les élections une
liste hybride, dis-tincte de celle de l'Association libérale.
Depuis quelque
temps déjà, cette dissidence libérale s'en prenait avec de plus en plus de viru-lence à
l'aile doctrinaire et à son fidèle représen-tant, Jules Anspach, qualifiés respectivement
de "grand collecteur d'impuretés gouvernementales et communales" et de "docile serviteur
de la Doc-trine, mâtiné du plus léger des administrateurs".
Ainsi, Eugène
Robert, s'en prit-il à "l'oligarchie plate et égoïste" de la liste de l'Association.
Et d'a-jouter enfin : "Monsieur Anspach a toujours voté avec le ministère; ce n'est pas
de la politique cela, c'est de la docilité".
La Ligue républicaine, quant à
elle, convoque les électeurs à un meeting au Cygne pour les inviter à choisir Paul
Janson.
Anspach tient tête aux attaques. Il a été acclamé par l'Association
libérale et est tête de liste pour les prochaines élections.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
5 décembre 1869.
L
e premier numéro de l'hebdomadaire De Zweep est paru
aujourd'hui à Bruxelles. Julius Hoste en est l'éditeur et le rédacteur en chef.
Il signe ses articles sous le pseudonyme Julius van Thielt.
Ce militant
flamand est effectivement né à Tielt en 1848. Autodidacte, il s'est beaucoup intéressé
au sort et à l'histoire du peuple flamand.
Cette première livraison, qui
compte quatre pages, est une longue tirade contre l'agression que subissent les Flamands.
Julius Hoste n'épargne pas les bourgeois bien établis comme Alexandre
Gendebien, Nothomb et Van de Weyer.
Quant à la Révolution de 1830, il la
considère comme une "comédie" qui n'avait pour seul but que de faire dépérir les
Flamands.
Léopold II n'est pas oublié. Hoste lui reproche de parler anglais
à la Cour de Londres et de ne pas parler néerlandais dans son propre pays.
Le rédacteur en chef, qui est en fait le seul rédacteur, se base sur les données
statistiques de Julius Vuylsteke pour démontrer "à quel point la Flandre souffre".
Il appelle "la presse flamande, les àssociations flamandes, bref tout ce qui se dit
flamand à combattre sous un seul drapeau".
De Zweep
se considère comme un journal de combat qui défendra leurs revendications
et diffusera leur culture.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
1869.
"J
e fonde la société des aquafortistes. Ici commence un travail de géant".
|
"Vue du port d'Anvers" par Félicien Rops |
|
|---|
C'est par ces mots que Féli-cien Rops a annoncé à Bru-xelles en présence de nom-breux
artistes tels que Louis Artan, Hippolyte Boulenger et d'autres, la fondation de la
Société internationale des aquafortistes.
Depuis quelques années, en
compagnie de Bracquemont et de Lalanne, Rops s'efforce de réactualiser cette techni-que
qu'il définit "comme un rayon de soleil qui tombe d'un beau ciel et se fixe sur le
cuivre pour vexer les pho-tographes".
De plus, il a fait venir de Paris un
imprimeur, a fait fabriquer des cuves de papier en Hollande, et a restauré les presses
de l'école de gravure de Calamatta.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
1869.
B
Bruxelles dispose enfin d'une nouvelle gare du Midi.
|
La nouvelle gare du Midi à Bruxelles (architecte Payen) |
|
|---|
La gare de la place Rouppe, achevée il y a 28 ans, était devenue inappropriée aux
exigences modernes.
Il y a trois ans, Victor Besme, inspecteur voyer de
l'agglomération bruxelloise, avait proposé de relier la gare du Nord à une nou-velle
gare du Midi dont on trouverait l'emplacement un peu en dehors du penta-gone, sur le
territoire de Saint-Gilles.
Dieu sait quand celle-ci verra la jour : on
redoute les énormes bouleverse-ments que celle-ci entraînerait dans le tissu urbain.
C'est l'architecte Payen qui a tracé les plans de la nouvelle gare du Midi,
n'hésitant pas à conférer à la partie centrale de la façade l'aspect d'un arc de
triomphe romain aux colonnes corinthiennes, qui devrait ultérieurement être complété
par des sculptures, statues et bas-reliefs.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
1869.
A
vec la disparition, le 26 août, d'Henri Leys et, le Il octobre, celle de François-Joseph
Navez, l'art belge a perdu deux de ses plus illustres repré-sentants.
|
"Salle à manger d'Henri Leys" par Henri de Braekeleer |
|
|---|
|
"La visite d'Albert Dürer à Anvers en 1520" par Henri Leys |
|
|---|
Très différents l'un de l'autre ces deux artistes se rejoi-gnent cependant par l'impact
qu'ils ont eu sur l'art des cinquante derniè-res années.
Navez, tout d'a-bord,
élève de François puis de David, s'est impo-sé comme le chef de file du néo-clas-sicisme
en Belgique.
De plus en plus controversé depuis 1830, le peintre de
La Famille de Hemptinne et directeur de l'académie de
Bruxelles, n'en a pas moins exercé une influence déterminante sur la jeune génération
par son art consommé du portrait et ses talents de pédagogue.
L'Anversois
Henri Leys, formé par Mathieu Van Brée et son beau-frère Ferdinand De Braekeleer,
marqua son époque par ses évocations de la vie anversoise du XVIe siècle et de
l'histoire nationale, exécutées dans un style personnel, digne des grands maîtres du
passé, tels que Dürer, Holbein et Metsijs.
| RETOUR HAUT DE PAGE |
- 23 février : Pour empêcher la vente à la Compagnie française des Chemins de Fer
de l'Est de la ligne belge du Grand-Luxembourg et donc la main mise de la France
sur une des principales voies ferrées de la partie orientale du pays, le
gouvernement fait voter en hâte par le Parlement une loi interdisant de céder une
ligne de chemin de fer sans en avoir obtenu licence.
- 23 février : Après de délicates négociations avec le gouvernement
français, Frère-Orban signe avec Paris un protocole reconnaissant la souveraineté
de la Belgique sur ses chemins de fer.
- 1869 : Les catholiques progressistes se regroupent dans l'Association
pour la réforme électorale.
- 1869 : Le Salon de Bruxelles accueille les œuvres de Boudin, Corot,
Daumier, Courbet et Manet dont Le Balcon provoque un scandale non pas en
raison du sujet mais à cause de sa facture nouvelle.
- 1869 : Création à Hoboken, par la Société Cockerill, d'un chantier naval.
| RETOUR HAUT DE PAGE |