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FAITS MARQUANTS ANNEE 1868

3 janvier - Nouveau cabinet libéral.
24 mars - Vingt mineurs grévistes ont été tués.
5 avril - Une école spéciale pour les officiers.
30 mai - La loi relative aux étrangers est prorogée.
7 septembre - Journée d'études du Congrès de l'Internationale.
22 octobre - Les cercles catholiques se regroupent.
Octobre - Encore la liberté de la presse.
1868 - La Société libre des Beaux-Arts.
1868 - Blankenberge concurrence Ostende-plage !
1868 - Zénobe Gramme, magicien de l'électricité.
Autres dates importantes.



Nouveau cabinet libéral.

3 janvier 1868.

M algré les graves dissensions qui ont provoqué la chute du gouvernement Charles Rogier, la constitution d'un nouveau cabinet libéral a été assez rapide; une douzaine de jours ont en effet suffi à Walthère Frère-Orban, le nouvel homme fort du libéralisme, pour s'acquitter de la mission qui lui avait été confiée par le roi Léopold.

Frère-Orban, le nouveau chef de cabinet, conserve le portefeuille des Finances et le radical Jules Bara, celui de la Justice. J. Vanderstichelen passe des Travaux publics - où il est remplacé par A. Jarnar - aux Affaires étrangères en lieu et place de Charles Rogier. Enfin, les deux autres démissionnaires, A. van den Peereboom et le général A. Goethals, cèdent leur siège de l'Intérieur et de la Guerre respectivement à Eudore Pirmez et au lieutenant-général Renard.

Frère-Orban, qui s'est par ailleurs déclaré déterminé à ne pas ranimer les luttes religieuses, s'apprête à s'attaquer avec son cabinet aux épineuses questions militaires.

Le roi a clairement fait savoir qu'il est temps de trouver une solution dans l'affaire du renforcement des fortifications d'Anvers et qu'il faut s'atteler au projet de réorganisation de l'armée.


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Vingt mineurs grévistes ont été tués.

24 mars 1868.

C' est par un épisode sanglant que la grève des mineurs du charbonnage de l'Epine, à Dampremy, a connu son dénouement.

L'Epine sous le feu des soldats

Après avoir sommé les ouvriers d'évacuer le carreau de la mine, un officier du 11e de Ligne a en effet fait tirer sur les ouvriers. Bilan tragique de la fusillade : 20 morts, dont 2 femmes et plusieurs blessés graves. En outre, 22 ouvriers devraient comparaître prochainement devant la cour d'assises de Mons.

A l'origine de ces troubles sociaux : la crise économique.

Depuis 1867, elle frappe tout le monde ouvrier, mais les mineurs de la région de Charleroi en ont plus particulièrement souf-fert.

Contraints de chômer deux à trois jours par semaine, ils n'ont pu supporter sans broncher l'annonce d'une nouvelle baisse des salaires.

Cette misère sans espoir a déclenché une série de grèves dans tout le bassin du Pays Noir.


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Une école spéciale pour les officiers.

5 avril 1868.

L a décision a enfin été prise. Depuis des années, deux thèses opposées s'affrontaient. Fallait-il transformer notre Ecole militaire en Académie, au sein de laquelle aurait été créée une section réservée à la formation d'officiers d'état-major ? Ou alors fallait-il fonder un établissement distinct ? Le verdict est tombé aujourd'hui.

L'article 7 de la loi sur l'organisation de l'armée spécifie "qu'à l'avenir les officiers du corps d'état-major ne seront plus recrutés directement à l'Ecole militaire, mais qu'ils seront détectés dans les différentes armes, et choisis dans une catégorie d'officiers ayant déjà suivi avec fruit les cours d'une école spéciale".

Le problème est donc tranché. Selon les termes de cette nouvelle loi, l'accès aux cours sera soumis à une stricte réglementation et des examens d'entrée sont prévus.

A quand l'arrêté d'exécution de la loi, et l'inauguration de cette institution tant attendue ?


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La loi relative aux étrangers est prorogée.

30 mai 1868.

C' est par une confortable majorité que la Chambre a décidé de proroger, jusqu'au 17 juillet 1871, la loi du 7 juillet 1865 relative aux étrangers.

Aux termes de l'article premier, l'étranger résidant en Belgique "qui par sa conduite, compromet la tranquillité publique ou qui a été poursuivi ou condamné pour les crimes ou délits qui donnent lieu à extradition" peut être assigné à résidence ou expulsé.

Depuis mars 1864, 6.324 étrangers ont été reconduits à la frontière, mais seuls deux d'entre eux l'ont été pour des motifs politiques.

Le nombre d'étrangers résidant en Belgique est des plus stables : en 1846, ils étaient 95.000, en 1866, 98.000. Ils ne représentent donc que de 2 à 3% de la population et sont, pour 90% d'entre eux, issus des pays limitrophes.

En Belgique, on émigre donc plus qu'on immigre.


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Journée d'études du Congrès de l'Internationale.

7 septembre 1868.

C et après-midi, à 14 h, s'ouvrira à Bruxelles, en la salle du théâtre national du Cirque, le troisième Congrès ouvrier international organisé par l'Associa-tion internationale des Travailleurs.

Léopold II visite
des travailleurs

Les meetings socialistes

Cette décision avait été prise lors du précédent congrès de cette organisa-tion, tenu à Lausanne l'an-née dernière.

Hier matin, déjà, une séan-ce de réception a eu lieu au cabaret Le Cygne, sur la grand-place, pour la vérifi-cation des mandats des délégués.

Voici le programme sommai-re des séances qui se tien-dront de lundi à samedi et qui est communiqué par la section bruxelloise de l'AIT :

- 1. Du crédit mutuel entre les travailleurs.
- 2. Des effets des machines sur le salaire et la situation des travailleurs.
- 3. De l'instruction intégrale.
- 4. De la propriété foncière (sol arable, forêts, mines, canaux).
- 5. Des grèves de la Fédération et des sociétés de résistance, ainsi que de la création d'un Conseil d'arbitrage pour les grèves éventuelles.
- 6. De la réduction des heures de travail dans les ateliers (question présentée par les sections anglaise et américaine).
- 7. De l'attitude des travailleurs dans le cas d'un conflit entre les grandes puissances européennes (question présentée par les sections allemandes).
- 8. Les cahiers du travail, résumé des griefs particuliers de chaque profession (question présentée par les sections belges).

Notons que cette organisation, très décriée par le patronat, connaît actuellement un succès considérable.


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Les cercles catholiques se regroupent.

22 octobre 1868.

U ne fédération des cercles catholiques et des associations conservatrices vient d'être créée à Bruxelles. Son but est évidemment de regrouper tous les cercles disséminés dans le pays.

Dès 1863, à Malines, le congrès des catholiques belges avait appelé au développement de ces associations où, selon les mots d'Armand Neut, "à la fin de la journée l'on trouve, avec un délassement honnête, une amitié sincère et un soutien réel, des exemples édifiants".

Le congrès de 1867, qui avait été précédé d'une réunion des délégués de la cinquantaine de cercles qui existaient alors, vota avec enthousiasme la création d'une fédération.

Théoriquement, elle s'interdira toute activité politique, mais il serait illusoire de vouloir empêcher leurs membres de s'entretenir des meilleurs moyens de défendre leurs intérêts et leur foi.


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Encore la liberté de la presse.

Octobre 1868.

L e libéralisme politique qui s'est établi dans le pays depuis l'installation, le 3 janvier, du cabinet présidé par Walthère Frère-Orban, vaut à la presse une liberté garantie par la Constitution.

La propagande révolutionnaire et socialiste en est facilitée.

L'année dernière déjà, on a vu paraître une feuille baptisée La Cigale. Ce mois, paraît à Anvers le quotidien De Werkeer.

Ce phénomène s'inscrit dans une période d'agitation sociale alimentée par le cri lancé au Congrès de l'Internationale des Travailleurs à Genève : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!".

La presse ouvrière qui voit le jour s'est donnée pour but de convaincre les classes laborieuses que l'amélioration de leur sort est liée à la conquête des droits politiques.


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La Société libre des Beaux-Arts.

1868.

L' année artistique a été marquée par la fondation, le 1er mars, à Bruxelles, de la Société libre des Beaux-Arts, créée par de jeunes peintres essentielle-ment réalistes, tels qu'Alfred Verwée, Constantin Meunier, Louis Artan, Louis Dubois, Charles De Groux, Félicien Rops et d'autres.

Les membres de la Société libre des Beaux-Arts

Leur but est avant tout de lutter contre l'académisme et contre la tyrannie des Salons et des commis-sions officielles. En effet, connus seulement d'une poignée d'ama-teurs éclairés, ces jeunes artistes revendiquent le droit d'exposer librement. Leur programme esthé-tique se limite à une "interpréta-tion libre et individuelle de la na-ture" et selon eux, "tous les genres sont frères".

Leur première exposition, organi-sée en décembre dans les looaux du quotidien La Chronique , a fait sensation.

En effet, au lieu de présenter des œuvres achevées, les artistes ont exposé des esquisses et leurs études.

Cette heureuse initiative a été vivement encouragée par de nombreux artistes français Comme Corot, Courbet, Millet et Daumier.


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Blankenberge concurrence Ostende-plage !.

1868.

I l y a cinq ans qu'a été inaugurée la ligne de chemin de fer Bruges-Blankenberge. Depuis, Blankenberge est devenue une redoutable concurrente pour Ostende.

En 1855, le nombre d'étrangers recensés durant l'été atteignait déjà 2.188, en 1865, 6.156, et ce chiffre sera encore bien plus élevé cette année.

En dépit d'une urbanisation croissante, le charme de ce village de pêcheurs attire tant les Belges que les étrangers.

Pour se maintenir Ostende met tout en œuvre pour bâtir de nouveaux quartiers et octroyer de nouvelles facilités aux estivants. Néanmoins, Français et Allemands viennent nombreux à Blankenberge.

L'éclairage au gaz, installé l'an dernier, augmente encore l'attrait de la petite cité balnéaire. On y trouve également des cabines pour les baigneurs et des établissements pour douches et bains chauds.

Des bals et des concerts sont organisés au casino et les promenades à dos d'âne dans les dunes sont très en vogue.


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Zénobe Gramme, magicien de l'électricité.

1868.

D epuis quelques années, les génératrices électriques font l'objet de travaux de plus en plus nombreux.

Zénobe Gramme

Il y a deux ans, l'ingénieur allemand Ernst-Werner von Siemens a déclaré, dans le cadre de ses recherches sur les relations entre élec-tricité et magnétisme, qu'il devait être possi-ble de transformer ce "mouvement" en élec-tricité.

Un inventeur autodidacte d'origine belge, Zénobe Gramme, travaille pour l'instant, à Paris, au projet d'une "machine magnéto-électrique à courant continu".

Zénobe Gramme est né à Jehay-Bodegnée en 1826. Il passa son enfance à Hannut, suivit les cours de l'Ecole industrielle communale de Liège, puis s'établit à Paris en 1855.

En tant qu'ébéniste-rampiste, il est en contact avec la maison Christofle et la compagnie L'Alliance qui utilisent déjà l'électricité.


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Autres dates importantes.


- 28 mars : Les Caisses de prévoyance sont élevées par la loi au rang d'établissements d'utilité publique.


- 15 mai : Pour complaire, dit-on, à Napoléon III, le ministre libéral de la Justice, Jules Bara, annonce qu'il interdira la tenue du congrès de l'Internationale prévu à Bruxelles.


- 1868 : Après un long séjour en France, Louis Artan s'installe définitivement sur la côte et se consacre à la peinture de marines.


- 1868 : Première représentation de l'oratorio De Schelde (L'Escaut) dont le texte est d'Emmanuel Hiel et la musique de Peter Benoit.


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© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE (Belgique).