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3 janvier 1868.
M
algré les graves dissensions qui ont provoqué la chute du gouvernement Charles Rogier,
la constitution d'un nouveau cabinet libéral a été assez rapide; une douzaine de jours
ont en effet suffi à Walthère Frère-Orban, le nouvel homme fort du libéralisme, pour
s'acquitter de la mission qui lui avait été confiée par le roi Léopold.
Frère-Orban, le nouveau chef de cabinet, conserve le portefeuille des Finances et le
radical Jules Bara, celui de la Justice. J. Vanderstichelen passe des Travaux publics
- où il est remplacé par A. Jarnar - aux Affaires étrangères en lieu et place de Charles
Rogier. Enfin, les deux autres démissionnaires, A. van den Peereboom et le général A.
Goethals, cèdent leur siège de l'Intérieur et de la Guerre respectivement à Eudore
Pirmez et au lieutenant-général Renard.
Frère-Orban, qui s'est par ailleurs
déclaré déterminé à ne pas ranimer les luttes religieuses, s'apprête à s'attaquer avec
son cabinet aux épineuses questions militaires.
Le roi a clairement fait
savoir qu'il est temps de trouver une solution dans l'affaire du renforcement des
fortifications d'Anvers et qu'il faut s'atteler au projet de réorganisation de l'armée.
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24 mars 1868.
C'
est par un épisode sanglant que la grève des mineurs du charbonnage de l'Epine, à
Dampremy, a connu son dénouement.
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L'Epine sous le feu des soldats |
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Après avoir sommé les ouvriers d'évacuer le carreau de la mine, un officier du 11e de
Ligne a en effet fait tirer sur les ouvriers. Bilan tragique de la fusillade : 20 morts,
dont 2 femmes et plusieurs blessés graves. En outre, 22 ouvriers devraient comparaître
prochainement devant la cour d'assises de Mons.
A l'origine de ces troubles
sociaux : la crise économique.
Depuis 1867, elle frappe tout le monde
ouvrier, mais les mineurs de la région de Charleroi en ont plus particulièrement
souf-fert.
Contraints de chômer deux à trois jours par semaine, ils n'ont pu
supporter sans broncher l'annonce d'une nouvelle baisse des salaires.
Cette
misère sans espoir a déclenché une série de grèves dans tout le bassin du Pays Noir.
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5 avril 1868.
L
a décision a enfin été prise. Depuis des années, deux thèses opposées s'affrontaient.
Fallait-il transformer notre Ecole militaire en Académie, au sein de laquelle aurait été
créée une section réservée à la formation d'officiers d'état-major ? Ou alors fallait-il
fonder un établissement distinct ? Le verdict est tombé aujourd'hui.
L'article
7 de la loi sur l'organisation de l'armée spécifie "qu'à l'avenir les officiers du corps
d'état-major ne seront plus recrutés directement à l'Ecole militaire, mais qu'ils
seront détectés dans les différentes armes, et choisis dans une catégorie d'officiers
ayant déjà suivi avec fruit les cours d'une école spéciale".
Le problème est
donc tranché. Selon les termes de cette nouvelle loi, l'accès aux cours sera soumis à
une stricte réglementation et des examens d'entrée sont prévus.
A quand
l'arrêté d'exécution de la loi, et l'inauguration de cette institution tant attendue ?
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30 mai 1868.
C'
est par une confortable majorité que la Chambre a décidé de proroger, jusqu'au 17
juillet 1871, la loi du 7 juillet 1865 relative aux étrangers.
Aux termes
de l'article premier, l'étranger résidant en Belgique "qui par sa conduite, compromet
la tranquillité publique ou qui a été poursuivi ou condamné pour les crimes ou délits
qui donnent lieu à extradition" peut être assigné à résidence ou expulsé.
Depuis mars 1864, 6.324 étrangers ont été reconduits à la frontière, mais seuls deux
d'entre eux l'ont été pour des motifs politiques.
Le nombre d'étrangers
résidant en Belgique est des plus stables : en 1846, ils étaient 95.000, en 1866,
98.000. Ils ne représentent donc que de 2 à 3% de la population et sont, pour 90%
d'entre eux, issus des pays limitrophes.
En Belgique, on émigre donc plus
qu'on immigre.
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7 septembre 1868.
C
et après-midi, à 14 h, s'ouvrira à Bruxelles, en la salle du théâtre national du Cirque,
le troisième Congrès ouvrier international organisé par l'Associa-tion internationale des
Travailleurs.
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Léopold II visite des travailleurs |
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Les meetings socialistes |
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Cette décision avait été prise lors du précédent congrès de cette organisa-tion, tenu à
Lausanne l'an-née dernière.
Hier matin, déjà, une séan-ce de réception a eu
lieu au cabaret Le Cygne, sur la grand-place, pour la vérifi-cation des mandats des
délégués.
Voici le programme sommai-re des séances qui se tien-dront de lundi
à samedi et qui est communiqué par la section bruxelloise de l'AIT :
- 1.
Du crédit mutuel entre les travailleurs.
- 2. Des effets des machines sur le
salaire et la situation des travailleurs.
- 3. De l'instruction intégrale.
- 4. De la propriété foncière (sol arable, forêts, mines, canaux).
- 5. Des grèves de la
Fédération et des sociétés de résistance, ainsi que de la création d'un Conseil
d'arbitrage pour les grèves éventuelles.
- 6. De la réduction des heures de
travail dans les ateliers (question présentée par les sections anglaise et américaine).
- 7. De l'attitude des travailleurs dans le cas d'un conflit entre les grandes
puissances européennes (question présentée par les sections allemandes).
- 8.
Les cahiers du travail, résumé des griefs particuliers de chaque profession (question
présentée par les sections belges).
Notons que cette organisation, très
décriée par le patronat, connaît actuellement un succès considérable.
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22 octobre 1868.
U
ne fédération des cercles catholiques et des associations conservatrices vient d'être
créée à Bruxelles. Son but est évidemment de regrouper tous les cercles disséminés dans
le pays.
Dès 1863, à Malines, le congrès des catholiques belges avait appelé
au développement de ces associations où, selon les mots d'Armand Neut, "à la fin de la
journée l'on trouve, avec un délassement honnête, une amitié sincère et un soutien
réel, des exemples édifiants".
Le congrès de 1867, qui avait été précédé
d'une réunion des délégués de la cinquantaine de cercles qui existaient alors, vota
avec enthousiasme la création d'une fédération.
Théoriquement, elle
s'interdira toute activité politique, mais il serait illusoire de vouloir empêcher
leurs membres de s'entretenir des meilleurs moyens de défendre leurs intérêts et leur
foi.
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Octobre 1868.
L
e libéralisme politique qui s'est établi dans le pays depuis l'installation, le 3
janvier, du cabinet présidé par Walthère Frère-Orban, vaut à la presse une liberté
garantie par la Constitution.
La propagande révolutionnaire et socialiste
en est facilitée.
L'année dernière déjà, on a vu paraître une feuille
baptisée La Cigale. Ce mois, paraît à Anvers le
quotidien De Werkeer.
Ce phénomène
s'inscrit dans une période d'agitation sociale alimentée par le cri lancé au Congrès
de l'Internationale des Travailleurs à Genève : "Prolétaires de tous les pays,
unissez-vous!".
La presse ouvrière qui voit le jour s'est donnée pour but
de convaincre les classes laborieuses que l'amélioration de leur sort est liée à la
conquête des droits politiques.
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1868.
L'
année artistique a été marquée par la fondation, le 1er mars, à Bruxelles, de la Société
libre des Beaux-Arts, créée par de jeunes peintres essentielle-ment réalistes, tels
qu'Alfred Verwée, Constantin Meunier, Louis Artan, Louis Dubois, Charles De Groux,
Félicien Rops et d'autres.
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Les membres de la Société libre des Beaux-Arts |
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Leur but est avant tout de lutter contre l'académisme et contre la tyrannie des Salons
et des commis-sions officielles. En effet, connus seulement d'une poignée d'ama-teurs
éclairés, ces jeunes artistes revendiquent le droit d'exposer librement. Leur
programme esthé-tique se limite à une "interpréta-tion libre et individuelle de la na-ture"
et selon eux, "tous les genres sont frères".
Leur première exposition,
organi-sée en décembre dans les looaux du quotidien La Chronique
, a fait sensation.
En effet, au lieu de présenter des œuvres
achevées, les artistes ont exposé des esquisses et leurs études.
Cette
heureuse initiative a été vivement encouragée par de nombreux artistes français Comme
Corot, Courbet, Millet et Daumier.
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1868.
I
l y a cinq ans qu'a été inaugurée la ligne de chemin de fer Bruges-Blankenberge.
Depuis, Blankenberge est devenue une redoutable concurrente pour Ostende.
En 1855, le nombre d'étrangers recensés durant l'été atteignait déjà 2.188, en 1865,
6.156, et ce chiffre sera encore bien plus élevé cette année.
En dépit d'une
urbanisation croissante, le charme de ce village de pêcheurs attire tant les Belges que
les étrangers.
Pour se maintenir Ostende met tout en œuvre pour bâtir de
nouveaux quartiers et octroyer de nouvelles facilités aux estivants. Néanmoins,
Français et Allemands viennent nombreux à Blankenberge.
L'éclairage au gaz,
installé l'an dernier, augmente encore l'attrait de la petite cité balnéaire. On y
trouve également des cabines pour les baigneurs et des établissements pour douches et
bains chauds.
Des bals et des concerts sont organisés au casino et les
promenades à dos d'âne dans les dunes sont très en vogue.
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1868.
D
epuis quelques années, les génératrices électriques font l'objet de travaux de plus en
plus nombreux.
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Zénobe Gramme |
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Il y a deux ans, l'ingénieur allemand Ernst-Werner von Siemens a déclaré, dans le
cadre de ses recherches sur les relations entre élec-tricité et magnétisme, qu'il
devait être possi-ble de transformer ce "mouvement" en élec-tricité.
Un
inventeur autodidacte d'origine belge, Zénobe Gramme, travaille pour l'instant, à
Paris, au projet d'une "machine magnéto-électrique à courant continu".
Zénobe Gramme est né à Jehay-Bodegnée en 1826. Il passa son enfance à Hannut, suivit
les cours de l'Ecole industrielle communale de Liège, puis s'établit à Paris en 1855.
En tant qu'ébéniste-rampiste, il est en contact avec la maison Christofle
et la compagnie L'Alliance qui utilisent déjà l'électricité.
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- 28 mars : Les Caisses de prévoyance sont élevées par la loi au rang
d'établissements d'utilité publique.
- 15 mai : Pour complaire, dit-on, à Napoléon III, le ministre libéral de
la Justice, Jules Bara, annonce qu'il interdira la tenue du congrès de l'Internationale
prévu à Bruxelles.
- 1868 : Après un long séjour en France, Louis Artan s'installe définitivement
sur la côte et se consacre à la peinture de marines.
- 1868 : Première représentation de l'oratorio De Schelde (L'Escaut) dont
le texte est d'Emmanuel Hiel et la musique de Peter Benoit.
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