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FAITS MARQUANTS ANNEE 1866

7 janvier - L'association Le Peuple s'affilie à l'Internationale de Karl Marx.
28 janvier - Un Manifeste des ouvriers pour l'abolition du cens.
24 mars - Le combat de Jan Baptist David.
27 août - Le flamand, langue officielle à Anvers.
Août - Napoléon III veut s'emparer du Grand-Duché.
Novembre - Le choléra n'est pas inéluctable.
1866 - Le paupérisme et ses retombées sociales.
1866 - L'asservissement des femmes en usines.
1866 - Une Ecole à Tervuren.
Autres dates importantes.



L'association Le Peuple s'affilie à l'Internationale de Karl Marx.

7 janvier 1866.

L' association "Le Peuple", sorte de parti démocratique ouvrier fondé en 1860 par César De Paepe, vient de s'affilier à l'Association internationale des Travailleurs.

Il s'agit d'un mouvement politique à vocation mondiale, issu de la rencontre des groupements ouvriers français et anglais, qui avait été créé à Londres en septembre 1864.

Sous l'influence de Karl Marx, ce groupe "socialiste et révolutionnaire" entend répondre à "l'internationalisme du capitalisme".

De Paepe, qui aurait par ailleurs assisté à la création du mouvement, se fait donc fort de répandre cette doctrine en Belgique puisque, par cette affiliation, le journal La Tribune du peuple devient l'organe officiel de l'AIT en Belgique.

Rappelons qu'en août dernier une section de l'AIT avait vu le jour à Bruxelles.

La Tribune du peuple en avait alors immédiatement publié le règlement.


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Un Manifeste des ouvriers pour l'abolition du cens.

20 janvier 1866.

D ans un supplément, le journal La Liberté publie ce jour un article intitulé Manifeste des ouvriers.

Le texte de ce brûlot a été rédigé par Edmond Picard et approuvé par les membres du Comité central et permanent de propagande pour la réforme électorale, qui se réunit dans la salle de danse de l'estaminet Belle-Vue, rue Haute, à Bruxelles.

On y lit : "Ce que nous voulons avant tout, c'est l'abolition du cens. Nous le voulons avec toute l'énergie dont sont capables des hommes qui, privés jusqu'à présent de toute participation au gouvernement du pays, comprennent que de cette participation dépend l'avenir presque entier de leur classe".


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Le combat de Jan Baptist David.

24 mars 1866.

L' historien et linguiste lierrois Jan Baptist David est mort à Louvain à l'âge de 6S ans.

Entré très jeune dans les ordres, David choisit d'enseigner à Anvers puis à Malines. Dans le même temps, il s'attelait à un gros travail de traduction, modernisation et publication de textes pieux.

Eminent philologue, il étudia les dialectes flamands et la langue populaire.

De 1836 à 1865, il enseigna la langue et la littérature néerlandaises ainsi que l'histoire de Belgique à l'université de Louvain.

L'an dernier, il a encore publié le dixième volume de son Histoire de la Patrie, commencée en 1842.

Il a combattu pour la reconnaissance de la langue et de la littérature flaman-des.


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Le flamand, langue officielle à Anvers.

27 août 1866.

O n assiste à une recrudescence de l'agitation flamingante à Anvers. Le conseil communal de cette ville vient en effet d'y proclamer le flamand comme langue officielle.

L'enseignement du flamand dans les écoles à Anvers

Depuis plusieurs années, sous l'influence du Nederdui-tsche Bond, association élec-torale flamingante, Anvers prend le relais de Gand dans la lutte pour la défense des griefs flamands.

Ainsi, en 1864 déjà, Van Rijswijck et la plupart de ses collègues prêtaient-ils pour la première fois serment dans cette langue lors de leur entrée au conseil com-munal. Après quoi ils firent voter la résolution de ne plus nommer aux emplois communaux aucun candidat ignorant la langue flamande.

M. De Laet, devait pour sa part se livrer récemment à une vive diatribe au parlement.

Le 5 mai dernier, il y a en effet ouvertement critiqué le régime linguistique du pays en qualifiant "l'unité de langage autour du français, d'atteinte portée à l'union entre les deux grandes fractions du pays".


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Napoléon III veut s'emparer du Grand-Duché.

Août 1866.

L es conditions de paix très avantageuses que la Prusse a obtenues de l'Autriche après la bataille de Sadowa ont décidé la France à réclamer des compensations.

Pour le prix de sa neutralité, Napoléon III aurait exigé, au début du mois de juillet, la rétrocession à la France des frontières de 1814 et l'annexion à l'Empire du Grand-Duché de Luxembourg.

Même si le baron Beyens, ministre de Belgique à Paris, a obtenu des Français l'assurance que "personne au monde n'a plus que nous une conscience nette", le cabinet de Bruxelles reste inquiet.

La France négocierait pour l'instant un nouveau projet de compensation qui lui donnerait Sarrebruck, Landau, Sarrelouis et le Grand-Duché.

Un traité secret voudrait l'autoriser à annexer la Belgique avec l'accord de la Prusse.


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Le choléra n'est pas inéluctable.

Novembre 1866.

L' épidémie de choléra qui touche la Belgique depuis le mois de juin semble enfin terminée. Cette épidémie - la cinquième depuis l'indépendance du pays - a fait environ 30.000 victimes. A Bruxelles, on a déploré 3.194 décès. A Gand, 5.500 personnes ont été touchées par la maladie et 2.762 (soit 2,2 % de la population) en sont mortes.

La Senne, égout de Bruxelles

Comme à l'accoutumée, ce sont les quartiers pauvres situés aux abords d'eaux stagnantes ou de canaux pollués qui ont payé le plus lourd tribut à la maladie. Il semble que se soit l'hygiène publique et privée - et non la densité de population - qui doive être mise en cause, car le centre de la ville de Gand, quartier très peuplé mais aisé, n'a été que très peu touché.

Le traitement médical administré aux malades a considérablement varié d'un pra-ticien à l'autre. Durant la première phase de la maladie, le traitement stimulant à base d'opium semble avoir produit de meilleurs résultats que celui reposant sur les purga-tifs, dont la population, dans son bon sens, s'est d'ailleurs méfiée.

Lors de la phase finale de la maladie, lorsqu'une administration interne devenait impossible, certains médecins ont tenté des injections hypodermiques de morphine. Ce traitemènt a soulagé les malades de leurs crampes, mais il n'a jamais provoqué une amélioration de leur état de santé.

Espérons que les ravages de cette épidémie inciteront les autorités à sup-primer certaines venelles et impasses - Bruxelles en compte pas moins de 447 - et à prévoir un système convenable d'égouts.


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Le paupérisme et ses retombées sociales.

1866.

L a doctrine classique du libéralisme économique considère les questions de salaires ou de conditions de travail comme soumises à des lois naturelles auxquelles, en aucun cas, l'Etat ne doit toucher, les amélioration sociales ne pouvant résulter que du jeu naturel des forces économiques.

Le paupérisme dans
l'agriculture

De cette théorie de la liberté illimitée sont nés de graves abus. Les salaires restent très bas et les prestations atteignent douze à quatorze heures par jour. Certains patrons payent leurs ouvriers avec des bons qui ne sont honorés que dans certains magasins associés.

Selon une étude réalisée l'année dernière par le docteur Meynne, intitulée Topographie médicale, 100.000 familles belges vivent dans l'opulence, mais 420.000 familles, considérées comme faisant partie de la "petite bourgeoisie" n'échappent pas à certaines privations.

Quant aux 480.000 familles de travailleurs, une grande partie vit dans un état permanent de pauvreté.

Bien qu'estimatifs, ces chiffres sont vraisemblables.


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L'asservissement des femmes en usines.

1866.

E n 1850, les femmes au travail représentaient 18 % de la population du royaume. Cette année, le recensement a confirmé cette proportion : le pays compte en effet 883.000 femmes actives, dont plus de 82 % sont des ouvrières. On les trouve dans "l'enfer des mines" à Liège, dans les fabriques de drap verviétoises, dans les filatures malsaines du Brabant, dans les "écoles dentellières" de Flandre, où elles œuvrent dès l'âge de 6 ans.

Quel que soit leur âge, ces femmes travaillent autant que les hommes, soit près de 12 heures par jour.

Qu'attendre de ces salariées abruties par leur labeur, incapables de prendre soin du ménage et des enfants ?

Les bourgeois bien-pensants, qui pourtant en profitent, dénonçent l'influence pernicieuse du travail féminin, qu'ils considèrent comme "le berceau de tous les vices".


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Une Ecole à Tervuren

1866.

L e nom de Tervuren sera-t-il bientôt aussi connu que Barbizon, rendu célèbre en France par Corot, Daubigny ou Rousseau ?

"Vue de Dinant" par Hippolyte Boulenger

Une facétie d'artiste vient de mettre en lu-mière ce village. Au dernier Salon, le jeune peintre Hippolyte Bou-lenger a accolé à son nom cette précision : "Ecole de Tervuren".

Installé dans ce village grâce à la générosité du peintre Camille Van Camp, il s'est vu rejoint par des artistes qui vont sans doute donner à l' art paysager belge ses lettres de noblesse : Verheyden, Asselbergs, Raeymaekers. Boulenger est leur chef de file : plantant son chevalet en plein air, il restitue avec fidélité les sites observés et transmet au spectateur son émerveillement et son émotion face à la nature.

Il se dégage de l'académisme, qui n'envisage le paysage que comme cadre d'une scène historique ou comme topographie.

Déjà au début du siècle, Constable et Turner en Angleterre ont peint de grands paysages lyriques.

La facture à la fois soignée et enlevée, la recherche des frémissements de la lumière, la qualité de l'émotion, prédisent à Boulenger un bel avenir.


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Autres dates importantes.


- 31 mai : Une loi abroqe les dispositions pénales portées contre les coalitions (grèves et lockout).


- 1 juillet : Mourant, Charles Baudelaire quitte Bruxelles après un séjour de deux ans.


- 11 août : L'impératrice Charlotte arrivée du Mexique le 8, est reçue à Paris par Napoléon llI, devant qui elle plaide en vain la cause de Maximilien.

Chazal, ministre
de la Guerre


- 20 décembre : Après la démission du ministre de la guerre Chazal, une commission mixte, composée de 14 parlementaires et de 14 officiers supérieurs, est chargée d'examiner dans quelle mesure l'armée belge répond encore aux nécessités de la défense.


- 1866 : Diminution des tarifs de chemin de fer et suppression des droits de barrière sur les routes.



- 1866 : Début de la construction du Palais de Justice de Bruxelles selon les plans de Poelaert.


- 1866 : Bruxelles a une mortalité annuelle de 328 morts pour 10.000 habitants (244 à Londres et 235 à Paris).


- 1866 : Sur les 883.000 femmes actives en Belgique, plus de 82 pourcent sont de simples ouvrières.


- 1866 : A Paris, l'inventeur belge Jean-Joseph Lenoir dépose un brevet pour un buffet rafraîchissant destiné à maintenir frais toutes sortes de produits.


- 1866 : Publication à Bruxelles des Travailleurs de la Mer de Victor Hugo, en exil en Belgique depuis 1851.


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© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE (Belgique).