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16 mars 1865.
L
e ministre des Finances Walthère Frère-Orban qui avait, dès 1850, créé une caisse
générale de retraite permettant à tous d'acquérir des rentes, rêvait depuis lors de
compléter son œuvre par l'institution d'une caisse d'épargne sous la garantie de
l'Etat.
C'est aujourd'hui chose faite, mais les Chambres ont mis plus de
cinq ans à adopter son projet de loi introduit en mai 1859.
Les parlementaires
de l'opposition lui reprochaient à la fois de donner trop de pouvoir à l'Etat et de
lui faire courir trop de risques.
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26 mars 1865.
O
n ne peut que se réjouir de ce que la scène musicale actuelle laisse toujours la place
à la musique de Haydn, Mozart, Beethoven et Bach. On se souvient du prodigieux concert
que nous a donné Charles-Louis Hanssens à la Monnaie, le 17 février 1849, au cours
duquel ce chef révéla au public bruxellois l'intégralité de l'ultime symphonie de
Beethoven.
On n'a pas oublié non plus les prestations de Richard Wagner en
cette même salle de la Monnaie où, par deux fois, il vint lui-même diriger des extraits
du Vaisseau Fantôme, de
Lohengrin et Tannhäuser.
Récemment un brillant musicien, Léopold Samuel, qui nous dévoila ses talents de
compositeur lors de la création en 1859 de sa Cantate pour
l'inauguration de la Colonne du Congrès, est venu diriger le premier des
Concerts populaires de musique classique, fondés récemment sous son impulsion.
N'oublions pas non plus les concerts du Conservatoire, dirigés par Fétis, les réunions
lyriques de Fischer et les concerts donnés par l'Association des artistes musiciens.
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22 mai 1865.
A
près la France, l'Angleterre et la Suisse, la Belgique a signé à Berlin un traité de
commerce avec la Prusse agissant au nom du Zollverein.
Par ce traité, les
Etats parties adoptent le principe de réciprocité de la clause de la nation la plus
favorisée, se garantissant donc tous les avantages commerciaux accordés à d'autres
Etats.
L'accord consacre également des modifications douanières, notamment
l'application de franchise de droits sur certains produits.
Ce nouveau
traité commercial témoigne de la politique libre-échangiste du cabinet Rogier-Frère.
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18 juin 1865.
D
u peintre Antoine Wiertz, mort aujourd'hui à Bruxelles, l'avenir retiendra-t-il
seulement les œuvres colossales aux intentions philosophiques, inspirées par le goût
du macabre et de l'érotisme, ou bien se souviendra-t-il aussi de son joyeux Carnaval
romain ou du portrait tendre et lumineux qu'il a fait de sa mère ?
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"La belle Rosine" de Wiertz, sur un thème de Schiller |
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Incompris, Wiertz a forcé son talent dans des compositions spectaculaires, par lesquelles
il prétendait "se mesurer avec les Rubens et les Michel-Ange" et dont l'outrance suscite
plus d'é-tonnement que d'admiration.
Il aurait peut-être mieux fait de
cantonner son originalité dans des toiles plus modestes, qui auraient traduit ses
émo-tions avec plus d'authenticité, mais la modestie n'était pas son fort : il la
considérait comme "un raffinement d'orgueil".
Pourtant, cet excentrique,
qui envoyait aux journaux des communiqués où il se définis-sait candidement comme
"l'ar-tiste le plus distingué de l'Eu-rope", était véritablement obsé-dé par ses propres
imperfec-tions.
Un jour, dans un accès de cruel désespoir, il a même marqué
plusieurs de ses tableaux d'un grand M rouge, le M de "mau-vais", mais aussi celui de
"mort".
"Pour moi, misérable", a-t-il écrit, "je ne demande pour récompense
qu'un seul bravo, celui de deux ou trois hommes d'esprit qui ont de l'âme au corps".
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16 juillet 1865.
L
a victoire que notre corps expéditionnaire au Mexique, sous le commandement du
lieutenant-colonel Vander Smissen, vient de remporter à La Loma devrait mettre un peu
de baume dans le cœur des Belges, mais elle n'effacera pas le souvenir du désastre de
Tacambaro, où 250 officiers et soldats ont vainement résisté pendant cinq heures à
3.500 républicains, dans l'attente de renforts qui ne sont arrivés que quatre jours
plus tard.
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La Légion belge au Mexique : une aventure sans issue |
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On sait que l'envoi de volontaires au Mexique, autorisé par le gouverne-ment à la demande
de l'em-pereur Maximilien, a fait l'objet de discussions houleu-ses à la Chambre, nombre
de députés, tant libéraux que catholiques, estimant que cette initiative portait
at-teinte à notre neutralité.
Le général Chazal, exaspéré par les attaques
qu'il avait subies au cours des débats, s'est même battu en duel avec un de ses plus
farou-ches adversaires politiques, Jan de Laet, du Parti du Meeting.
Le 26
mai cependant, lorsque la nouvelle de la bataille de Tacambaro est parvenue en Belgique,
soit quelque six semaines après l'événement, personne n'a plus osé critiquer ouvertement
le ministre de la Guerre: son fils, le capitaine Ernest Chazal, était parmi les victimes.
Le succès de Vander Smissen sur l'armée du général Arteaga ne suffIra pas à le consoler.
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23 septembre 1865.
L
e conseil communal de Bruxelles vient de marquer son accord sur le projet de
l'architecte Suys qui concerne non seulement le voûtement de la Senne sur son parcours
dans la capitale mais aussi, corollairement, la construction, sur ces travaux, de
nouveaux boulevards monumentaux dans le style de ceux créés par Haussman à Paris.
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Les travaux de voûtement de la Senne vers la place de Brouckère |
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Pour ces travaux, la ville est prête à verser 26 millions de francs et le solde sera
payé par l'Etat (6 millions) et par la province (3 millions).
Le bourgmestre
Anspach compte confier ces travaux à une compagnie anglaise, à charge pour elle d'ériger
dans le même temps des cités destinées à accueillir la population ouvrière chassée du
centre de la ville.
D'aucuns croient dès à présent savoir que les Anglais
ne respecteront pas ce point du contrat.
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1 novembre 1865.
A
Gand vient d'être constituée une nouvelle association ouvrière, baptisée Vooruit.
Les membres radicaux de cette société estiment en effet que, pour améliorer leur sort,
les ouvriers ne doivent plus se contenter d'organiser des grèves.
Vooruit
aura une quadruple forme : mutualité, caisse de résistance, caisse d'épargne et
boulangerie coopérative.
Elle devrait créer des emplois, mettre en œuvre
une véritable sécurité de remploi et surtout fournir aux ouvriers du pain bon marché.
Tout bénéfice éventuèl sera réparti entre les membres de l'association.
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14 novembre1865.
L
e problème de la succession du ministre libéral modéré de la Justice, Victor Tesch, a
été discuté pendant plusieurs mois au sein du gouvernement. Le 7 novembre dernier,
Jules Bara a été proposé pour ce poste par Charles Rogier.
Le roi n'ayant
pas marqué d'opposition, la nomination du plus jeune ministre belge a paru hier au
Moniteur belge.
Les opinions "progressistes" affichées par le nouveau
ministre n'étant pas de nature à rassurer l'opposition catholique, l'ouverture de la
session parle-mentaire s'annonce des plus chaudes.
Cette nomination
signifie-t-elle réellement une radicalisation de la politique du cabinet Rogier-Frère ?
A la place du modéré qu'était Victor Tesch succède donc Jules Bara, élu
député libéral dès l'âge de 27 ans. Ce jeune loup de la politique est partisan avéré
d'une séparation radicale de l'Eglise et de l'Etat.
En outre, il y a deux
ans, il avait défendu avec la plus grande vigueur le projet de loi réformant le
régime des bourses d'études et des fondations, rencontrant de ce fait une forte
opposition du camp catholique.
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16 décembre 1865.
A
ujourd'hui, toutes les cours d'Europe étaient représentées à Bruxelles pour assister
aux funérailles de Léopold Ier, mort le 10 décembre.
Sur son lit de mort,
il avait encore refusé de se convertir à la religion catholique, décevant ainsi sa
bru Marie-Henriette qui assistait à ses dernières heures.
L'ultime mot
qu'il prononça fut Charlotte, mais nul n'a pu dire si son ultime pensée a été pour sa
première épouse anglaise ou pour son enfant préférée, Charlotte, Impératrice du
Mexique.
Depuis quelques années, la maladie ne laissait guère de répit au
vieux souverain, renfermé dans la solitude.
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Le roi Léopold Ier sur son lit de mort |
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Le cortège fuèbre du roi traverse Bruxelles |
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Lors de ses rares apparitions, il portait une perruque noire aux mèches ramenées vers
l'avant du visage, comme les généraux du premier Empire. Et il lui arrivait de se farder
lorsque la souffrance pâlissait trop ses traits.
On sait que le soir il se
faisait conduire au château de Stuyvenberg, chez son amie, Arcadie Meyer, avec laquelle
il avait eu plusieurs fils. Ceux-ci sont barons d'Eppinghoven, et, il y a peu, le roi
leur a acheté une baronnie dans le duché de Saxe-Cobourg-Gotha.
C'est au
printemps, lors d'un séjour à Windsor, que Léopold contracta une mauvaise bronchite et
son cas parut si alarmant que l'on rappela d'urgence le duc de Brabant en voyage aux
Indes, en Indochine et en Chine. Fausse alerte cependant, car Léopold Ier put encore
aller à Ostende où la reine d'Angleterre Victoria, sa filleule, lui rendit visite, et
en novembre le roi s'en fut se cloîtrer dans les Ardennes.
C'est sur l'ordre
de ses médecins que le 23 novembre il a dû rentrer à Bruxelles, le visage émacié, les
jambes gonflées d'hydropisie et criant de mal.
Le 2 décembre, un communiqué
officiel paru au Moniteur belge laissait deviner au peuple que son roi touchait à sa
fin.
Reclus dans sa chambre, Léopold Ier n'a accepté près de lui que la
présence de Marie-Henriette.
Aujourd'hui, un demi-million de Belges ont
assisté aux funérailles nationales et se sont apitoyés sur le cheval noir, richement
sellé et caparaçonné, tenu par deux valets en grande livrée, qui suivait le cercueil.
En effet, voulant donner au destrier du roi défunt l'air de prendre part
au deuil, on lui avait blessé le pied, afin qu'il boite.
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17 décembre 1865.
L
e lendemain des funérailles de son père, le duc de Brabant a prêté serment à la
Constitution. Dans les chancelleries étrangères, d'aucuns pronostiquaient depuis
quelques temps que la Belgique ne survivrait pas à son premier roi, mais tout s'est
bien passé : aucune Puissance n'a tenté de mettre la main sur des provinces que le roi
mort laisse plus prospères qu'il ne les avait trouvées.
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La prestation de serment de Léopold II (tableau de J. Starck) |
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Devant les Chambres réunies, Léopold II a commencé son dis-cours par ces mots : "Comme
moi, la Belgique a perdu un père". En fixant le protocole de la céré-monie, le nouveau
roi n'avait pas voulu, contrairement au désir de ses ministres, que la reine et ses
enfants siégeassent à ses côtés.
Etait-ce pour accentuer la gravité du
serment, ou était-ce par mé-pris du gynécée ?
C'est à cheval que Léopold II
a ensuite regagné le Palais. Le nou-veau souverain portait l'uniforme de général-major
qu'il avait en-dossé le jour de ses vingt ans. La carrière militaire du roi a en effet
été foudroyante.
Pour son premier anniversaire, il avait été promu
sous-lieutenant. A 15 ans, il agrafait ses galons de lieutenant. L'année suivante il
était capitaine, puis major à 18 ans et colonel à 19.
S'il n'a pas connu la
caserne, il a beaucoup voyagé et on lui prête le sentiment de regret de ne pouvoir, en
qualité de souverain constitutionnel, disposer de la puissance de ses collègues
asiatiques qui l'ont comblé de présents.
Il va bénéficier d'une liste
civile de 3.300.000 francs, c'est-à-dire quelque vingt pour cent de plus que son père.
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Le prêtre-poête Guido Gezelle |
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Décembre 1865.
A
Bruges, ville qui l'a vu naître il y a trente-cinq ans, le prêtre-poète Guido Gezelle
lance un nouvel hebdomadaire illustré, Rond den Heerd,
dont le premier numéro vient de sortir de presse.
Cette publication, qui se
veut une "lecture pour tous", à la fois distrayante et instructive, est de tendance
catholique ultramontaine.
Ses articles porteront sur les dialectes, le
folklore, la littérature populaire (contes, récits, proverbes et charades) et l'histoire
de la Flandre occidentale.
D'emblée, l'auteur des
Vlaemsche Dichtoefeningen s'y révèle un vulgarisateur doué, au cerveau
encyclopédique, et un merveilleux conteur populaire.
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1865.
L
ouis Melsens a été le collaborateur personnel du grand chimiste français Dumas avant de
lui servir comme préparateur, successivement à la Sorbonne et à l'Ecole de médecine.
Après des études en Allemagne, Louis Melsens a professé la chimie et la physique à
l'école vétérinaire de Bruxelles.
Il vient de découvrir un nouveau type de
paratonnerre. Contrairement au fameux paratonnerre de Franklin imaginé en 1792 et qui
n'était constitué que d'une tige métallique unique, le paratonnerre de Melsens comporte
une cage métallique qui entoure le bâtiment à protéger. Cette cage est agrémentée d'une
série de faisceaux de pointes placés le long de la tige qui suit le faîte du bâtiment
et est reliée au sol.
Les propriétés électriques des pointes et les effets
d'écran rendent le paratonnerre mis au point par Melsens plus efficace que celui de
Franklin.
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- 1 janvier : Le bouillant député libéral Jules-Victor Anspach succède à
André Fontainas comme bourgmestre de Bruxelles.
- janvier : Fondation de la Revue Générale, d'inspiration catholique.
- 4 avril : Violentes interpellatious au Parlement contre l'envoi de volontaires
belges au Mexique. Les parlementaires reprochent au gouvernement de compromettre la
neutralité de la Belgique.
- 11 avril : Au Mexique, un détachement de volontaires belges, surpris par
l'armée républicaine, est décimé à la bataille de Tacambaro, daus la province de
Michoacàn.
- 26 mai : L'épidémie de choléra qui s'est déclarée en Belgique a fait 45.000
victimes. C'est la Senne qui a vraisemblablement été le vecteur de la tragédie.
- 1 juin : Fondation à Bruxelles de la quatrième banque populaire du pays
(après celles de Liège, Huy et Verviers) : l'Union du crédit populaire.
- 1 septembre : A l'ouverture de la saison 1865/1866 du théâtre de la Monnaie,
le compositeur Charles-Louis Hanssens, chef d'orchestre du théâtre depuis 1843, qui
passait pour avoir été remercié par la direction, est spontanément ovationné par le
public au moment où il s'installe au pupitre.
- 15 septembre : Les opérations de la Caisse générale d'épargne et de
retraite commencent avec 800 livrets et 500.000 francs.
- 26 novembre : Le compositeur et pianiste Adolphe Samuel, né à Liège le
11 juillet 1824, crée à Bruxelles, au théâtre du Cirque (futur Alhambra), la
Société des concerts populaires. Après avoir obtenu le Prix de Rome en 1845 pour
sa cantate Vendetta, Samuel a étudié en Allemagne et en Angleterre.
- 10 décembre : Agé de 75 ans, le roi Léopold Ier s'éteint au château de
Laeken. Depuis quelques années, il ne se montrait presque plus en public.
- Décembre : Parution de la Topographie médicale de la Belgique du
docteur Armand-Joseph Meynne, médecin militaire et hygiéniste.
- Décembre : François Van Rysselberghe est nommé, à l'âge de vingt ans,
professeur d'astronomie et de mathématiques à l'Ecole de navigation d'Ostende.
- Décembre : La bibliothèque populaire du Willemsfonds, à Gand, ouvre ses
portes.
- Décembre : Ernest Solvay, inventeur d'un procédé économique de fabrication
de la soude, monte, à Couillet, la première usine pour exploiter son procédé.
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