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FAITS MARQUANTS ANNEE 1865

16 mars - Retraite et épargne garanties par l'Etat.
26 mars - Vie musicale à la mort de Léopold Ier.
22 mai - La Belgique traite avec la Prusse.
18 juin - Antoine Wiertz, l'immodeste incompris.
16 juillet - Une victoire du corps expéditionnaire belge au Mexique.
23 septembre - Le voûtement de la Senne.
1 novembre - La coopérative Vooruit à Gand.
14 novembre - Un jeune loup libéral à la Justice.
16 décembre - Un cheval boiteux derrière le cercueil de Léopold.
17 décembre - L'ascension rapide du nouveau roi.
Décembre - Gezelle fonde l'hebdomadaire Rond den Heerd.
1865 - Le paratonnerre à cage métallique de Louis Melsens.
Autres dates importantes.



Retraite et épargne garanties par l'Etat.

16 mars 1865.

L e ministre des Finances Walthère Frère-Orban qui avait, dès 1850, créé une caisse générale de retraite permettant à tous d'acquérir des rentes, rêvait depuis lors de compléter son œuvre par l'institution d'une caisse d'épargne sous la garantie de l'Etat.

C'est aujourd'hui chose faite, mais les Chambres ont mis plus de cinq ans à adopter son projet de loi introduit en mai 1859.

Les parlementaires de l'opposition lui reprochaient à la fois de donner trop de pouvoir à l'Etat et de lui faire courir trop de risques.


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Vie musicale à la mort de Léopold Ier.

26 mars 1865.

O n ne peut que se réjouir de ce que la scène musicale actuelle laisse toujours la place à la musique de Haydn, Mozart, Beethoven et Bach. On se souvient du prodigieux concert que nous a donné Charles-Louis Hanssens à la Monnaie, le 17 février 1849, au cours duquel ce chef révéla au public bruxellois l'intégralité de l'ultime symphonie de Beethoven.

On n'a pas oublié non plus les prestations de Richard Wagner en cette même salle de la Monnaie où, par deux fois, il vint lui-même diriger des extraits du Vaisseau Fantôme, de Lohengrin et Tannhäuser.

Récemment un brillant musicien, Léopold Samuel, qui nous dévoila ses talents de compositeur lors de la création en 1859 de sa Cantate pour l'inauguration de la Colonne du Congrès, est venu diriger le premier des Concerts populaires de musique classique, fondés récemment sous son impulsion.

N'oublions pas non plus les concerts du Conservatoire, dirigés par Fétis, les réunions lyriques de Fischer et les concerts donnés par l'Association des artistes musiciens.


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La Belgique traite avec la Prusse.

22 mai 1865.

A près la France, l'Angleterre et la Suisse, la Belgique a signé à Berlin un traité de commerce avec la Prusse agissant au nom du Zollverein.

Par ce traité, les Etats parties adoptent le principe de réciprocité de la clause de la nation la plus favorisée, se garantissant donc tous les avantages commerciaux accordés à d'autres Etats.

L'accord consacre également des modifications douanières, notamment l'application de franchise de droits sur certains produits.

Ce nouveau traité commercial témoigne de la politique libre-échangiste du cabinet Rogier-Frère.


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Antoine Wiertz, l'immodeste incompris.

18 juin 1865.

D u peintre Antoine Wiertz, mort aujourd'hui à Bruxelles, l'avenir retiendra-t-il seulement les œuvres colossales aux intentions philosophiques, inspirées par le goût du macabre et de l'érotisme, ou bien se souviendra-t-il aussi de son joyeux Carnaval romain ou du portrait tendre et lumineux qu'il a fait de sa mère ?

"La belle Rosine" de Wiertz, sur un thème de Schiller

Incompris, Wiertz a forcé son talent dans des compositions spectaculaires, par lesquelles il prétendait "se mesurer avec les Rubens et les Michel-Ange" et dont l'outrance suscite plus d'é-tonnement que d'admiration.

Il aurait peut-être mieux fait de cantonner son originalité dans des toiles plus modestes, qui auraient traduit ses émo-tions avec plus d'authenticité, mais la modestie n'était pas son fort : il la considérait comme "un raffinement d'orgueil".

Pourtant, cet excentrique, qui envoyait aux journaux des communiqués où il se définis-sait candidement comme "l'ar-tiste le plus distingué de l'Eu-rope", était véritablement obsé-dé par ses propres imperfec-tions.

Un jour, dans un accès de cruel désespoir, il a même marqué plusieurs de ses tableaux d'un grand M rouge, le M de "mau-vais", mais aussi celui de "mort".

"Pour moi, misérable", a-t-il écrit, "je ne demande pour récompense qu'un seul bravo, celui de deux ou trois hommes d'esprit qui ont de l'âme au corps".


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Une victoire du corps expéditionnaire belge au Mexique.

16 juillet 1865.

L a victoire que notre corps expéditionnaire au Mexique, sous le commandement du lieutenant-colonel Vander Smissen, vient de remporter à La Loma devrait mettre un peu de baume dans le cœur des Belges, mais elle n'effacera pas le souvenir du désastre de Tacambaro, où 250 officiers et soldats ont vainement résisté pendant cinq heures à 3.500 républicains, dans l'attente de renforts qui ne sont arrivés que quatre jours plus tard.

La Légion belge au Mexique : une aventure sans issue

On sait que l'envoi de volontaires au Mexique, autorisé par le gouverne-ment à la demande de l'em-pereur Maximilien, a fait l'objet de discussions houleu-ses à la Chambre, nombre de députés, tant libéraux que catholiques, estimant que cette initiative portait at-teinte à notre neutralité.

Le général Chazal, exaspéré par les attaques qu'il avait subies au cours des débats, s'est même battu en duel avec un de ses plus farou-ches adversaires politiques, Jan de Laet, du Parti du Meeting.

Le 26 mai cependant, lorsque la nouvelle de la bataille de Tacambaro est parvenue en Belgique, soit quelque six semaines après l'événement, personne n'a plus osé critiquer ouvertement le ministre de la Guerre: son fils, le capitaine Ernest Chazal, était parmi les victimes. Le succès de Vander Smissen sur l'armée du général Arteaga ne suffIra pas à le consoler.


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Le voûtement de la Senne.

23 septembre 1865.

L e conseil communal de Bruxelles vient de marquer son accord sur le projet de l'architecte Suys qui concerne non seulement le voûtement de la Senne sur son parcours dans la capitale mais aussi, corollairement, la construction, sur ces travaux, de nouveaux boulevards monumentaux dans le style de ceux créés par Haussman à Paris.

Les travaux de voûtement de la Senne
vers la place de Brouckère

Pour ces travaux, la ville est prête à verser 26 millions de francs et le solde sera payé par l'Etat (6 millions) et par la province (3 millions).

Le bourgmestre Anspach compte confier ces travaux à une compagnie anglaise, à charge pour elle d'ériger dans le même temps des cités destinées à accueillir la population ouvrière chassée du centre de la ville.

D'aucuns croient dès à présent savoir que les Anglais ne respecteront pas ce point du contrat.


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La coopérative Vooruit à Gand.

1 novembre 1865.

A Gand vient d'être constituée une nouvelle association ouvrière, baptisée Vooruit. Les membres radicaux de cette société estiment en effet que, pour améliorer leur sort, les ouvriers ne doivent plus se contenter d'organiser des grèves.

Vooruit aura une quadruple forme : mutualité, caisse de résistance, caisse d'épargne et boulangerie coopérative.

Elle devrait créer des emplois, mettre en œuvre une véritable sécurité de remploi et surtout fournir aux ouvriers du pain bon marché. Tout bénéfice éventuèl sera réparti entre les membres de l'association.


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Un jeune loup libéral à la Justice.

14 novembre1865.

L e problème de la succession du ministre libéral modéré de la Justice, Victor Tesch, a été discuté pendant plusieurs mois au sein du gouvernement. Le 7 novembre dernier, Jules Bara a été proposé pour ce poste par Charles Rogier.

Le roi n'ayant pas marqué d'opposition, la nomination du plus jeune ministre belge a paru hier au Moniteur belge.

Les opinions "progressistes" affichées par le nouveau ministre n'étant pas de nature à rassurer l'opposition catholique, l'ouverture de la session parle-mentaire s'annonce des plus chaudes.

Cette nomination signifie-t-elle réellement une radicalisation de la politique du cabinet Rogier-Frère ?

A la place du modéré qu'était Victor Tesch succède donc Jules Bara, élu député libéral dès l'âge de 27 ans. Ce jeune loup de la politique est partisan avéré d'une séparation radicale de l'Eglise et de l'Etat.

En outre, il y a deux ans, il avait défendu avec la plus grande vigueur le projet de loi réformant le régime des bourses d'études et des fondations, rencontrant de ce fait une forte opposition du camp catholique.


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Un cheval boiteux derrière le cercueil de Léopold.

16 décembre 1865.

A ujourd'hui, toutes les cours d'Europe étaient représentées à Bruxelles pour assister aux funérailles de Léopold Ier, mort le 10 décembre.

Sur son lit de mort, il avait encore refusé de se convertir à la religion catholique, décevant ainsi sa bru Marie-Henriette qui assistait à ses dernières heures.

L'ultime mot qu'il prononça fut Charlotte, mais nul n'a pu dire si son ultime pensée a été pour sa première épouse anglaise ou pour son enfant préférée, Charlotte, Impératrice du Mexique.

Depuis quelques années, la maladie ne laissait guère de répit au vieux souverain, renfermé dans la solitude.

Le roi Léopold Ier sur son lit de mort

Le cortège fuèbre du roi traverse Bruxelles

Lors de ses rares apparitions, il portait une perruque noire aux mèches ramenées vers l'avant du visage, comme les généraux du premier Empire. Et il lui arrivait de se farder lorsque la souffrance pâlissait trop ses traits.

On sait que le soir il se faisait conduire au château de Stuyvenberg, chez son amie, Arcadie Meyer, avec laquelle il avait eu plusieurs fils. Ceux-ci sont barons d'Eppinghoven, et, il y a peu, le roi leur a acheté une baronnie dans le duché de Saxe-Cobourg-Gotha.

C'est au printemps, lors d'un séjour à Windsor, que Léopold contracta une mauvaise bronchite et son cas parut si alarmant que l'on rappela d'urgence le duc de Brabant en voyage aux Indes, en Indochine et en Chine. Fausse alerte cependant, car Léopold Ier put encore aller à Ostende où la reine d'Angleterre Victoria, sa filleule, lui rendit visite, et en novembre le roi s'en fut se cloîtrer dans les Ardennes.

C'est sur l'ordre de ses médecins que le 23 novembre il a dû rentrer à Bruxelles, le visage émacié, les jambes gonflées d'hydropisie et criant de mal.

Le 2 décembre, un communiqué officiel paru au Moniteur belge laissait deviner au peuple que son roi touchait à sa fin.

Reclus dans sa chambre, Léopold Ier n'a accepté près de lui que la présence de Marie-Henriette.

Aujourd'hui, un demi-million de Belges ont assisté aux funérailles nationales et se sont apitoyés sur le cheval noir, richement sellé et caparaçonné, tenu par deux valets en grande livrée, qui suivait le cercueil.

En effet, voulant donner au destrier du roi défunt l'air de prendre part au deuil, on lui avait blessé le pied, afin qu'il boite.


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L'ascension rapide du nouveau roi.

17 décembre 1865.

L e lendemain des funérailles de son père, le duc de Brabant a prêté serment à la Constitution. Dans les chancelleries étrangères, d'aucuns pronostiquaient depuis quelques temps que la Belgique ne survivrait pas à son premier roi, mais tout s'est bien passé : aucune Puissance n'a tenté de mettre la main sur des provinces que le roi mort laisse plus prospères qu'il ne les avait trouvées.

La prestation de serment de Léopold II
(tableau de J. Starck)

Devant les Chambres réunies, Léopold II a commencé son dis-cours par ces mots : "Comme moi, la Belgique a perdu un père". En fixant le protocole de la céré-monie, le nouveau roi n'avait pas voulu, contrairement au désir de ses ministres, que la reine et ses enfants siégeassent à ses côtés.

Etait-ce pour accentuer la gravité du serment, ou était-ce par mé-pris du gynécée ?

C'est à cheval que Léopold II a ensuite regagné le Palais. Le nou-veau souverain portait l'uniforme de général-major qu'il avait en-dossé le jour de ses vingt ans. La carrière militaire du roi a en effet été foudroyante.

Pour son premier anniversaire, il avait été promu sous-lieutenant. A 15 ans, il agrafait ses galons de lieutenant. L'année suivante il était capitaine, puis major à 18 ans et colonel à 19.

S'il n'a pas connu la caserne, il a beaucoup voyagé et on lui prête le sentiment de regret de ne pouvoir, en qualité de souverain constitutionnel, disposer de la puissance de ses collègues asiatiques qui l'ont comblé de présents.

Il va bénéficier d'une liste civile de 3.300.000 francs, c'est-à-dire quelque vingt pour cent de plus que son père.


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Gezelle fonde l'hebdomadaire Rond den Heerd.

Le prêtre-poête Guido Gezelle

Décembre 1865.

A Bruges, ville qui l'a vu naître il y a trente-cinq ans, le prêtre-poète Guido Gezelle lance un nouvel hebdomadaire illustré, Rond den Heerd, dont le premier numéro vient de sortir de presse.

Cette publication, qui se veut une "lecture pour tous", à la fois distrayante et instructive, est de tendance catholique ultramontaine.

Ses articles porteront sur les dialectes, le folklore, la littérature populaire (contes, récits, proverbes et charades) et l'histoire de la Flandre occidentale.

D'emblée, l'auteur des Vlaemsche Dichtoefeningen s'y révèle un vulgarisateur doué, au cerveau encyclopédique, et un merveilleux conteur populaire.


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Le paratonnerre à cage métallique de Louis Melsens.

1865.

L ouis Melsens a été le collaborateur personnel du grand chimiste français Dumas avant de lui servir comme préparateur, successivement à la Sorbonne et à l'Ecole de médecine.

Après des études en Allemagne, Louis Melsens a professé la chimie et la physique à l'école vétérinaire de Bruxelles.

Il vient de découvrir un nouveau type de paratonnerre. Contrairement au fameux paratonnerre de Franklin imaginé en 1792 et qui n'était constitué que d'une tige métallique unique, le paratonnerre de Melsens comporte une cage métallique qui entoure le bâtiment à protéger. Cette cage est agrémentée d'une série de faisceaux de pointes placés le long de la tige qui suit le faîte du bâtiment et est reliée au sol.

Les propriétés électriques des pointes et les effets d'écran rendent le paratonnerre mis au point par Melsens plus efficace que celui de Franklin.


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Autres dates importantes.


- 1 janvier : Le bouillant député libéral Jules-Victor Anspach succède à André Fontainas comme bourgmestre de Bruxelles.


- janvier : Fondation de la Revue Générale, d'inspiration catholique.


- 4 avril : Violentes interpellatious au Parlement contre l'envoi de volontaires belges au Mexique. Les parlementaires reprochent au gouvernement de compromettre la neutralité de la Belgique.


- 11 avril : Au Mexique, un détachement de volontaires belges, surpris par l'armée républicaine, est décimé à la bataille de Tacambaro, daus la province de Michoacàn.


- 26 mai : L'épidémie de choléra qui s'est déclarée en Belgique a fait 45.000 victimes. C'est la Senne qui a vraisemblablement été le vecteur de la tragédie.


- 1 juin : Fondation à Bruxelles de la quatrième banque populaire du pays (après celles de Liège, Huy et Verviers) : l'Union du crédit populaire.


- 1 septembre : A l'ouverture de la saison 1865/1866 du théâtre de la Monnaie, le compositeur Charles-Louis Hanssens, chef d'orchestre du théâtre depuis 1843, qui passait pour avoir été remercié par la direction, est spontanément ovationné par le public au moment où il s'installe au pupitre.


- 15 septembre : Les opérations de la Caisse générale d'épargne et de retraite commencent avec 800 livrets et 500.000 francs.


- 26 novembre : Le compositeur et pianiste Adolphe Samuel, né à Liège le 11 juillet 1824, crée à Bruxelles, au théâtre du Cirque (futur Alhambra), la Société des concerts populaires. Après avoir obtenu le Prix de Rome en 1845 pour sa cantate Vendetta, Samuel a étudié en Allemagne et en Angleterre.


- 10 décembre : Agé de 75 ans, le roi Léopold Ier s'éteint au château de Laeken. Depuis quelques années, il ne se montrait presque plus en public.


- Décembre : Parution de la Topographie médicale de la Belgique du docteur Armand-Joseph Meynne, médecin militaire et hygiéniste.


- Décembre : François Van Rysselberghe est nommé, à l'âge de vingt ans, professeur d'astronomie et de mathématiques à l'Ecole de navigation d'Ostende.


- Décembre : La bibliothèque populaire du Willemsfonds, à Gand, ouvre ses portes.


- Décembre : Ernest Solvay, inventeur d'un procédé économique de fabrication de la soude, monte, à Couillet, la première usine pour exploiter son procédé.


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© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE (Belgique).