Le 14 octobre, elle a transmis son rapport au ministre de l'Intérieur, Pierre de Decker. Dans ce rapport final, la
littérature est à peine abordée.
Toute l'attention de la Commission s'est concentrée sur le rôle du
néerlandais dans la vie publique, sujet qui a fait l'objet d'une vaste liste de revendications.
La
Commission n'espère pas une réalisation immédiate de ses exigences : ce "Rapport des Griefs" a en effet été conçu
comme plate-forme revendicative du mouvement flamand et non comme programme du gouvernement.
Dans ce document,
la commission préconise le bilinguisme généralisé en Flandre, avec le maintien de l'unilinguisme en Wallonie. Elle
est d'avis que l'unilinguisme en Flandre mènerait à l'exclusion des francophones et affecterait de ce fait l'Etat
unitaire belge.
30 octobre 1857.
E
n présentant au roi la démission de son gouvernement, Pierre De Decker s'est plié à la volonté populaire, exprimée
par l'écrasante victoire des libéraux aux élections communales.
Mais la véritable cause de sa chute est le
projet de loi sur la bienfaisance connu sous le nom de "loi des couvents".
Depuis longtemps, catholiques et
libéraux s'affrontaient sur la question des fondations charitables, dont les libéraux voulaient réserver la gestion
aux bureaux de bienfaisance, alors que les catholiques prétendaient autoriser les donateurs à désigner les
administrateurs de leur choix.
Le ministre de la Justice Alphonse Nothomb finit par élaborer un projet qui
aurait dû satisfaire tout le monde, puisqu'il soumettait les dispositions des fondateurs à l'approbation du
gouvernement, sur l'avis des bureaux de bienfaisance.
Mais les libéraux, craignant de voir l'Eglise retirer
de la loi un surcroît de richesse et de pouvoir, l'ont violemment combattu, tant au Parlement que dans la rue.
C'est à leur instigation que, dans toutes les grandes villes du pays, des manifestants ont brisé les
vitres des couvents et des journaux catholiques.
En Juin, le vicomte Vilain XIIII déc1arait : "La loi est
morte".
Aujourd'hui, il peut en dire autant du gouvernement. Et de l'unionisme d'ailleurs.
Nouvelles grèves dans le textile.
16 novembre 1857.
A
Gand, les ouvriers du textile, passant outre l'interdiction des grèves et coalitions (on sait que l'article 415 du
Code pénal prévoit des peines de un à trois mois de prison pour les grévistes et de deux à cinq ans pour les
"meneurs"), ont débrayé massivement pour obtenir une augmentation de salaire.
Cette action est apparemment
dirigée par la Broederlijke Maatschappij der Wevers et la Maatschappij der NoodIijdende Broeders, deux associations
constituées cette année sous la forme de mutualités.
Après avoir mobilisé les travailleurs pour protester
contre la longueur des journées de travail (14 heures en moyenne), le manque d'hygiène et l'arbitraire des
employeurs, elles réclament maintenant le droit de vote pour les classes laborieuses.
Par le caractère
révolutionnaire de leurs revendications, les sociétés ouvrières gantoises rompent avec la tradition de loyauté des
organisations d'artisans.
D'ores et déjà, une action en justice a été entreprise contre J. De Ridder et C.
Bilen, les leaders des cotonniers.
Un raz de marée libéral balaye le pays.
10 décembre 1857.
L
es élections d'aujourd'hui se sont traduites par un véritable raz de marée des libéraux et confirment le résultat
des derniéres élections communales.
Désormais, les députés libéraux occupent 70 sièges à la Chambre contre
38 seulement pour les catholiques.
Leur victoire est particulièrement nette dans les grandes villes.
Charles
Rogier, par exemple, bénéficie d'une double élection : à Bruxelles, il récolte plus de 70 % des suffrages exprimés
et près de 51 % à Anvers. A Gand, ville traditionnellement favorable aux catholiques, les candidats libéraux l'ont
emporté avec un avantage d'environ mille voix.
A la surprise générale, des personnalités comme MM. Dumon,
Dechamps, Mercier et Delehaye n'ont pu conserver leur siège.
Comment peut-on expliquer une défaite d'une
telle ampleur ?
Déjà aux élections communales du 27 octobre une grande partie de l'électorat avait sanctionné
la politique gouvernementale en accordant sa confiance aux libéraux. La population désapprouvait l'attitude du
gouvernement lors la discussion de la "loi des couvents". Au sein même du mouvement catholique, le cabinet était
sévèrement critiqué pour, le laxisme dont il avait fait preuve durant les violentes manifestations du printemps.
Dans ces conditions, et en dépit de l'avis des ministres Nothomb et Mercier, M. De Decker avait présenté
le 30 octobre sa démission au roi. Henri de Brouckère ayant refusé de former un nouveau cabinet, le souverain
s'était alors tourné vers Charles Rogier.
Le 9 novembre, ce dernier constituait ce gouvernement : Frère-Orban
aux Finances, le général Berten à la Guerre, MM. Tesch et de Vrière respectivement à la Justice et aux Affaires
étrangères, le portefeuille de l'Intérieur revenant à Rogier.
Face à la politique de blocage pratiquée à la
Chambre par l'opposition catholique à l'égard de ce qu'elle appelait le "gouvernement de l'émeute", Léopold Ier
n'avait comme seule issue que sa dissolution. Il ne restait plus alors qu'à convoquer les électeurs pour ce 10
décembre.
L'eau courante à Bruxelles.
1857.
L
es premiers captages d'eau à Bruxelles ont été le fait des abbayes, des princes régnants, ou des autorités
municipales qui, au XIVe siècle, firent ériger une fontaine grand-place. Mais la première installation complète
date du XVIIe siècle.
Dès 1601, une machine hydraulique actionnée par les eaux du Maelbeek refoulait celles
du Broebelaar (à La Chasse) et les envoyait, via une tour hydaulique, dans un réservoir souterrain (qui existe
toujours) situé sous l'actuelle colonne du Congrès.
Bientôt, la ville va faire venir de l'eau de
Braine-l'Alleud via un aqueduc de 26 km.
Autres dates
importantes.
- 28 mai : En réaction contre le projet de loi sur la bienfaisance, surnommé
"loi des couvents", qui est en discussion à la Chambre, des émeutes éclatent à
Bruxelles et dans d'autres villes du pays. La foule brise les vitres des jésuites,
des capucins et du journal L'Emancipation.
- 29 mai : Pour calmer les esprits, le gouvernement décide d'ajourner le
débat sur le projet de loi.
- 14 juin : Le Moniteur publie en même temps l'arrêté de clôture de
la session parlementaire, une lettre des ministres au Roi sur la loi des couvents
et la réponse de Léopold Ier qui donne à la majorité de la Chambre "le conseil de
renoncer à continuer la discussion de la loi".
- 27 octobre : Victoire des libéraux aux élections communales.
- 9 novembre : Le cabinet libéral Rogier/Frère-Orban arrive au pouvoir.
- 1857 : Le peintre Jan Stobbaerts fait ses débuts au Salon de Bruxelles
avec une Etable, qui lui est aussitôt achetée par un Anglais. Jaloux, son
maître, le peintre animalier Norteman, le renvoie.
- 1857 : Adolphe Sax est nommé professeur de saxophone au Conservatoire
de Paris.
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