1

RETOUR PAGE PRECEDENTE

FAITS MARQUANTS ANNEE 1856

14 mars - Occire un roi n'est qu'un délit de droit commun.
24 mars - La Monnaie rouvre ses portes.
7 mai - "Plaie infecte" et "serpent venimeux".
27 juin - Création d'une Commission des Griefs.
21 juillet - Leopold Ier. 25 ans de règne.
19 août - Un temple égyptien pour les animaux d'Anvers.
7 octobre - L'enseignement laïque et les cultes.
27 décembre - Les Liégeois et les lettres wallonnes.
1856 - Le port d'Anvers en expansion.
Autres dates importantes.



Occire un roi n'est qu'un délit de droit commun.

14 mars 1856.

E n faisant voter par le Parlement une loi qui assimile les crimes contre un souverain étranger à des délits de droit commun, le ministre (extra-parlementaire) de la Justice, Alphonse Nothomb, s'est attiré les foudres de l'opposition qui l'accuse de faiblesse à l'égard du régime impérial français.

Jusqu'à présent, ce domaine a été régi par l'article 6 de la loi du 1er octobre 1833, lequel stipule que l'extradition ne peut être accordée en cas de délit politique, ni pour aucun fait connexe à un tel délit. C'est ainsi que la Belgique avait pu refuser l'an dernier l'extradition de deux Français impliqués dans un attentat contre Napoléon III, et réclamés par Paris.

La nouvelle loi dispose donc que le meurtre, l'assassinat ou l'empoisonnement d'un souverain étranger ou d'un membre de sa famille n'est pas censé constituer un "délit politique".
Le cas échéant, l'arrestation et l'extradition de toute personne ne peuvent se faire que sous certaines conditions, telles que l'obligation, pour le gouvernement, de demander l'avis de la chambre des mises en accusation de la cour d'appel avant de statuer sur la demande d'extradition.

Si elle déplaît a bon nombre, la promulgation de cette loi devrait néanmoins permettre d'atténuer la tension qui règne entre la Belgique et la France, et qui résulte des visées annexionnistes de l'empereur Napoléon III.


RETOUR HAUT DE PAGE


La Monnaie rouvre ses portes.

24 mars 1856.

L e nouveau théâtre de la Monnaie, construit par Joseph Poelaert a été inauguré quatorze mois après l'incendie qui le détruisit, par la représentation d'un opéra comique d'Halévy, Jaguarita l'Indienne .

Louis Hymans, qui a décrit la salle en détail dans L'Etoile belge , en a particulièrement apprécié le plafond qui "a servi à retracer une idée toute nationale, et offre au spectateur La Belgique protégeant les arts". Enfin, conclut-il, "nous n'avons plus rien à envier à des cités rivales" !


RETOUR HAUT DE PAGE


"Plaie infecte" et "serpent venimeux", la presse belge conservera sa liberté, décide le ministre Vilain XIIII.

7 mai 1856.

S i le ministre Charles Faider a cru, en 1852, désamorcer l'hostilité française envers la presse belge par la promulgation d'une loi, il s est trompé. Le 8 avril dernier, au Congrès de Paris, le ministre des Affaires étrangères de Napoléon III, Alexandre Walewski, a Invité "les représentants des grandes puissances de l'Europe" à faire comprendre à la Belgique la "nécessité rigoureuse" de modifier sa législation sur la presse.

Comment le gouvernement accueillerait-il une telle suggestion ? Le député Auguste Orts vient de demander au ministre des Affaires étrangères Vilain XIIII s'il envisageait de changer la Constitution pour satisfaire le gouvernement de Paris.

Le ministre n'y a pas été par quatre chemins : "Jamais !".

La presse belge "plaie infecte" et "serpent venimeux" selon Napoléon III, a donc devant elle un bel avenir de liberté d'expression.


RETOUR HAUT DE PAGE


Création d'une Commission des Griefs.

27 juin 1856.

A l'initiative du ministre Pierre de Decker, la question flamande vient d'être confiée à une Commission des Griefs. Présidée par Lucien Jottrand, elle compte parmi ses membres plusieurs flamingants.

Elle est chargée d'émettre des propositions en vue de la promotion de la littérature flamande et d'un emploi plus équilibré des langues dans la vie publique, mais Pierre de Decker l'a invitée à se laisser guider dans son travail par le sens des réalités.

La création de la Commission des Griefs fait suite à une période où le mécontentement des flamingants n'a cessé de croître.

Ainsi l'annonce d'un concours de poésie pour le vingt-cinquième anniversaire de la monarchie belge a-t-elle récemment poussé les poètes flamands à publier un manifeste rappelant leurs revendications linguistiques.


RETOUR HAUT DE PAGE


Le roi Léopold fête ses vingt-cinq ans de règne.

21 juillet 1856.

P our le vingt-cinquième anniversaire de son avènement, les Belges ont voulu offrir à Léopold 1er le spectacle d'un pays uni. La trêve entre les partis inaugurée par le "Jamais !" de Vilain XIIII dure encore, et catholiques et libéraux semblent s'être donné le mot pour prouver à l'Europe, dont l'hostilité leur a été rappelée par les menaces à peine voilées du comte Walewski au Congrès de Paris, qu'un roi peut être d'autant plus aimé du peuple qu'il respecte mieux ses libertés. Léopold Ier lui-même, sensible à cette attitude, écrivait hier au baron Nothomb, ministre plénipotentiaire à Berlin: "Quand on voit ce qui a été promis par la royauté et ce qu'elle a tenu, on ne peut s'empêcher d'éprouver une vive satisfaction. Le spectacle est beau de voir un pays reconnaissant après un règne déjà si long ".

Léopold Ier pose la première pierre du bassin de Kattendijk à Anvers

Comme il y a vingt-cinq ans, il est entré dans Bruxelles à cheval. Mais le bourgmestre de la capitale s'appelle aujourd'hui Charles de Brouckère et, au lieu d'être seul au milieu de son état-major, le roi était cette fois flanqué de ses deux fils et suivi, en calèche, par sa fille Charlotte et sa belle-fille Marie-Henriette.

Place Royale, où avait été édifiée une construction allégorique vantant les vertus de feu la reine Louise, Léopold 1er a été félicité, au nom des anciens membres du Congrès, par le vieux de Gerlache et, place de la Société civile, il a assisté à un Te Deum chanté par le cardinal Sterckx, accompagné par un millier de choristes. Il a présidé aussi le banquet que le Parlement a tenu à lui offrir, et dont l'organisation a coûté à chaque représentant la somme de 82 francs. Il est vrai que le menu ne comportait pas moins de deux potages, deux poissons, quatre entrées, cinq viandes ou venaisons, cinq entremets et neuf desserts.

Demain, sur les boulevards, Léopold Ier passera en revue les forces de la garde civique et celies de l'armée et, après-demain, les neuf provinces défileront en cortège devant lui.

Les fêtes se poursuivront pendant tout l'été et les grandes villes de province se préparent déjà à accueillir le roi.

Mais celui-ci ne se fait guère d'illusions : il sait que l'union sacrée n'aura qu'un temps et que, pour ce pays dont il espère "rester le pilote", l'avenir, comme il l'a écrit à Nothomb, "est assez gros de nuages".


RETOUR HAUT DE PAGE


Un temple égyptien pour les animaux d'Anvers.

19 août 1856.

A Anvers, le temple égyptien du jardin zoologique créé par la Société royale de Zoologie, fondée il y a treize ans par d'éminentes personnalités, vient d'être solennellement inauguré.

L'égyptomanie et les éléphants


Le bâtiment, construit par l'architecte Charles Servais sur le modèle des célèbres temples égyptiens de Denderah et de Philae, a été conçu pour abriter des espèces animales africaines de grande taille, notamment des éléphants et des girafes.

Pour le moment, il paraît encore un peu trop dépouillé, mais Joseph Alfred Stalins doit le décorer sous peu d'inscriptions et de peintures murales.

Tel quel, le temple anversois est déjà un magnifique exemple de ce que certains appellent, sur le ton de la plaisanterie, l'"égyptomanie" des architectes modemes.


RETOUR HAUT DE PAGE


L'enseignement laïque et les cultes.

7 octobre 1856.

"L es prêtres ont fait du Christ un Dieu" : cette simple phrase du professeur H. Brasseur, de l'université de Gand, a plongé le gouvernement dans le plus profond embarras.

Pour les évêques de Gand et de Bruges en effet, il n'y avait pas de milieu : Brasseur avait nié la divinité du Christ et devait donc être destitué.

Devant le refus du ministre de l'Intérieur Pierre De Decker, ils ont lancé contre les universités de Gand et de Bruxelles deux mandements vengeurs, dont la presse catholique s'est fait l'écho.

De Decker y a répondu par une circulaire adressée aux administrateurs des deux universités laïques. Bien qu'il n'impose pas aux professeurs "de traiter des questions religieuses dans le sens exclusif d'une religion positive", il leur ordonne "de s'abstenir de toute attaque directe contre les principes essentiels des cultes pratiqués en Belgique".

Mais est-il possible d'apaiser les évêques sans porter atteinte à la liberté de l'enseignement ?


RETOUR HAUT DE PAGE


Les Liégeois et les lettres wallonnes.

27 décembre 1856.

L a Société liégeoise de littérature wallonne, qui a tenu aujourd'hui sa première séance, n'a pas pour unique objectif l'étude scientifique du wallon : elle veut aussi encourager l'activité littéraire dialectale et, dans cette optique, elle compte organiser chaque année un concours littéraire.

A plus long terme, elle se propose également d'élaborer une grammaire et un dictionnaire wallons, mais la question de l'orthographe risque d'être la pomme de discorde.


RETOUR HAUT DE PAGE


Le port d'Anvers en expansion.

1856.

L arge de 500 m, la rade d'Anvers, avec un mouillage de 10 m, est en pleine expansion.

La construction du chemin de fer du Luxembourg, qui doit aboutir au Rhin (Coblence) et s'embrancher sur la ligne de Paris à Strasbourg, augmentera l'importance du trafic. Il faudra aussi tenir compte du canal de jonction avec la Meuse, qui a provoqué la construction de nouveaux bassins et d'une écluse de largeur utile de 24,4 m.

Si le port est encore dépourvu de forme de radoub, on vient de lui adjoindre une grue de 30 tonnes.


RETOUR HAUT DE PAGE


Autres dates importantes.


- 8 avril : Au Congrès de Paris, réuni depuis le 25 février à l'issue de la guerre de Crimée, le ministre français des Affaires étrangères, Walewski, invite tous les Etats garants de l'indépendance de la Belgique à faire pression sur celle-ci pour qu'elle modifie sa législation sur la presse.


- 9 mai : Le journal radical bruxellois La Nation est condamné par la cour d'assises du Brabant pour "attaques méchantes" contre Marie-Henriette, duchesse de Brabant.


- Mai : Un nouveau concours de poésie est organisé pour le 25e anniversaire de l'avènement du Roi. Les poètes flamands acceptent cette fois d'y participer, mais il publient un manifeste rappelant leurs revendications linguistiques.


RETOUR HAUT DE PAGE


© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE (Belgique).