14 mars 1856.
E
n faisant voter par le Parlement une loi qui assimile les crimes contre un souverain étranger à des délits de droit
commun, le ministre (extra-parlementaire) de la Justice, Alphonse Nothomb, s'est attiré les foudres de l'opposition
qui l'accuse de faiblesse à l'égard du régime impérial français.
Jusqu'à présent, ce domaine a été régi par
l'article 6 de la loi du 1er octobre 1833, lequel stipule que l'extradition ne peut être accordée en cas de délit
politique, ni pour aucun fait connexe à un tel délit. C'est ainsi que la Belgique avait pu refuser l'an dernier
l'extradition de deux Français impliqués dans un attentat contre Napoléon III, et réclamés par Paris.
La
nouvelle loi dispose donc que le meurtre, l'assassinat ou l'empoisonnement d'un souverain étranger ou d'un membre
de sa famille n'est pas censé constituer un "délit politique".
Le cas échéant, l'arrestation et l'extradition
de toute personne ne peuvent se faire que sous certaines conditions, telles que l'obligation, pour le gouvernement,
de demander l'avis de la chambre des mises en accusation de la cour d'appel avant de statuer sur la demande
d'extradition.
Si elle déplaît a bon nombre, la promulgation de cette loi devrait néanmoins permettre
d'atténuer la tension qui règne entre la Belgique et la France, et qui résulte des visées annexionnistes de
l'empereur Napoléon III.
La Monnaie rouvre ses portes.
24 mars 1856.
L
e nouveau théâtre de la Monnaie, construit par Joseph Poelaert a été inauguré quatorze mois après l'incendie qui
le détruisit, par la représentation d'un opéra comique d'Halévy, Jaguarita l'Indienne
.
Louis Hymans, qui a décrit la salle en détail dans L'Etoile belge
, en a particulièrement apprécié le plafond qui "a servi à retracer une idée toute nationale, et offre au
spectateur La Belgique protégeant les arts". Enfin, conclut-il, "nous n'avons
plus rien à envier à des cités rivales" !
"Plaie infecte" et "serpent venimeux", la presse belge conservera sa liberté,
décide le ministre Vilain XIIII.
7 mai 1856.
S
i le ministre Charles Faider a cru, en 1852, désamorcer l'hostilité française envers la presse belge par la
promulgation d'une loi, il s est trompé. Le 8 avril dernier, au Congrès de Paris, le ministre des Affaires
étrangères de Napoléon III, Alexandre Walewski, a Invité "les représentants des grandes puissances de l'Europe" à
faire comprendre à la Belgique la "nécessité rigoureuse" de modifier sa législation sur la presse.
Comment
le gouvernement accueillerait-il une telle suggestion ? Le député Auguste Orts vient de demander au ministre des
Affaires étrangères Vilain XIIII s'il envisageait de changer la Constitution pour satisfaire le gouvernement de
Paris.
Le ministre n'y a pas été par quatre chemins : "Jamais !".
La presse belge "plaie infecte" et
"serpent venimeux" selon Napoléon III, a donc devant elle un bel avenir de liberté d'expression.
Création d'une Commission des Griefs.
27 juin 1856.
A
l'initiative du ministre Pierre de Decker, la question flamande vient d'être confiée à une Commission des Griefs.
Présidée par Lucien Jottrand, elle compte parmi ses membres plusieurs flamingants.
Elle est chargée d'émettre
des propositions en vue de la promotion de la littérature flamande et d'un emploi plus équilibré des langues dans
la vie publique, mais Pierre de Decker l'a invitée à se laisser guider dans son travail par le sens des réalités.
La création de la Commission des Griefs fait suite à une période où le mécontentement des flamingants n'a
cessé de croître.
Ainsi l'annonce d'un concours de poésie pour le vingt-cinquième anniversaire de la
monarchie belge a-t-elle récemment poussé les poètes flamands à publier un manifeste rappelant leurs revendications
linguistiques.
Le roi Léopold fête ses vingt-cinq ans de règne.
21 juillet 1856.
P
our le vingt-cinquième anniversaire de son avènement, les Belges ont voulu offrir à Léopold 1er le spectacle d'un
pays uni. La trêve entre les partis inaugurée par le "Jamais !" de Vilain XIIII dure encore, et catholiques et
libéraux semblent s'être donné le mot pour prouver à l'Europe, dont l'hostilité leur a été rappelée par les
menaces à peine voilées du comte Walewski au Congrès de Paris, qu'un roi peut être d'autant plus aimé du peuple
qu'il respecte mieux ses libertés. Léopold Ier lui-même, sensible à cette attitude, écrivait hier au baron Nothomb,
ministre plénipotentiaire à Berlin: "Quand on voit ce qui a été promis par la royauté et ce qu'elle a tenu, on ne
peut s'empêcher d'éprouver une vive satisfaction. Le spectacle est beau de voir un pays reconnaissant après un
règne déjà si long ".
Léopold Ier pose la première pierre du bassin de Kattendijk à Anvers
|
|
Comme il y a vingt-cinq ans, il est entré dans Bruxelles à cheval. Mais le bourgmestre de la capitale s'appelle
aujourd'hui Charles de Brouckère et, au lieu d'être seul au milieu de son état-major, le roi était cette fois
flanqué de ses deux fils et suivi, en calèche, par sa fille Charlotte et sa belle-fille Marie-Henriette.
Place Royale, où avait été édifiée une construction allégorique vantant les vertus de feu la reine Louise, Léopold
1er a été félicité, au nom des anciens membres du Congrès, par le vieux de Gerlache et, place de la Société civile,
il a assisté à un Te Deum chanté par le cardinal Sterckx, accompagné par un millier de choristes. Il a présidé
aussi le banquet que le Parlement a tenu à lui offrir, et dont l'organisation a coûté à chaque représentant la
somme de 82 francs. Il est vrai que le menu ne comportait pas moins de deux potages, deux poissons, quatre entrées,
cinq viandes ou venaisons, cinq entremets et neuf desserts.
Demain, sur les boulevards, Léopold Ier passera
en revue les forces de la garde civique et celies de l'armée et, après-demain, les neuf provinces défileront en
cortège devant lui.
Les fêtes se poursuivront pendant tout l'été et les grandes villes de province se
préparent déjà à accueillir le roi.
Mais celui-ci ne se fait guère d'illusions : il sait que l'union sacrée
n'aura qu'un temps et que, pour ce pays dont il espère "rester le pilote", l'avenir, comme il l'a écrit à Nothomb,
"est assez gros de nuages".
Un temple égyptien pour les animaux d'Anvers.
19 août 1856.
A
Anvers, le temple égyptien du jardin zoologique créé par la Société royale de Zoologie, fondée il y a treize ans
par d'éminentes personnalités, vient d'être solennellement inauguré.
L'égyptomanie et les éléphants
|
|
Le bâtiment, construit par l'architecte Charles Servais sur le modèle des célèbres temples égyptiens de Denderah
et de Philae, a été conçu pour abriter des espèces animales africaines de grande taille, notamment des éléphants
et des girafes.
Pour le moment, il paraît encore un peu trop dépouillé, mais Joseph Alfred Stalins doit le
décorer sous peu d'inscriptions et de peintures murales.
Tel quel, le temple anversois est déjà un magnifique
exemple de ce que certains appellent, sur le ton de la plaisanterie, l'"égyptomanie" des architectes modemes.
L'enseignement laïque et les cultes.
7 octobre 1856.
"L
es prêtres ont fait du Christ un Dieu" : cette simple phrase du professeur H. Brasseur, de l'université de Gand, a
plongé le gouvernement dans le plus profond embarras.
Pour les évêques de Gand et de Bruges en effet, il n'y
avait pas de milieu : Brasseur avait nié la divinité du Christ et devait donc être destitué.
Devant le refus
du ministre de l'Intérieur Pierre De Decker, ils ont lancé contre les universités de Gand et de Bruxelles deux
mandements vengeurs, dont la presse catholique s'est fait l'écho.
De Decker y a répondu par une circulaire
adressée aux administrateurs des deux universités laïques. Bien qu'il n'impose pas aux professeurs "de traiter des
questions religieuses dans le sens exclusif d'une religion positive", il leur ordonne "de s'abstenir de toute
attaque directe contre les principes essentiels des cultes pratiqués en Belgique".
Mais est-il possible
d'apaiser les évêques sans porter atteinte à la liberté de l'enseignement ?
Les Liégeois et les lettres wallonnes.
27 décembre 1856.
L
a Société liégeoise de littérature wallonne, qui a tenu aujourd'hui sa première séance, n'a pas pour unique objectif
l'étude scientifique du wallon : elle veut aussi encourager l'activité littéraire dialectale et, dans cette optique,
elle compte organiser chaque année un concours littéraire.
A plus long terme, elle se propose également
d'élaborer une grammaire et un dictionnaire wallons, mais la question de l'orthographe risque d'être la pomme de
discorde.
Le port d'Anvers en expansion.
1856.
L
arge de 500 m, la rade d'Anvers, avec un mouillage de 10 m, est en pleine expansion.
La construction du
chemin de fer du Luxembourg, qui doit aboutir au Rhin (Coblence) et s'embrancher sur la ligne de Paris à Strasbourg,
augmentera l'importance du trafic. Il faudra aussi tenir compte du canal de jonction avec la Meuse, qui a provoqué
la construction de nouveaux bassins et d'une écluse de largeur utile de 24,4 m.
Si le port est encore
dépourvu de forme de radoub, on vient de lui adjoindre une grue de 30 tonnes.
Autres dates
importantes.
- 8 avril : Au Congrès de Paris, réuni depuis le 25 février à l'issue de
la guerre de Crimée, le ministre français des Affaires étrangères, Walewski, invite
tous les Etats garants de l'indépendance de la Belgique à faire pression sur celle-ci
pour qu'elle modifie sa législation sur la presse.
- 9 mai : Le journal radical bruxellois La Nation est condamné par la cour
d'assises du Brabant pour "attaques méchantes" contre Marie-Henriette, duchesse de
Brabant.
- Mai : Un nouveau concours de poésie est organisé pour le 25e anniversaire
de l'avènement du Roi. Les poètes flamands acceptent cette fois d'y participer,
mais il publient un manifeste rappelant leurs revendications linguistiques.
© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE
(Belgique).