"Revenu de Paris dès l'annonce de l'incendie qui a ravagé hier le théâtre de la Monnaie, le bourgmestre Charles de
Brouckère s'est hâté de rassurer la troupe et, sur son insistance, les artistes ont déjà signé un acte d'association.
Nul ne songerait en effet à envisager la disparition de ce grand théâtre bruxellois qui a joué, au cours
des trente dernières années, un rôle essentiel dans l'art lyrique.
C'est sur la scène de la Monnaie qu'ont
été créés en français, bien avant Paris, des opéras comme La Norma de Bellini ou Nabuchodonosor de Verdi; on y a
également applaudi la première adaptation française de la Léonore de Beethoven, qui devait devenir Fidelio.
En attendant la nouvelle salle, la saison 1854/1855 se poursuivra au théâtre du Cirque.
24 avril 1855.
L
es appels à la concorde et à la tolérance lancés à la tribune du Parlement par le ministre de nntérieur, Pierre De
Decker, n'ont pas fait l'unanimité au sein de la classe politique.
Ainsi, en démissionnant de son poste de
président de la Chambre, le libéral N.J.A. Delfosse a voulu marquer son hostilité à l'égard du cabinet unioniste.
Depuis le 28 février, date à laquelle Henri de Brouckère a été mis en minorité à la Chambre, et depuis la
démission du cabinet remise au roi le 2 mars, la gauche n'avait cessé de manifester son opposition à ce qu'elle
appelle un "gouvernement anachronique ".
On se souvient qu'à la demande de Léopold 1er, le catholique
Pierre De Decker avait formé, le 30 mars, un nouveau cabinet de tendance "unioniste" (composé à la fois de
catholiques et de libéraux), qualifié par le roi de "cabinet de son cœur".
Depuis lors, la composition du
gouvernement n'a pas changé. Un catholique, le vicomte Vilain XlIII, titulaire des Affaires étrangères, se trouve
aux côtés d'Alphonse Nothomb (extra-parlementaire) à la Justice, et de deux libéraux : E. Mercier aux Finances et
A. Dumon aux Travaux publics.
Il faut ajouter à l'équipe dirigée par De Decker le général Greindl
("technicien") au poste de ministre de la Guerre.
Les poètes flamands protestent.
2 juillet 1855.
B
ien que les partisans du Mouvement flamand aient toujours proclamé leur attachement à l'Etat belge, le peu de cas
que les pouvoirs publics font de leurs revendications linguistiques commence à les irriter. L'impatience gagne même
les poètes flamands qui, en guise de protestation, ont décidé de boycotter le concours de poésie organisé à
l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de l'indépendance de la Belgique.
Gand entre le mouvement flamand et le mouvement ouvrier
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D'ordinaire les concours de ce genre remportent un grand succès dans le nord du pays, et c'est sans doute la mort
dans l'âme que tant de versificateurs de talent se sont résolus à ne composer, cette année, que des poèmes
"parallèles", dans lesquels, sans pourtant s'attaquer aux fondements de la nation, ils déplorent amèrement la
discrimination dont la Flandre est l'objet.
Le Mouvement flamand lui-même, dont l'importance s'est accrue
au fur et à mesure que la démocratisation politique gagnait du terrain, est d'ailleurs en pleine mutation.
De plus en plus politisé, il est devenu, entre les mains de la bourgeoisie, un instrument de pouvoir.
En outre,
l'hostilité croissante entre libéraux et catholiques n'a pas épargné les flamingants, qui en viennent peu à peu
à se dresser les uns contre les autres.
"Le Prolétaire".
23 septembre 1855.
L
e Prolétaire, premier journal socialiste belge et rédigé exclusivement par des ouvriers, vient de paraître à
Bruxelles. Il s'agit d'un bimensuel vendu au prix de 10 centimes le numéro et dont le prix de l'abonnement annuel
a été fixé à 2 francs.
La devise du journal : "Plus de Privilège, Tout par le Travail", illustre fort bien
les idées défendues par ses rédacteurs, parmi lesquels on trouve le tailleur Nicolas Coulon et Armand Bataille.
Le Prolétaire entend, avant tout, protéger les intérêts des travailleurs et combattre, comme l'indique son
article-programme, "les privilèges résultant d'une société mal organisée où les intérêts du producteur sont méconnus
au profit des parasites et des spéculateurs".
Pour être lu et compris par tous, le Prolétaire adoptera un
style correspondant au niveau d'instruction de certains de ses lecteurs.
Association de réforme douanière.
29 novembre 1855.
U
n comité composé de négociants, d'industriels et d'avocats vient d'arrêter le programme de la nouvelle Association
pour la réforme douanière. Les objectifs des membres sont la "réduction massive des droits d'importation et la levée
des prohibitions à la sortie".
L'association, dans laquelle on note la présence du professeur Gustave de
Molinari, entend sensibiliser l'opinion publique aux doctrines économiques libérales, notamment à travers la
publication des résultats d'enquêtes menées auprès des producteurs et des consommateurs.
Médaille d'or pour Victor Van Hove.
1855.
S'
il a choisi de se partager entre la peinture, qu'il a apprise avec Louis Gallait, et la sculpture, à laquelle il
s'est formé en France chez le grand François Rude, c'est en qualité de peintre que Victor Van Hove, né à Renaix en
1826, s'est fait une réputation.
Mais le succès des deux statues couchées en plâtre bronzé - Esclave après
la bastonnade et La Vengeance, d'une vigueur presque brutale et qu'il vient de présenter à l'Exposition intemationale
de Paris - devrait le confirmer dans sa vocation de sculpteur : elles lui ont en effet valu la médaille d'or.
Autres dates
importantes.
- 3 février : Le conseil communal de Bruxelles vote la suppression de la
taxe sur le pain.
- 2 mars : Mis en minorité à la Chambre le 28 février, le cabinet de
Brouckère présente sa démission au Roi.
- 30 mars : Le catholique modéré Pierre De Decker, chargé de former le
cabinet, tente une dernière expérience unioniste.
- 11 mai : Le ministre des Affaires étrangères Vilain XlIII annonce à la
Chambre la résiliation du traité belgo-nalou de 1848 et l'abandon du comptoir du
Rio Nunez.
- 7 juin : A Saint-Denis Westrem, une méteorite s'abat dans un champ à
trente pas de deux paysans.
- 23 septembre : Parution, à Bruxelles, du premier bimensuel socialiste,
Le Prolétaire.
- 14 décembre : Le professeur Brasseur de l'université de Gand donne une
leçon sur l'influence du christianisme sur le droit naturel, dans laquelle il est
accusé d'avoir nié la divinité du Christ. Les évêques de Gand, Bruges et Tournai
et l'archevêque de Malines se déchaînent aussitôt contre l'université et il faudra,
pour calmer les esprits, que le pape, à l'intervention du duc de Brabant, fasse
parvenir au nonce des instructions conciliantes.
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