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FAITS MARQUANTS ANNEE 1851

23 février - Création du Willemsfonds à Gand.
10 avril - L'Etat s'intéresse à la constitution des sociétés mutualistes.
4 septembre - L'égoïsme des sénateurs-propriétaires fonciers.
22 novembre - Les droits de succession enfin votés.
12 décembre - Victor Hugo s'exile à Bruxelles.
Décembre - Les proscrits français illustres.
1851 - Antoine Wiertz s'installe dans son atelier bruxellois.
1851 - L'anarchie règne dans la vie musicale.
Autres dates importantes.



Création du Willemsfonds à Gand.

23 février 1851.

L e Willemsfonds, institué aujourd'hui à Gand, est une nouvelle association flamingante qui s'est donné pour but de développer la langue et la littérature néerlandaises - "de nederduistsche tael en letterkunde" - dans un esprit résolument belge.

Le fonds, qui emprunte son nom au "père du mouvement flamand", l'écrivain et linguiste Jan Frans Willems se veut non-partisan et ouvert à tous.

Il est présidé par le baron Jules de Saint-Genois.

Dans l'optique de ses fondateurs, il doit se consacrer à la formation des adultes, tout en constituant un groupe de pression flamingant efficace, qui s'élève contre la francisation de la Flandre et plaide en faveur d'une égalité totale du français et d'un "nederduits" revalorisé au sein de la nation belge.

Willems, Blommaert, Snellaert et le baron de Saint-Genois

Concrètement, le fonds veut encourager les étudiants flamands à l'étude de leur langue maternelle, publier des "livres utiles", fonder des bibliothèques et stimuler le théâtre et le chant. Il compte aussi organiser des conférences populaires et, à long terme, il se structurera probablement en sections locales.

L'initiative de sa création revient à la fine fleur du flamingantisme gantois : autour de Jules de Saint-Genois, déjà cité, se sont groupés Philip Blommaert, Ferdinand Snellaert, Johan Dautzenberg, Constant Serrure, Philippe Kervyn de Volkaarsbede, Jocob Herremans, Ed. Vermandel, mais aussi C. Annoot-Braeckman et L. Hebbelynck.

Selon la volonté expresse des fondateurs du Willemsfonds, les représentants des tendances catholiques et libérales se côtoient sans animosité au sein de la nouvelle organisation, qui s'estime investie d'une mission d'éducation populaire.

Calquant son activité sur le mouvement actuel de démocratisation, le fonds ne vise pas seulement la petite bourgeoisie, dans laquelle le mouvement flamand recrute ses militants, mais aussi les classes laborieuses.


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L'Etat s'intéresse à la constitution des sociétés mutualistes.

10 avril 1851.

E n vertu de la loi sur les sociétés mutualistes, qui paraît aujourd'hui au Moniteur, le gouvernement peut désormais reconnaître, en leur accordant la personnalité civile, les associations mutuelles qui ont pour but d'assurer des secours temporaires soit à leurs membres en cas de chômage, de maladie ou d'invalidité, soit aux veuves de leurs associés décédés.

L'origine de ces associations est, en fait, très ancienne : autrefois, chaque corps de métier possédait sa caisse de prévoyance, alimentée par les cotisations de ses membres.
Mais la suppression des maîtrises et jurandes, à la suite de la Révolution française, a mis fin à ce système, et les société mutualistes ont progressivement pris le relais.

L'importance de leur fonction sociale a été admise par les pouvoirs publics dès 1843, lors de la première grande enquête sur les ouvriers industriels, effectuée à l'initiative de Ducpétiaux.
La reconnaissance de ces associations par l'Etat est cependant soumise à trois conditions fondamentales : elles doivent autoriser le bourgmestre local à assister à leurs réunions, faire approuver leurs comptes et statuts par l'Administration communale et s'abstenir de fonctionner comme caisses de retraite.

En cas de dissolution d'une mutualité agréée, ses avoirs deviennent propriété de l'Etat, qui peut par ailleurs, à tout moment, retirer à une association le bénéfice de la reconnaissance légale.

Cette dernière précaution devrait rassurer les adversaires de la loi. Ils craignent en effet que les sociétés mutualistes ne servent tôt ou tard de couverture à des associations ouvrières militantes.



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Outré par l'égoïsme des sénateurs-propriétaires fonciers, le roi décide de les soumettre au jugement des électeurs.

9 septembre 1851.

C ette fois les choses sont allées trop loin au Sénat. Scandalisé, le roi a décidé la dissolution de la Haute assemblée et des élections sont prévues pour le 27 septembre.

L'affaire remonte au 6 novembre 1848, lorsque le ministre libéral des Finances, Walthère Frère-Orban déposa sur le bureau de la Chambre un projet de loi sur les droits de succession.
Ce projet s'inscrivait dans le cadre d'une réforme générale des impôts, qui avait été longtemps ajournée sous le prétexte que les besoins réels du Trésor n'étaient pas connus.

Pour Frère-Orban, les classes les plus déshéritées de la société ne peuvent être dégrevées que "par un sacrifice imposé aux classes supérieures".
Son projet impliquait l'instauration d'un droit nouveau de 1 % frappant les biens acquis en ligne directe.
Il obligeait aussi tout héritier collatéral à affirmer sous serment l'exactitude et la sincérité de sa déclaration.

Une telle loi, frappant dans leur porte-monnaie les élus censitaires, fit l'objet d'un sabotage, si bien que les élections du 11 juin 1850 intervinrent sans que le sujet ait été abordé.

Pire, la perte de 14 sièges par les libéraux avait renforcé les opposants catholiques.

Devant l'attitude de ceux-ci, le gouvernement avait remis sa démission, mais, le 4 juin, constatant l'impossiblité de procéder à la formation d'une autre équipe gouvernementale, Léopold Ier priait M. Rogier de poursuivre sa mission et M. Frère-Orban, d'amender son projet.

Celui-ci a été approuvé le 1er juillet par les députés. Il lui restait, dans sa version considérablement expurgée, à passer le cap du Sénat.

Une fois de plus, les pères censitaires se sont montrés intransigeants et ont rejeté cette loi, d'où la décision du roi de les faire juger par les électeurs.


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Les droits de succession enfin votés.

22 novembre 1851.

A nouveau amendée, triturée, la loi sur les droits de succession vient enfin d'être votée par les deux chambres.

On sait, que l'opposition des sénateurs catholiques avait provoqué de nouvelles élections, mais au terme de celles-ci, avec un gain de cinq sièges, ils étaient sortis renforcés du scrutin censitaire.

Les lambeaux du projet déposé il y a trois ans par Frère-Orban ont été finalement adoptés par 45 voix contre six irréductibles propriétaires fonciers.



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Victor Hugo s'exile à Bruxelles.

12 décembre 1851.

Le n° 27, Grand-Place



V ictor Hugo, qui a passé sa première nuit d'exil à l'Hôtel de la Porte Verte, rue de la Violette est arrivé à Bruxelles.

Il compte prendre un appartement sur la Grand-Place. Elu député de Paris peu après la révolution de 1848, il a depuis lors mené une vie politique active, se préoccupant tout particulièrement de la misère populaire. Au début de l'année, il a quitté le "parti de l'Ordre" pour entrer dans l'opposition.

Après le coup d'Etat du 2 décembre, il a tenté d'organiser la résistance mais, sentant que c'était en pure perte, il a décidé de s'exiler en Belgique.




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Les proscrits français illustres.

Décembre 1851.

B annis par Louis-Napoléon Bonaparte après les proscriptions du 2 décembre, 800 personnalités politiques françaises se sont réfugiées à Bruxelles, grossissant les rangs des exilés de 1848.

Edgard Quinet, Armand Barbès, François Arago, Victor Hugo, Jules Hetzel, Adolphe Thiers, pour ne citer que les plus illustres, se retrouvent dans les galeries Saint-Hubert et fréquentent quelques estaminets de la capitale comme celui de La Mort Subite, le Grand Café, ou le fastueux hôtel du boulevard de Waterloo occupé par Alexandre Dumas, qui s'est exilé en Belgique pour échapper à ses créanciers.

D'abord un peu réticent, le gouvernement fait preuve d'une grande tolérance vis-à-vis de ces immigrants, et certains dirigeants, comme Charles De Brouckère, n'hésitent pas à porter assistance aux plus démunis.


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Antoine Wiertz s'installe dans son atelier bruxellois.

1851.

A u ministre de l'Intérieur Charles Rogier qui voulait lui faire construire, à Bruxelles, un atelier aux frais du gouvernement, Antoine Wiertz n'avait pas dissimulé ses préférences : il rêvait d'une réplique en grès rose du temple de Paestum.

La réalité l'a-t-elle déçu ? Moins qu'on ne pourrait le croire. Si le théâtre de ses futurs exploits picturaux ressemble en effet davantage à un hangar qu'à un lieu de culte, il y dispose de tout l'espace nécessaire pour les compositions monumentales où il donne la pleine mesure de son talent - ou, selon certains critiques déconcertés par ses débordements, de sa folie.

Ce dinantais de 45 ans, qui a fréquenté l'académie d'Anvers et remporté le prix de Rome en 1832, n'a jamais fait mystère de ses ambitions : égaler Rubens, Raphaël et Michel-Ange.

Pour éclipser les jeunes romantiques belges, dont les succès l'irritaient, il a réalisé en six mois, durant son séjour à Rome, une toile de trente pieds de long sur vingt de haut, Les Grecs et les Troyens se disputant le corps de Patrocle, qui a suscité l'enthousiasme en Italie et en Belgique, mais que les visiteurs du Salon de Paris de 1839 on ouvertement boudée.

Wiertz en a conçu une haine contre la capitale française, qu'il considère comme une "grande ménagerie".

En revanche, son affection pour Bruxelles ne s'est pas démentie depuis que, visitant son atelier en 1848, le critique de la Revue de Belgique s'est exclamé devant son Education de la Vierge : "Chapeau bas, voici un homme de génie !".


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L'anarchie règne dans la vie musicale.

1851.

Un concert de société d'harmonie
dans le parc de Bruxelles


D epuis le départ de Charles-Louis Hanssens au cours de la saison 1846-1847, une certaine anarchie règne au théâtre de la Monnaie.
Nul n'ignore les difficultés de ce prestigieux établissement survenues à la suite de l'augmentation du prix de ses places et de la concurrence des théâtres des Galeries et du Cirque.

Messieurs Nourrit, Massol et Quelin ont vainement essayé d'enrayer la désaffection du public.
Même si Hanssens réintègre son poste, il n'aura pas le temps de changer la programmation d'une saison qui s'annonce aussi morne que la précédente. L'amateur de musique devra à nouveau se tourner vers les autres pôles musicaux de la capitale.

Ainsi les concerts que nous offre la Philharmonie, avec la grande ouverture et la marche triomphale de Ries, la Fantaisie de Servais.

Le public peut également aller applaudir Mesdames Leinard-Mendi et Mathieu-Morin dans Robert le Diable.

Même si Antoine-François Fauconier a disparu récemment, deux autres Fauconier, Constant et Benoit, animent encore la vie musicale belge.

Restent les sociétés d'harmonie (72 en Brabant, avec plus de 2.000 membres) et les nombreuses société chorales qui témoignent du goût des Belges à participer à la création musicale.



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Autres dates importantes.


- 12 mai : Création par arrêté royal d'une Commission permanente des sociétés mutualistes.


- 4 juin : Le Roi refuse la démission que le gouvernement lui a présentée après le rejet par la Chambre d'un projet de loi proposant de frapper d'un droit de un pour cent les successions en ligne directe.


- 19 juilet : A Mons, exécution de l'empoisonneur Hippolyte Visart de Bocarmé, condamné grâce à l'expertise du chimiste Jean Servais Stas.


- Août : Vives polémiques au Salon de Bruxelles - où le jeune Constantin Meunier expose sa première toile - au sujet des Casseurs de pierre du peintre Gustave Courbet.


- 2 septembre : La loi sur les successions en ligne directe, adoptée par la Chambre après modifications, est rejetée par le Sénat. Dans tout le pays, ce vote est stigmatisé comme le veto de la grande propriété.


- 27 septembre : Nouvelles élections sénatoriales.


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© Chronique de la Belgique.
1987 Editions Chronique S.C. - Rue Champ de Pihot, 84 - 4510 SAIVE-LIEGE (Belgique).